LA BASILIQUE SAINTE-MARIE-MADELEINE, TOMBEAU DE L’apôtre des Apôtres

by Alexandre Meyer

Nous sommes à la fin du Ier siècle. Les années ont passé depuis la résurrection du Christ. Marie-Madeleine, Lazare et quelques femmes accostent en Gaule. L’amie la plus proche du Seigneur, l’apôtre des Apôtres, vient achever sa vie terrestre dans le massif de la Sainte-Baume.

PAR ALEXANDRE MEYER & MARTIN TRANNOY PHOTOS : PASCAL ROBIN, LIONEL BARBE

Située dans le Var, à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, petit village provençal teinté de pierres ocres et de tuiles rouges, la basilique Sainte-Marie-Madeleine est un chef d’oeuvre unique en son genre. Construite à partir de 1295 dans un siècle encore dominé par l’art roman, elle est l’un des rares édifices d’architecture gothique du Midi et le seul laissé inachevé.

Marie de Magdala, la femme délivrée de sept démons par Jésus, fidèle parmi les fidèles du Christ, est morte en Provence. Elle mena une vie de contemplation et de pénitence dans une simple grotte à flanc de montagne. Sept fois par jour, comme une insigne faveur du Ciel, les anges l’élevaient jusqu’à la cime du massif. À sa mort, elle fut ensevelie dans le village de Saint-Maximin. L’endroit fut appelé Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, du provençal « bauma » qui signifie « grotte » .

NOLI ME TANGERE

Saint-Maximin, étape importante sur la via Aurelia qui relie Saint-Jacques-de-Compostelle à Rome, abrite dans la crypte de sa basilique un des plus grands trésors de la chrétienté : les reliques de Marie-Madeleine. Son crâne, en bon état, surmonte un cylindre de cristal dans lequel se trouve un morceau de chair et des fragments osseux. Près du cylindre, cette inscription latine tirée de l’évangile de Jean (20, 17) : « Noli me tangere » (ne me touche pas). Il s’agirait de l’endroit du front de la sainte que le Christ ressuscité a frôlé pour la repousser délicatement quand, au matin de Pâques, Marie Madeleine le reconnut non loin du tombeau vide et se jeta à ses pieds.

UNE FÊTE POPULAIRE

Chaque jour de la semaine du 22 juillet, de grandes fêtes sont organisées en l’honneur de la sainte patronne du village. Les rues s’embrasent des couleurs vives des costumes traditionnels provençaux, résonnant des aubades médiévales jouées par les musiciens, dans de longues processions portant les reliquaires dans toute la ville.

CHARLES II

Lorsqu’en 1274, le comte d’Anjou Charles II met au jour les sarcophages, il trouve dans l’un deux un manuscrit : « Ici se trouve le corps de Marie-Madeleine ». Il entreprend alors la construction d’une châsse immense pour les conserver : cette basilique, dont la première pierre fut posée en 1295, après l’authentification des saintes reliques par le pape Boniface VIII. Pour accueillir les nombreux pèlerins et démontrer sa puissance et sa richesse, Charles II opta pour un splendide édifice à l’architecture gothique.

L’église fut élevée sur un tombeau paléochrétien bouché vers 710 pour protéger les reliques qu’il contenait des invasions sarrasines. Redécouvert 500 ans plus tard, il abrite toujours ses quatre sarcophages de l’Antiquité gallo-romaine et les saintes reliques de Marie de Magdala.

Les abords austères de la basilique contrastent avec un décor intérieur foisonnant, dont le choeur, tout de bois sculpté, et son magnifique maître-autel, en marbre polychrome.

LE SAVIEZ-VOUS ?

LE VILLAGE DOIT SON NOM À SAINT MAXIMIN, L’ÉVANGÉLISATEUR DE LA PROVENCE, ÉVÊQUE D’AIX AU IER SIÈCLE.

EN DÉTAILS

LA FACE D’UNE SAINTE FEMME

La science nous permet désormais de mettre un visage sur le nom. L’équipe d’anthropologie médicale de l’université de Saint-Quentin-en-Yvelines, dirigée par le médecin légiste Philippe Charlier a réussi à reconstituer le visage virtuel de la sainte de Magdala à partir de plus de quatre cents photos de son crâne. Ils travaillent actuellement à la datation des ossements grâce à l’ADN prélevé dans ses cheveux.

UN RELIQUAIRE CONVOITÉ

Le chef-reliquaire de bronze doré émaillé qui contient actuellement le crâne de Marie-Madeleine date de 1860 et a été sculpté par l’orfèvre Didron. L’ancien, fait d’or et d’argent, surmonté d’une couronne de pierres précieuses, a disparu pendant la Révolution.

LES GRANDES ORGUES

Réputées à travers le monde, elles sont parmi les seules à avoir conservé leur mécanisme d’origine. Les orgues de Sainte-Marie-Madeleine font la fiert. de la basilique, nous explique Isabelle Arlery, guide conférencière Pays d’Art et d’Histoire : les 2 692 tuyaux qui les composent chantent depuis le XVIIIe siècle ! Sauvées de la destruction pendant la Terreur grâce à l’astucieux organiste Fourcade qui y jouait la Marseillaise chaque fois qu’un conventionnel passait le portail…

DORMEZ AU COUVENT

Adossé au mur nord de la basilique se trouve le couvent royal. Seul le clo.tre est accessible au public. Un hôtel occupe désormais les bâtiments attenants, l’endroit rêvé pour goûter le charme de ce village de caractère.

LA CRYPTE INTERDITE

L’accès à la crypte a longtemps été interdit aux femmes. À son retour de Marignan, auréolé de gloire, François Ier s’arrête vénérer les reliques. Le reliquaire fut extrait de la crypte pour être présenté à la reine et aux princesses de la cour. Dans l’opération, il manqua de tomber et de se briser plusieurs fois, un diamant fut même perdu ! Depuis cette mésaventure, personne ne s’est plus opposé à ce que les femmes descendent dans la crypte.

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