LA CATHÉDRALE SAINT-MAURICE D’ANGERS : LE TOMBEAU DES ROIS DE SICILE

by Alexandre Meyer

Cathédrale et nécropole royale des princes d’Anjou, Saint-Maurice d’Angers est le symbole du « gothique angevin », qui a inspiré nombre d’édifices de la région. Dominant « l’Athènes de l’ouest », elle est le symbole de la puissance des comtes d’Anjou et de la dynastie des Plantagenêt.

PAR ALEXANDRE MEYER – PHOTOS JEAN-PIERRE GOBILLOT / PLACE DES VICTOIRES – MICHEL MORILLE

Cathédrale érigée dès le IVe siècle, nous ignorons tout de son architecture avant qu’elle ne soit reconstruite autour de l’an mil par l’évêque Hubert de Vendôme. Remaniée entre les XIe et XIIIe siècles, incessamment restaurée depuis, la cathédrale Saint-Maurice mue peu à peu du style roman au style gothique « angevin ».

La proximité de la Maine et de la Loire a permis aux bâtisseurs de profiter des richesses de la région : tuffeau, chênes des forêts épiscopales, ardoises… L’utilisation des pierres est optimisée selon leurs propriétés. À la Révolution, la cathé- drale devient Temple de la Raison en 1793, mais sort relativement indemne de cette période agitée.

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L’ÉGLISE-MÈRE

La présence des chrétiens est attestée à Angers depuis le IVe siècle. Une tradition légendaire place Auxilius en premier sur le siège de l’évêque d’Angers. Defensor plebis – magistrat chargé de défendre les plus démunis –, il aurait été consacré par saint Julien, évêque du Mans, et aurait participé à l’accession de saint Martin comme évêque de Tours en 371.

Jusqu’au VIIIe siècle, la cathédrale est simplement appelée « l’église » ou « l’église-mère ». La première mention d’une dédicace à saint Maurice d’Agaune apparaît dans un diplôme de Charlemagne daté de 770.

Le culte rendu à Angers à ce légionnaire valaisan est toutefois plus ancien. Grégoire de Tours raconte comment il a procédé à la reconnaissance des reliques des martyrs de la « bienheureuse légion thébaine » dès 589.

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L’EMPIRE PLANTAGENÊT

En 987, la dynastie des rois francs carolingiens est évincée par Hugues Capet. Après lui, les capétiens régneront sur le trône de France jusqu’en 1792. Le comté d’Anjou prend son essor et devient l’une des plus importantes principautés du royaume de France. En 1128, Geoffroy V d’Anjou épouse Mathilde, la petite-fille de Guillaume le Conquérant, héritière du royaume d’Angleterre. En s’emparant du duché de Normandie, Geoffroy – surnommé Plantagenêt par allusion à la branche de genêt qu’il avait l’habitude de porter à son chapeau – devient le plus puissant vassal du roi de France.

EN DÉTAIL

Au lendemain d’un incendie qui emporte le bras nord du transept de la cathédrale, les chanoines passent contrat avec le peintre- verrier André Robin. La rose avec, en son centre, le Christ montrant ses plaies, est réalisée entre 1451 et 1454, à la fin de la guerre de Cent Ans. Elle représente le Jugement dernier, les signes précurseurs de la fin des temps et des anges tenant les instruments de la Passion.

UNE NÉCROPOLE ROYALE

Henri II, fils de Geoffroy d’Anjou et de Mathilde d’Angleterre, sera comte d’Anjou, du Maine, duc de Normandie et d’Aquitaine et roi d’Angleterre. Sa puissance financière et militaire fait une sérieuse concurrence à la couronne. Le roi de France Philippe Auguste brisera la puissance de l’empire Plantagenêt à Bouvines en 1214. En 1226, Louis VIII offre l’Anjou en apanage à son dernier fils, Charles, qui fonde la seconde dynastie angevine. Il conquiert l’Italie méridionale et se fait couronner roi de Sicile et de Naples. L’Anjou est érigé en duché au début de la guerre de Cent Ans. La dynastie s’éteint avec René d’Anjou, appelé le « Bon Roi René » (1409-1480). Les princes angevins auront multiplié les largesses au profit de la cathédrale, devenue leur nécropole familiale.

LA TENTURE DE L’APOCALYPSE

Plus grande tapisserie médiévale du monde, c’est le trésor des trésors de la cathédrale. Exposée dans l’édifice dès 1404, elle fut déplacée au château d’Angers en 1950 afin d’être offerte à l’admiration du public en permanence. Commandée par Louis Ier, duc d’Anjou, frère du roi Charles V, elle sera offerte à la cathédrale par son petit-fils René. Constituée de six pièces, haute de 4,50 mètres et longue de 140 mètres à l’origine (une centaine aujourd’hui), elle couvrait une surface de 850 m2. La centaine de tapisseries que renferme le trésor de la cathédrale constitue l’une des collections les plus riches du monde.

Le baldaquin baroque réalisé en 1757 sous le règne de Louis XV par le sculpteur Denis-Antoine Gervais, a été restauré en 2017. Il surplombe l’autel de près de 15 mètres à la croisée du transept de la cathédrale.

Angers. La grâce d’une cathédrale.

Sous la direction de Mgr Emmanuel Delmas, évêque d’Angers, Éditions Place des Victoires, 2020, 450 pages, 350 illustrations, 85 €.

POUR ALLER LOIN

http://cathedrale-angers.fr https://victoires.com

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