La joie venue d’en-haut

by Alexandre Meyer

À l’occasion de la sortie au cinéma du film Leur Souffle, réalisé par Cécile Besnault et Ivan Marchika, et consacré à l’abbaye de Jouques, L’1visible a mis le cap sur ce monastère où les soeurs cultivent un art de vivre joyeux et frugal. Dans un cadre de pierre ocre piquée de lavande odorante, entre la montagne Sainte-Victoire et la Durance, la communauté radieuse relie terre et ciel à vingt kilomètres d’Aix-en-Provence.

Par Alexandre Meyer. Photos Fabrice Vargas, Larousse / Abbaye de Jouques

La vie du monastère, fondé en 1967, est rythmée par une règle écrite il y a 15 siècles… Sept fois par jour les soeurs se réunissent dans le choeur de l’abbatiale pour l’Office divin, la liturgie des heures. Elles prient avant l’aube dès cinq heures et jusqu’au crépuscule… La messe quotidienne et la lectio divina (la lecture de la Parole de Dieu) complètent ces presque 40 heures de prière hebdomadaire. Faire son travail dans la joie, savoir écouter et se taire, prendre soin des plus faibles, prier et lire. Voilà la géniale intuition de saint Benoît (487-560), le père du monachisme occidental.

UNE NOUVELLE MANIÈRE D’ÊTRE AU MONDE

La joie qui éclaire tous les visages de la communauté frappe instantanément le spectateur. Pourtant, les religieuses ne vivent pas dans le confort à l’abri des difficultés temporelles : « Elles subissent les soubresauts du monde, comme nous tous. Elles doivent subvenir à leurs besoins en travaillant beaucoup, éprouvent angoisse et doute, sont éloignées de leur famille. » Lorsqu’il évoque les jours passés au monastère pour le tournage du film-documentaire Leur souffle (voir p. 22), Ivan Marchika, son coréalisateur, est intarissable. Les soeurs s’attèlent à une vie de labeur, d’effort, de prière et d’abnégation, dans une recherche constante de perfection spirituelle et d’excellence du travail accompli. « Plongé dans la grisaille de l’existence, j’y ai puisé de la force et trouvé la joie de vivre. C’est une nouvelle manière d’être au monde : avec intensité. En observant les soeurs, on comprend ce que cela veut dire d’offrir son travail à Dieu. »

ORA ET LABORA : LA PRIÈRE ET LE TRAVAIL

Les journées des moniales que la caméra a suivi pas à pas, sont ponctuées d’offices, de récolte au potager et au verger, du travail de la vigne ou à la ferme, de la vie en cuisine. Sous leur pinceau habile naissent aussi des formes compliquées, de pourpre et d’or, à l’atelier d’enluminures. Des figures qui orneront les évangéliaires et les livres liturgiques.

UN AVANT-GOÛT DU CIEL

Ambroise Touvet a eu le privilège de passer lui aussi plusieurs semaines de l’autre côté de la clôture pour l’écriture de son livre de recettes Invitation à l’abbaye (voir p. 12). « Le rythme est paisible, aisé, sans heurt ni saccade. Comme un avant-goût du ciel, un aperçu des biens éternels que Dieu veut nous offrir. » Quand la salle se rallume, comment ne pas garder en mémoire cette promesse de plénitude, ni retourner à la vie du monde, sans être tout à fait le même ni tout à fait un autre.

POUR EN SAVOIR PLUS : wwww.abbayedejouques.org

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