JEAN-BAPTISTE GUEGAN « LES PREUVES D’AMOUR SE DONNENT AU QUOTIDIEN »

by Alexandre Meyer

Son dernier album, « Rester le même », a été une révélation pour beaucoup à sa sortie au début de l’automne. Sosie vocal de Johnny Hallyday, disparu il y a trois ans, Jean-Baptiste Guegan n’est pas seulement le fils spirituel du Taulier. À 37 ans, il sort aujourd’hui de l’ombre de son maître, pour rester et devenir lui-même. Humblement.

PROPOS RECUEILLIS PAR MARILYNE CHAUMONT

Le chanteur breton, qui se destinait à l’origine à la menuiserie, a laissé très tôt ses outils pour faire vibrer les petites gens avec les tubes de Johnny dans les karaokés, les bals et les mariages. En 2018, il remportait l’émission « La France a un incroyable talent ». S’en suivait un premier album, «Puisque c’est écrit ». Avec sa guitare pour emblème et son rock pour drapeau, l’œil vif, le rire bref, Jean- Baptiste Guegan regarde au-delà du succès. Pour L’1visible, il évoque son itinéraire improbable, sa mère qui veille « là-haut », et ce chemin d’humilité difficile à tracer dans la cour des grands.

Johnny Hallyday, de qui vous avez hérité la voix, est-il votre idole au sens propre, une sorte de demi-dieu ? Que vous a-t-il appris qui reste aujourd’hui ? Johnny, je n’en fais pas un dieu, il ne faut pas exagérer, mais il restera toujours gravé dans ma vie. Il fait partie de mon existence depuis ma tendre enfance. C’est le premier type que j’ai vu sur scène. C’était à Paris-Bercy, j’avais 9 ans, et j’ai été époustouflé par ce qu’il pouvait transmettre. J’ai cette chance d’avoir ses cordes vocales, et la même capacité vocale que lui. Ce que j’aimerais avoir surtout, c’est son humilité. Je pense que c’est finalement ce que Johnny m’a le plus appris : l’humilité. Johnny fonçait droit au but – moi-même je suis comme un taureau qui fonce tête baissée. Johnny était très fragile – moi-même j’ai ma sen- sibilité à fleur de peau. Quand Johnny parlait de son père, c’était très dur pour lui – pour moi c’est la même chose. Johnny Hallyday a été un père pour moi musicalement, mais aussi moralement. Ses chansons m’aidaient à affronter les problèmes de ma vie. J’avais alors tant de choses à surmonter. Quand je rentrais de l’école, je lâchais mon sac, je m’enfermais à double tour dans ma chambre. Ses chansons étaient mon échappatoire. Il y a quelque chose de mystique dans tout ça. J’essaie à mon tour de prendre humblement ce métier qui est le mien.

Dans votre premier album, la chanson Merci rend hommage à celui qui a tracé votre voie. Vous avez parfois été accusé de profiter de la mort de Johnny Hallyday… Pour vous, la gratitude est-elle plus forte que la rancune ? La gratitude est la plus forte, c’est certain. C’est important pour moi de dire aussi merci aux critiques que je reçois, même les plus difficiles à entendre. On apprend beaucoup de ces critiques. Cela fait presque vingt ans maintenant que je chante, j’ai été critiqué dans un sens ou dans l’autre et ça ne me dérange absolument pas.

Avant de vous lancer dans la chanson, vous touchiez du bois… Vous avez fait des études pour être menuisier, quel souvenir en gardez-vous ? Le bois m’a toujours parlé, par l’odeur, par le tou- cher. L’écorce du pin, les outils dans l’atelier, m’ont toujours attiré. Je suis un enfant de la nature. J’ai construit des meubles, j’ai même fait ma maison en Bretagne, je me suis débrouillé comme j’ai pu. J’aime toujours ça, mais pas seulement le bois : la mécanique, la maçonnerie… Enfant, j’avais construit une cabane dans un arbre, avec un esca- lier pour y monter, je mettais des pièges. Je passais mon temps dans les champs derrière chez moi.

« Si on a bien la paix quelque part, c’est là-haut »

La Bretagne de votre enfance est-elle loin derrière vous ? Je suis breton, j’ai grandi et j’ai tout appris là-bas. Ma terre natale restera éternelle en moi. J’ai perdu ma mère et mon père, mais il reste mes frangins, ma grand-mère, mes enfants, tant de gens que j’aime : ma Bretagne, c’est mon île à moi.

