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LA VOIE DOUCE DU PÈLERINAGE

28 juillet 2022

psycho bandeau

Respirer l’air des grands chemins ouvre de multiples portes ! Avérée pour ses bienfaits physiques et psychologiques, la marche est devenue un phénomène de société et le pèlerinage, un nomadisme éphémère fort salutaire. Éloge de ce pas de côté.

PAR GAËLE DE LA BROSSE – PROPOS RECUEILLIS PAR MAGALI MICHEL

Gaële de La Brosse est éditrice et journaliste. Elle travaille depuis plus de trente ans sur les chemins de pèlerinage, auxquels elle a consacré une dizaine de livres.

Les chemins de pèlerinage ont le vent en poupe. Mais que vont-ils donc chercher, ces pèlerins de tous âges, de toutes catégories sociales et de toutes nationalités ? Qu’est-ce qui les pousse à abandonner maison, métier, parents et amis pour se mettre en route, un beau matin d’été ? Car il s’agit bien d’un adieu : celui qui part en pèlerinage rompt ses amarres pour se lancer vers l’inconnu. Il s’affranchit, en outre, de ses habitudes, de sa routine quotidienne, cette « petite route » empruntée tous les jours. Il se déleste, se désencombre, lâche prise ou, comme le dit frère

Renaud qui a longtemps accueilli les pèlerins à Conques, « se désinstalle ». Il élague son âme de tout ce qui l’empêche de respirer, de s’élever : ces dépendances accumulées au cours du temps, et qui finissent par étouffer l’essentiel. Comme on élague la branche d’un arbre pour qu’il repousse avec plus de vigueur. Plus droit, plus haut vers le ciel.

Un chemin de mort et de renaissance : voilà ce qu’est le pèlerinage. Il y a peu de temps encore, au terme de sa route, le jacquet parvenu à Compostelle brûlait ses vêtements tout maculés de la poussière du chemin. De même, à Rocamadour, le pèlerin se dépouillait de ses habits de pèlerin. À travers ces rituels initiatiques et symboliques, le vieil homme laisse place à l’homme nouveau, prêt pour un autre commencement. Et l’on sait que la vie sur Terre est une succession de recommencements ! Mort et renaissance, toujours, indissociablement liées. À Édmond Haraucourt qui affirmait que « Partir, c’est mourir un peu », Lanza del Vasto répondait : « Partir, c’est toujours renaître un peu. »

UNE RUPTURE

Cette voie n’est pas facile : elle requiert effort et courage. Partir, en effet, c’est aussi s’exposer au risque, accepter de se remettre en cause pour se confronter à l’altérité et à la rencontre. C’est laisser mourir ce qui, en nous, a suffisamment vécu, pour laisser place à de l’inédit. « Quand vous quittez, votre pays pour aller loin, n’oubliez pas de quitter ;les idées mortes pour en trouver des neuves », écrivait une pèlerine lettone dans un livre d’or de la voie du Puy-en-Velay. Oui, c’est cela également, un pèlerinage : l’abandon de ses certitudes – et parfois même de ses croyances. Une révolution psychologique, sociale et spirituelle. Mais que l’on se rassure : cette rupture arrive toujours à point. Elle survient souvent à une étape de la vie où il faut négocier un virage, un changement de cap : un deuil, un divorce, une maladie, une période de chômage. En un mot, un bouleversement existentiel. C’est dans cette disposition que Charles Péguy se lance, en 1912, sur la route de Chartres. L’écrivain est étranglé par des soucis conjugaux, professionnels et financiers. Alors, il quitte pour quelques jours son domicile de la région parisienne. Il tourne le dos à l’agitation du monde pour livrer au chemin ses tourments intérieurs, ses angoisses, ses questionnements.

LES BIENFAITS DE LA MARCHE

La marche, alors, fait son travail. Et quel travail ! Les effets physiques de ce mode de déplacement sont bien connus. La marche libère les endorphines, hormones du bonheur. Elle débarrasse le corps de ses toxines. Peu à peu, elle apaise le mental, elle ordonne les pensées. Bientôt, tout l’être se met à son diapason. Il s’accorde, il ajuste ses notes. Une délicate harmonie monte vers les hauteurs. Le pèlerin se met à méditer avec ses pieds, avec son corps tout entier. Ce n’est plus seulement un cheminement. C’est déjà, presque, une prière.

Le pèlerinage réveille les grandes questions, les seules qui vaillent la peine d’être posées. La marche du pèlerin est alchimie, elle est métamorphose. Elle est chance, grâce et bénédiction. Elle est faveur providentielle. Un cadeau du ciel sur nos chemins de vie !

