Juif, j’ai échappé à la déportation

by administrator

17 juillet 1942… Les parents de Jacques sont embarqués par la police française. Il échappe de très peu à la déportation. Il est recueilli par une famille qui va changer sa vie.

Nos parents, d’origine juive polonaise, menaient une vie sans histoire dans le 18e arrondissement de Paris quand, en 1939, notre père fut mobilisé. Il nous envoya, maman (enceinte) et nous, les deux aînés, à Châteaubriant, où des familles accueillaient les réfugiés. C’est là-bas, hébergés dans la famille Roul, que maman accoucha d’un petit Marcel. Puis en septembre 1940, papa, démobilisé, nous rappela à Paris. La vie reprit son cours. Jusqu’à ce 17 juillet 1942…

Nous avons dit au revoir à nos parents

Il est cinq heures du matin lorsque deux agents de la police française en civil font irruption dans l’appartement familial. Ils nous prient de les suivre. Mais sur leur liste, un nom manque. Celui de Paulette, ma sœur aînée. Elle tient toutefois à nous accompagner. Hésitant, l’un des agents demande quoi faire avec cette jeune fille non répertoriée. L’officier allemand présent souhaite d’abord que tout le monde suive le mouvement puis il se rétracte. « On verra plus tard pour les enfants. » Après avoir dit rapidement « au revoir » à nos parents, nous nous retrouvons seuls tous les trois. Marcel, notre jeune frère, n’a que deux ans et demi.

C’est alors que Paulette a l’idée de reprendre contact avec la famille qui nous avait accueillis à Châteaubriant. Elle leur envoie un télégraphe, en expliquant la situation. La réponse ne se fait pas attendre : « Venez, nous vous attendons. » Nous demeurerons chez les Roul jusqu’en 1946, sans être jamais inquiétés.

Générosité et respect

Chez les Roul, un grand esprit de foi domine. Sur les six enfants, trois deviendront prêtres. La générosité de cette famille est pétrie de respect. Vivre au milieu de chrétiens témoins par leurs actes m’aide à rencontrer le Christ et à vouloir devenir son disciple. Je demande donc le baptême. Paulette est déjà baptisée et fréquente les Guides.

En septembre 1946, nous rentrons à Paris. L’immeuble où nous habitions avec nos parents a été détruit par un bombardement américain… qui a fait 36 morts. Une nouvelle fois, nous avons échappé au pire ! Nous voilà sans maison, sans famille et sans travail… Mais la Providence veille. Nous trouvons chacun refuge dans un foyer et nous nous donnons régulièrement rendez-vous… sur les quais du métro ! Jusqu’au bout, ma sœur, mon frère et moi avons cru que mes parents reviendraient.

C’est alors que je décide de rentrer au séminaire. En effet, l’idée de devenir prêtre s’imposait à moi. Puis, après Paris, un accroc de santé m’envoie au grand séminaire d’Aix-en-Provence pendant un an. Mon état ne s’améliore pas et je comprends que sans doute ma vocation est ailleurs… Sorti du séminaire, je fais des travaux de manœuvre, puis je reprends des études et trouve un poste de comptable.

Un signe d’amour

Au cours des années suivantes, vivant dans un immeuble à esprit communautaire, j’ai pris conscience des mille et une misères humaines et j’ai eu la certitude que Dieu m’appelait à être son serviteur, proche des hommes et des femmes qui m’entouraient et modestement, un signe de son amour.

En 1994, j’ai été ordonné diacre permanent. Je suis très heureux dans cette vocation d’accompagnement des personnes au quotidien. Je le dois aussi à ma sœur Paulette sans laquelle je n’aurais pas échappé à la déportation. Elle a de plus toujours été à mes côtés.

Aujourd’hui, je me dis que le sacrifice de nos parents a porté ses fruits dans nos vies comme le grain tombé en terre. Je n’éprouve aucun ressentiment. Je sais chaque jour un peu mieux que, dans chaque mort, il y a une résurrection.

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