Vous avez perdu votre père il y a peu, mais c’est surtout la mémoire de votre mère qui reste forte, si bien illustrée dans La Dame aux yeux verts. La sentez-vous près de vous malgré l’absence ? Ma mère a beaucoup compté pour moi. Je sais qu’elle est toujours là et je pense qu’elle veille sur moi, qu’elle est fière. Je viens de perdre mon père à l’automne, c’est dur de se sentir orphelin. Mais je crois qu’à son tour il est parti au ciel. Qu’il repose en paix. Parce que si on a bien la paix quelque part, c’est là-haut.

Dans votre chanson C’est la vie d’un homme, vous évoquez l’envie de vivre et la peur de mourir : qu’est-ce qui est le plus fort en cette période de menaces où beaucoup de gens vivent dans l’angoisse ? La peur de mourir, je l’ai toujours eue, depuis petit, et je l’ai tout le temps – peu importe d’où elle vient. C’est finalement surtout la peur de souffrir : mes peurs noires se retrouvent dans mes chansons. Je ne voudrais pas que mes proches me voient souffrir, parce que j’en sais quelque chose, de la souffrance… Mais l’envie de vivre est plus forte que ça : je suis un battant, je me projette toujours dans l’avenir.

« Je crois aujourd’hui en l’exemple de ceux qui sauvent des vies, qui s’épuisent au chevet des autres »

Dans la chanson J’y crois, vous proclamez : « Les hommes ont besoin d’amour, d’espérance et de se tourner vers le ciel », est-ce un cri du cœur ? Dans ce moment étrange qu’on vit, il faut résister, se souder les uns les autres, s’interroger. Je crois aujourd’hui en l’exemple de ceux qui sauvent des vies, tous ceux qui dans les hôpitaux s’épuisent au chevet des autres. On les sollicite très fort, et je leur tire mon chapeau.

On sent une pudeur à parler de l’intérieur de vous-même. Pourtant, votre dernier album se veut très personnel. J’ai été éduqué comme ça, dans le sens où ce n’est vraiment pas facile de mettre les mots sur l’intime : c’est plus facile pour moi de le dire en chanson. Je n’arriverais même pas à écrire une seule chanson par moi-même. Michel Mallory, qui a écrit la plupart des textes de mes albums, a su tout comprendre de moi. Avec lui, j’ai des liens fraternels, presque paternels !

Vos chansons sont imprégnées du verbe « aimer » : concrètement, quelles sont les plus grandes preuves d’amour pour vous ? Les preuves d’amour se donnent au quotidien : c’est ce que je vis tous les jours. Je vois à quel point j’ai une vie extraordinaire, mais le plus important, c’est l’amour qui se vit dans l’ordinaire. Avec ceux qui sont à côté de moi, dans les petits moments. Bien sûr, il y a la scène, cette communion très forte avec le public. Bien sûr, je suis rock’n roll, je vis au jour le jour. Mais je n’ai rien de fou, rien d’absurde, rien d’extrême. L’extrême ne m’a jamais intéressé. Et s’il m’arrive d’aller dans l’extrême, c’est que je suis un écorché vif – c’est pourquoi je me mets un peu en danger… Monter sur scène, c’est de toute façon une mise en danger. Mais les petites choses de l’ordinaire, c’est ça qui peuple la vie. La vraie vie, avec ses imprévus. C’est si triste quand tout est réglé comme sur du papier à musique.

Si vous chantez Je veux rester le même, c’est que vous avez peur de devenir quelqu’un d’autre ? Je fais un métier assez rocambolesque, qui n’est pas facile tous les jours : il faut faire attention à ce qu’on dit, à ce qu’on fait, quand on commence à être connu. Il y a la difficulté à rester comme on était avant. Ce milieu me fait un peu peur. Je veux vraiment rester moi-même, celui qui aime sa Bretagne natale, qui aime profondément les gens. Ne pas me prendre pour quelqu’un d’important. Je ne suis qu’un interprète et c’est tout, c’est déjà bien… Je contribue à faire plaisir aux gens qui m’écoutent, il y a une relation très forte qui se crée avec le public, même si en ce moment, c’est compliqué.
Je pense que sur cette terre, on a une mission : accomplir ce qu’on doit accomplir en donnant toujours plus. Si je peux vivre ma mission comme apporter un peu de bien ici-bas, je serai le plus heureux du monde, et je ne demande rien en échange.

SON ALBUM

Deuxième album studio du chanteur français Jean-Baptiste Guegan,
« Rester le même » (Sony Music Smart) est sorti en septembre 2020 et s’est classé n°1 des ventes dès sa première semaine dans les bacs. Les paroles sont signées Michel Mallory (qui a écrit 114 chansons de Johnny Hallyday), Slimane et Marc Lavoine. Son premier album « Puisque c’est écrit », s’était écoulé à plus de 300 000 exemplaires.

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