6 CLÉS POUR SE METTRE EN ROUTE 

Choisir son chemin

« Avance sur ta route, car elle n’existe que par ta marche », dit saint Augustin. À chacun son chemin : vers un sanctuaire que vous aimeriez découvrir, dans une région qui vous attire ou sur les traces d’un saint qui vous inspire. Les propositions sont nombreuses. Il existe de multiples chemins… et puis il y a le vôtre !

Franchir le seuil

« Dans un voyage, dit un proverbe romain, le plus long est de franchir le seuil. » A contrario du train-train rassurant, partir en pèlerinage, c’est changer d’environnement, quitter sa zone de confort et se soumettre à l’inconnu, s’exposer à l’incertitude et parfois à la peur. Mais, comme l’affirme Jean Giono, « le soleil n’est jamais si beau qu’un jour où l’on se met en route » !

Marcher

La marche est, par essence, changement, progression, purification. Elle est le creuset où se consument les impuretés pour raboter le corps et purifier l’âme. La marche est aussi du temps retrouvé. Paradoxalement, se mettre en route, c’est faire une pause, ralentir le rythme et retrouver son souffle.

Recharger les batteries

Les sanctuaires chrétiens recèlent et dispensent une mystérieuse force surnaturelle. Au-delà de la communion avec l’énergie du lieu et du ressourcement moral, le pèlerin recharge ici d’autres batteries en recevant les sacrements (de sacer, « sacré »). Eucharistie ou sacrement de la réconciliation sont des vecteurs de la grâce. Ce moment est le point culminant du pèlerinage.

Passer

À l’image d’un pèlerinage, la progression terrestre est tendue vers un but. L’arrivée au sanctuaire, qui signe la fin du voyage, symbolise l’achèvement de la vie sur Terre. Une telle expérience apprend à apprivoiser cet horizon et à préparer l’ultime passage. C’est peut-être le plus beau présent que ces chemins peuvent offrir en réponse à la quête essentielle de l’homme.

Revenir

Le temps du retour fait partie intégrante de l’aventure : le pèlerin doit revenir sur Terre après avoir tutoyé le Ciel. N’est-ce pas son plus grand défi à relever ?

TÉMOIGNAGE : « LA ROUTE A FAIT GRANDIR MA FOI »

Gaële de La Brosse s’est rendue en pèlerinage à Rocamadour à un moment charnière de son existence. Sur cette falaise du Lot, tout est redevenu possible.

« On me demande souvent si les pèlerinages ont renforcé ma foi. La réponse me paraît évidente. Non seulement ils l’ont consolidée, mais ils l’ont surtout intériorisée. Ils lui ont donné une couleur et une saveur particulières. En réalité, si je n’avais pas attrapé le “virus” de la marche à l’adolescence et si je n’avais pas eu l’occasion d’effectuer, dans diverses circonstances, ces chemins de pèlerinage, je ne sais ce que serait devenu ce grain de sénevé qui fut déposé en mon âme lors de mon baptême. La route a fait grandir cette semence et m’a permis de débroussailler le terrain alentour. Ce grain de sénevé continue à s’épanouir, mais il faut que je reprenne de temps à autre mon bâton de pèlerin pour qu’il continue à prospérer.

Ainsi, au tournant d’une étape de ma vie professionnelle, pour me résoudre à faire des choix, j’ai emprunté en pèlerine le chemin de Rocamadour. Mon bagage était léger, mais un poids pesait sur mes épaules. Mon humeur, en arrivant, était sombre comme le nom antique de ce site, vallis tenebrosa, le val ténébreux. Parvenue dans le sanctuaire, agenouillée au pied de Notre-Dame de Rocamadour, je fis mienne la devise du lieu : “Firma spes ut rupes”, l’espérance ferme comme le roc. Et je repris la route, libérée de mes doutes et envahie d’une confiance retrouvée. »

POUR ALLER PLUS LOIN

 

Guide spirituel de la voie du Puy-en-Velay
Gaële de La Brosse, Salvator, 2021, 200 pages, 12 €.

 

 

 

 

Le Petit Livre de la marche
Gaële de La Brosse, Salvator, 2019, 140 pages, 9,90 €.

 

 

 

 

 


Petite Déclaration d’amour aux anges, nos compagnons de route
Gaële de La Brosse, Suzac, 2020, 112 pages, 12 €.

 

 

 

 

 

 

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