Grégoire : Parle d’amour

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Rencontre. Écoulé à plus d’un million d’exemplaires, Toi+Moi l’a propulsé comme une légende. Cet automne, Grégoire revient avec Les roses de mon silence. L’album est de diamant, son silence est d’or.

Propos recueillis par Magali Germain

Dans les bacs, cueillez, cueillez, si m’en croyez, Les roses de mon silence! Grégoire, l’auteur-compositeur, y enveloppe ses roses de multiples horizons musicaux. Tour à tour intimiste ou orchestral, l’artiste cultive un buisson de paroles, mises sur des sentiments exprimés trop rarement. À nu, à cœur ouvert, la voix de ce Grégoire de la maturité y est toujours aussi sincère.

Bravo pour ce troisième album ! On vous sent mûri. Que s’est-il passé ?

La naissance de mon fils. C’est un album dont j’avais l’idée avant que Paul n’arrive. Avec la naissance, les choses se sont accentuées et j’ai décidé de mettre 17 chansons parce que j’avais plein de chose à dire, notamment sur l’amour.

Pourquoi l’amour ?

J’avais l’impression qu’on parlait beaucoup plus de ce qui n’allait pas que de ce qui allait bien comme si on avait besoin de se rassurer avec le spectacle du malheur des autres : ça va plus mal là-bas ! Moi, à l’inverse, ça me fait rêver de voir un endroit où tout va bien, j’ai envie d’y aller ou de le reproduire chez moi. J’ai envie d’être heureux en me disant : « Tiens, il y a des gens qui arrivent à être heureux. » Alors, j’ai voulu parler de l’amour. La plus belle preuve d’amour, c’est d’aimer, aimer l’autre pour lui-même, indépendamment de ce qu’il vous renvoie. Après, avant, pendant l’amour, on a du mal à dire les choses. J’ai voulu explorer tout ça.

Être heureux, c’est une question de choix, dit l’une de vos chansons. Vos choix de bonheur ?

Me lever tous les matins avec le sourire et même me forcer s’il le faut. Faire ce que je n’ai pas osé faire et que je rêve de faire depuis longtemps. Ça peut-être d’appeler quelqu’un pour lui dire quelque chose. Parler ou écrire. « Pour avancer, lâcher les regrets trop lourds », pour paraphraser Jean-Jacques Goldman. Soit par écrit, soit par texto, soit par oral. Aller de l’avant.

Votre mariage, un de ces choix ?

Oui. C’était une évidence. Eléonore, voilà, j’ai envie de me lier à toi pour toute la vie. On le met sur le papier. On y va. On l’affiche devant tout le monde. Je te porte. Et je porte mon alliance à mon doigt parce que je te porte en moi et que je te porte sur moi, aussi.

Votre art d’aimer ?

Dire les choses. C’est déjà plus simple quand on se parle et qu’on s’avoue des sentiments, du moins pas tous les vingt ans… Dire à l’autre qu’il est beau, qu’elle est belle.

Vos drames.

La mort de mes frères. Je n’ai pas été épargné. En même temps, ce sont les choses de la vie. Je vis avec tous les jours. Je ne peux pas y faire grand-chose. J’ai tendance à m’en servir comme une force plutôt que comme une épreuve ou un obstacle, même si ce sont des choses dures à assumer.

De votre foi, préférez-vous vous taire ou parler ?

Je peux en parler. Je suis très spirituel. Évidemment, j’ai baigné dans ma religion catholique. Mais, on a tous, je pense, une conscience. J’assimile souvent Dieu à cette petite voix intérieure qui nous dit « vas-y », qui nous amène à faire des choses. Les coïncidences, l’instinct jouent aussi, mais j’aime y mettre un peu de mystique. Après, je n’impose rien à personne, mais je crois que quelque chose nous dépasse et nous accompagne.

Quelque chose ou quelqu’un ?

J’aime à croire que quelqu’un veille sur moi.

Vous arrive-t-il de prier ?

Il m’arrive d’adresser des interpellations au-dessus de moi. Qu’est-ce que je peux faire qui est autre que mon souci matériel ?

Votre côté boy-scout ?

Savoir faire un feu, faire la cuisine, me débrouiller seul, et à côté de ça l’idée d’entraide, peut-être l’effort, le don de soi. Et cette admiration pour le bénévolat. Je pense aux Apprentis d’Auteuil, aux Enfoirés, à Tout le monde chante contre le cancer, moi ces gens-là me fascinent. Je les félicite. Je trouve qu’on n’en parle pas assez.

Quelle est cette jeunesse à laquelle vous dites : « Peuple d’avenir, lève-toi, (…) ta liberté ne se vend pas, ô ma jeunesse, lève-toi » ?

C’est toute cette jeunesse que je croise enfermée dans des jeux vidéo, dans une vie qui suit son cours, cette jeunesse qui n’a pas forcément de grand rêve. Je ne la blâme pas. Moi, jeune, j’étais révolté, j’avais envie d’être le roi du monde, j’avais envie de parcourir l’univers, j’avais envie de voir et de faire des choses. J’exhorte les jeunes à aller vers leur idéal. Je leur demande de faire tout ce qu’ils peuvent, en tout cas de le tenter. J’avais envie de les exhorter à se réveiller et à se lever.

Une parole du Christ.

Bêtement et simplement : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Pourquoi avez-vous flashé sur sainte Thérèse ?

Elle ne parle que d’une chose. Aimer. Point. Elle est épanouie dans sa vie et elle l’exprime. J’ai compris ses textes le jour où j’ai compris que Jésus était son mari, à la limite comme un mortel.

Autre chose qu’une sainte-nitouche alors !

On a l’image d’une sainte limite ennuyeuse alors que c’était « un petit lutin », comme disait sa mère. Ensuite elle a croisé la maladie. Il y a eu la foi. Elle n’était pas gentiment assise dans son coin avec un petit bouquet de fleurs, à dire « Oui, mais bien sûr ! ». Elle n’était pas mielleuse, voire ennuyeuse. Sa vie n’était pas simple, pas évidente, elle nous fait comprendre que la sainteté, ça ne tombe pas du jour au lendemain, ça peut être un choix de vie.

Vous l’avez dans la peau…

J’ai raconté cet été la vie de Thérèse à travers l’Histoire d’une âme. J’avais fait un medley des quatre-vingts premières pages que j’ai ponctué par des piano-voix de Thérèse. Ça a été pendant une heure et demie une sorte de spectacle concert où j’étais seul au piano à lire la petite Thérèse, à parler à sa place et à chanter ses textes. Ça a été une très grosse standing ovation à la fin. Même Mgr Di Falco a eu du mal à l’arrêter, alors que pendant le show c’était un silence de cathédrale. Il y avait pourtant plein d’enfants dans le public. C’était très troublant. Ça a été une très belle expérience que je renouvellerai.

On croirait entendre sainte Thérèse !

J’ai fait Thérèse Vivre d’amour parce que sainte Thérèse ne parle que d’amour, et ce qui m’a intéressé, c’est que bien qu’elle soit religieuse, son message est pour n’importe qui.

Une petite phrase d’elle.

« Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même.»

Sinon, à votre fiston que chantez-vous ?

Des comptines ou variations, j’improvise de petites mélodies. Comme il a 9 mois et qu’il ne marche pas encore, il a un petit côté rondouillard que j’adore, alors j’improvise des répétitions incessantes de : « Mon bébé, t’es gros, mais t’es le plus beau. » Et, il adore Thérèse !

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