Jim Caviezel : “Nos vies sont de continuelles conversions”

by 123dev

Rencontre. L’acteur américain de 49 ans, marié et père de trois enfants, a joué le Christ dans le film La Passion du Christ de Mel Gibson. Aujourd’hui, il incarne l’évangéliste saint Luc qui accompagna saint Paul dans ses derniers jours de prison à Rome. 

Propos recueillis par Cyril Lepeigneux.

A la veille de la sortie du film Paul, apôtre du Christ, et alors qu’il fait la promotion de ce film sur le vaste territoire américain, il répond à nos questions entre deux avions. Il nous raconte notamment la place du pardon dans ce nouveau film et dans sa vie.

Vous incarnez saint Luc l’évangéliste dans ce beau et touchant film du réalisateur Andrew Hyatt. Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle ?

Comme pour le tournage de La Passion du Christ sorti en 2004, je me suis rendu régulièrement à la messe. J’ai lu aussi avec attention les textes relatifs à la vie de Jésus et à celle de Paul, appelé Saul de Tarse avant sa conversion sur le chemin de Damas. Avant de connaître le scénario de ce film, j’étais allé au camp d’Auschwitz avec mon ami et mentor Frank Stewart, à l’endroit exact où saint Maximilien Kolbe a été martyrisé par les Nazis. Peu de temps après mon retour à la maison, j’ai appris que mon mentor avait le cancer et il en est mort. Alors quand j’ai été contacté par le producteur de Paul, apôtre du Christ, je me suis dit que la relation que j’avais eue avec mon mentor devait être sans doute la même qu’avait vécue Luc avec Paul.

Ce personnage vous a-t-il touché ?

Luc était un docteur grec et un païen qui n’avait jamais vu ni entendu le Christ. Pourtant, en entendant Paul prêcher, il dit qu’il a vu le Christ en lui. C’est ainsi que sont les grands saints. La France possède aussi plusieurs grands saints, comme Bernadette, qui ont fait rayonner la lumière du Christ à un très haut degré. Je me souviens d’avoir vu, encore jeune homme, un vieux film sur la vie de cette voyante de Lourdes qui a eu une grande influence sur moi.

Incarner saint Luc vous a-t-il fait progresser dans votre foi ?

Sans aucun doute. Comme lors du film La Passion du Christ. J’observe que nos vies sont de continuelles conversions. Comme le dit Paul, « Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant. » Je crois qu’il nous faut devenir plus humbles pour continuer à nous convertir. Nous savons qu’à un certain moment la graine doit mourir en terre, et que la vie doit en sortir. Bien sûr, tout le monde doit mourir mais le christianisme nous rappelle que nous n’en connaissons ni le jour ni l’heure, et qu’il faut donc se préparer.

Comment ?

En pardonnant. Le grand enjeu de ce film est le pardon coûte que coûte. Pardonner ne signifie pas être faible ou laisser faire. Au contraire. Il s’agit d’un face-à-face entre l’amour et le mal. C’est le plus puissant des dialogues qui nous montre quel est le vrai courage. Jour après jour, l’amour crée un changement en chacun de nous, comme une petite passion. L’amour est cette étincelle qui met en lumière la vraie révélation en chacun de nous.

Est-ce que vous réussissez désormais à pardonner, vous aussi, à tout prix ?

Non, honnêtement, pas tout le temps. Mais le plus souvent, j’essaie de faire ce qu’il faut, de mourir à moi-même. Nous ne sommes pas des chiens qui n’agiraient que par instinct. Nous devons agir pour devenir des saints. Mais ce n’est pas facile de pardonner : je n’en ai pas toujours envie mais je choisis de le faire parce que j’obéis à Jésus qui nous l’a demandé. Cela fait partie de mon engagement dans l’Église. Voyez, quand on récite le Notre Père, on dit à un moment : « Pardonne-nous nos offenses. » Mais juste après, il y a « comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé ». Il ne faut pas l’oublier, ça !

C’est si difficile…

Souvent, comme les catholiques modernes, on n’aime pas cette deuxième partie. On veut juste que Dieu nous pardonne et on va garder de la rancune envers les autres. Mais ce n’est pas ce que Dieu veut. Alors, je fais du mieux que je peux mais à un moment je dois pardonner à l’image de saint Paul dans le film car, si je ne le fais pas – et c’est pour ça que la confession est si importante – je deviendrai ce que je hais. Et à ce moment-là, je ne serai plus en paix. Et quand il n’y a plus de paix, il n’y a plus le Christ. Depuis une dizaine d’années, je travaille là-dessus. Dieu me reconstruit continuellement et j’espère qu’un jour, quand j’arriverai au Ciel, je n’aurai plus de soucis avec ces questions-là.

Une suite à La Passion du Christ est prévue par l’acteur et réalisateur australien Mel Gibson. Elle devrait s’appeler Résurrection. Vous tiendrez à nouveau le rôle de Jésus. On se souvient de nombre de critiques sévères lors de ce premier film. Vivez-vous cela comme un combat spirituel ?

Je ne suis pas autorisé à vous parler de ce film pour l’instant. Tout ce que je peux vous dire c’est que ce sera le
plus grand film de l’histoire !

Pour finir, quelle est la place de la prière dans votre vie aujourd’hui ?

Je vais à la messe tous les jours et j’entends ainsi l’intégralité des lectures de la Bible sur une année. Comme je l’ai dit récemment devant plus de 8 000 jeunes, le monde a besoin d’hommes comme saint Paul ou saint Luc, qui ont risqué leur réputation pour apporter au monde leur foi et leur amour pour Jésus. Je pense que Dieu appelle chacun de nous à faire de grandes choses. Cela commence par la prière, l’aide aux autres, la méditation des textes de la Bible, sans oublier de prendre les sacrements au sérieux. Ainsi nous pourrons être libérés de nos faiblesses et de l’esclavage du péché. Une liberté pour laquelle cela vaut la peine de mourir.

 

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