L’ART FRANÇAIS EN MAJESTÉ

by Alexandre Meyer

En 1077 a lieu la dédicace de la cathédrale Notre-Dame à Bayeux, en présence du duc de Normandie et roi d’Angleterre, Guillaume le Conquérant. Odon, son demi-frère, évêque de Bayeux, commanditaire de la célèbre tapisserie, préside la célébration. La cathédrale entre dans l’Histoire.

PAR ALEXANDRE MEYER PHOTOS : PASCAL LEMAITRE

Au moment de sa dédicace, Guillaume le Conquérant est en tournée à travers la Normandie, menant une politique architecturale de grande ampleur. Elle donnera naissance aux merveilles de l’art roman normand, dont Bayeux est un des fleurons. Chef d’oeuvre d’architecture, la cathédrale de Bayeux représente également l’un des plus beaux exemples de l’art gothique de la région. Édifiée entre le XIe et le XIIIe siècle, elle ne s’est achevée qu’en… 1868, avec le couronnement définitif de sa tour centrale.

CONSTRUITE À L’HEURE ANGLAISE

La cathédrale romane est dédicacée en 1077 mais restaurée et remaniée dès le siècle suivant. Elle ne conserve de son architecture primitive que ses tours de façade, sa crypte et le niveau bas de sa nef, aux arcades soulignées d’un décor magnifique. Les successeurs d’Odon, Philippe de Harcourt, Henri de Beaumont et Robert des Ablèges offrirent à la cathédrale son visage gothique actuel. La guerre civile qui voit les Plantagenêt s’emparer de la couronne d’Angleterre, les vues du roi Philippe Auguste sur le duché de Normandie ralentissent la construction. La « paix française » (1204) lui donne un bel essor interrompu par la guerre de Cent Ans (1337-1450).

VICTIME DES HUGUENOTS

En 1562, la cathédrale est victime des guerres de Religion et du mouvement iconoclaste (hostile aux images). Le carnage est abominable. Les sépultures sont vandalisées, les reliques brûlées, le trésor pillé puis fondu. La plus grande partie du mobilier est détruite.

LA CONTROVERSE

Le dôme de la tour centrale de la cathédrale, achevé par Jacques Moussard en 1714, est démonté en 1855, la tour menaçant de s’effondrer. Comment la reconstruire ? Près de 150 ans avant la polémique actuelle concernant la tour Viollet-le-Duc de Notre-Dame de Paris, la reconstruction du clocher central de la cathédrale de Bayeux mobilisait la France entière ! La restitution d’un état « en harmonie avec le style constructif d’origine » finit par s’imposer en 1865. Le dôme du XVIIIe, au style architectural trop incongru, a vécu. La flêche néogothique, haute de 80 m, fend le ciel de Bayeux trois ans plus tard.

LE SAVIEZ-VOUS ? L’ART FRANÇAIS, APPARU EN ÎLE-DE-FRANCE AU XIIe SIÈCLE, EST APPELÉ PÉJORATIVEMENT « GOTHIQUE » À LA RENAISSANCE : C’EST L’ART BARBARE, CELUI DES GOTHS.

EN DÉTAIL

UN DIOCÈSE NÉ AU IVe SIÈCLE

Le premier évêque de Bayeux, saint Exupère, apparaît en même temps que saint Avit, premier évêque de Rouen, attesté en 314.

Son lointain successeur, Odon de Conteville, à qui nous devons la cathédrale, né du remariage de la mère du Conquérant avec un petit seigneur de la région, n’avait aucune vocation religieuse. « En cet homme, les vices étaient mêlés aux vertus », dira de lui Orderic Vital, moine et chroniqueur du XIIe si.cle. Toutefois, « il honorait particulièrement les religieux, défendait son clergé par l’épée et par la parole. »

Odon est nommé comte de Kent par son demi-frère et devient rapidement le plus riche seigneur du royaume d’Angleterre après le roi. La cathédrale profite de son brusque enrichissement. Il tombe en disgrâce après avoir soutenu un concurrent au successeur de Guillaume. Parti pour la première croisade en 1095, il meurt en route l’année suivante.

BAYEUX, UNE VILLE ROMAINE

Fondée au Ier siècle de notre ère, Augustodurum est la capitale du peuple gaulois des Bajocasses qui lui ont donné son nom actuel.

LA TAPISSERIE DE BAYEUX

La cathédrale a abrité pendant des siècles la célèbre tapisserie racontant les évènements de la conquête de l’Angleterre. Confectionnée en Angleterre entre 1066 et 1082, large de 50 cm et longue de 68 mètres, elle est inscrite au registre « Mémoire du Monde » de l’Unesco en 2007.

UNE VOCATION Y EST NÉE

C’est à la cathédrale de Bayeux que la petite Thérèse Martin, accompagnée de son père, vient demander à Mgr Hugonin la permission d’entrer au Carmel. Ce 31 octobre 1887, la future Thérèse de Lisieux n’a que 14 ans. En dépit de son enthousiasme, l’évêque se montre d’abord circonspect. Il finit par accéder à la demande de la jeune fille deux mois plus tard. Un évènement relaté dans son manuscrit autobiographique Histoire d’une âme.

LA CATHÉDRALE DES ÉCRIVAINS

Ils se sont imprégnés de la « grande et majestueuse basilique de style gothique » (La France pittoresque, Abel Hugo). Victor – son frère –, Balzac, Stendhal, Mérimée, Michelet, Gautier, Flaubert et, plus proches de nous, Proust, Jullian, Herriot ou Decoin, les plus grands auteurs ont consacré quelques jolies lignes de leur oeuvre à la « Belle cathédrale » (Zola, notes préparatoires à La joie de vivre).

LE DISCOURS DE BAYEUX

Le 7 juin 1944, Bayeux est la première ville libérée de la France continentale. Le général de Gaulle, qui a débarqué le 14, y fait une entrée triomphale. Le 16 juin 1946, après avoir entendu la messe à la cathédrale, il y prononce son célèbre « discours de Bayeux » où il donne sa conception des institutions publiques de la France. La Constitution de 1958 et la Ve République sont nées ici.

 

Vous aimerez aussi

Vous aimez lire

Renseignez votre adresse email ci-dessous
Vous recevrez ainsi chaque mois L’1visible gratuitement dans votre boîte mail

NON MERCI