Faut-il mettre fin au célibat des prêtres ?

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Débat. La légitimité et l’utilité du célibat des prêtres sont des questions qui reviennent souvent sur le devant de la scène. Au XXIe siècle, est-il temps que l’Église se remette en question sur ce point

Débat entre Lili Sans-Gêne et Jean Mercier.

 Jésus n’a jamais demandé à ses apôtres d’être célibataires. D’ailleurs dans les premiers siècles de l’Église, il paraît que les prêtres étaient mariés!

 Jésus a imposé à ses apôtres son style de vie, fait d’itinérance et de précarité, qui s’accordait à son célibat. Il a aussi affirmé que certains hommes pouvaient choisir de se faire « eunuques » pour le Royaume de Dieu, même si ses contemporains l’ont trouvé scandaleux, car il était mal vu de ne pas se marier dans la culture juive. Ensuite, saint Paul a sillonné tout le bassin méditerranéen en imposant un modèle très clair : l’apôtre célibataire. Durant le premier millénaire, on a effectivement ordonné des hommes mariés, mais l’Église exigeait d’eux qu’ils n’aient plus de relations conjugales avec leur femme. Et ce n’était pas si facile à vivre… Aujourd’hui, l’Église latine n’ordonne des hommes mariés que sous forme dérogatoire, pour d’anciens pasteurs protestants ou anglicans devenus catholiques, qui sont environ 400 dans le monde. Et elle permet aussi qu’il y ait des prêtres mariés dans ses Églises orientales, régies par une autre culture.

 Il est cruel qu’un prêtre, s’il tombe amoureux, ne puisse pas se marier. Jésus n’aurait jamais voulu une telle dureté!

Jamais, depuis 2 000 ans, l’Église catholique n’a permis que les prêtres célibataires puissent se marier après leur ordination. Elle leur demande de rester fidèles à la promesse solennelle qu’ils ont faite en toute liberté. Imaginez que les prêtres célibataires aient le droit de convoler en justes noces. Cela veut dire qu’ils seraient des cœurs à prendre : les gens se demanderaient en permanence avec laquelle des paroissiennes le curé va se marier… C’est humain ! Mais ce serait insupportable pour le prêtre. Dans sa sagesse, l’Église a décidé qu’on ne change pas d’état de vie après l’ordination.

 J’ai lu que c’est au XIIe siècle que la règle du célibat s’est réellement imposée: ça prouve bien que c’est une invention de l’Église, pas une volonté du Christ.

 En effet, l’habitude d’ordonner des hommes mariés avait conduit, au fil des siècles, à ce qu’on transforme en prêtres des laïcs puissants ou riches, mais qui n’avaient pas du tout la vocation de prêtre… Le pouvoir spirituel était ainsi asservi au pouvoir temporel. En réaction, au
XIe siècle, les papes ont voulu purifier le sacerdoce et revenir à des prêtres vraiment consacrés à Dieu. Ce n’est qu’au XIIe qu’on a formalisé l’interdiction d’un clergé marié, lors du deuxième concile du Latran (1139).

 Je trouve inhumain d’obliger un homme à rester célibataire toute sa vie. On ne peut pas lutter toute une vie contre ses pulsions.

Si l’homme ne peut rester sans dormir, boire et manger, il peut tout de même vivre sans exercer ses pulsions génitales. C’est le propre de l’homme de pouvoir les maîtriser, ce qui le différencie des animaux, effectivement soumis à leurs pulsions. Et Dieu donne à certains cette possibilité. Ce qui n’empêche pas les prêtres d’avoir une vie affective gratifiante, en particulier par l’amitié et la paternité spirituelle. Le célibat, quand il est bien vécu, libère les prêtres pour une plus grande disponibilité et une imitation radicale de Jésus, qui a donné sa vie jusqu’à l’extrême. Cela leur permet d’aimer « autrement » que dans une vie d’époux et de père de famille. Mais l’Église n’a jamais dit que c’était donné à tout le monde… C’est un cadeau que Jésus fait à certains : une « grâce ». C’est un grand mystère.

 Les prêtres seraient aussi bons s’ils étaient mariés. Le célibat les prive de beaucoup de choses qui enrichiraient leur ministère.

L’Église compte de très nombreux prêtres mariés en Orient, et quelques centaines en Occident. Leur expérience prouve qu’il n’est pas évident de concilier ministère et vie familiale. Cela crée des conflits, parfois insolubles. Par ailleurs, on dit parfois qu’un prêtre marié saurait mieux aider les gens mariés. Peut être… Mais il pourrait aussi « plaquer » sur eux son expérience du mariage, ce qui ne les aidera pas forcément…

 Vous vous plaignez de manquer de prêtres! Mais pourquoi l’Église n’accepterait-elle pas au séminaire aussi bien des célibataires que des hommes mariés? Comme ça, les prêtres auraient le choix!

Former deux types de prêtres est loin d’être facile, car cela impliquerait une sorte de prêtrise à deux niveaux, ce qui est déjà un casse-tête dans les Églises orientales. Et aussi bien pour les catholiques que les non-catholiques, ce serait un sacré brouillage de l’identité du prêtre. Ce n’est pas ça qui remplirait les séminaires ! Au fond des têtes de nos contemporains, le célibat joue un rôle symbolique puissant : il structure à nos yeux l’identité de l’Église catholique, même si on ne s’en rend pas compte.

 Après tous les scandales de pédophilie dans l’Église, je pense qu’il faut arrêter avec cette histoire de célibat. Sans parler de pédophilie, il est évident que les prêtres, étant célibataires, sont beaucoup plus fragiles devant la tentation.

Les experts sont formels : il n’y a pas de lien scientifiquement établi entre pédophilie et célibat. La plupart des pédophiles sont des hommes mariés. La pédophilie est une maladie, une immaturité psychique. Quant à la « tentation », on sait bien que les gens mariés ne sont pas moins tentés de « déraper » que ceux qui ont choisi d’être célibataires « pour Dieu » : il suffit de voir les couples qui explosent à la suite d’un adultère.

 De toute façon, l’Église a toujours eu un problème avec la sexualité. Donc elle veut imposer aux prêtres de ne pas avoir de relations sexuelles, juste pour être des super-bons chrétiens!

Ce genre de discours date d’un autre siècle ! Les prêtres qui choisissent le célibat ne le font pas par dégoût du sexe. On ne peut renoncer qu’à quelque chose que l’on trouve bon… La sexualité est belle, si elle est vécue selon la volonté de Dieu : c’est ce que martèle l’Église catholique ! Les prêtres renoncent à la sexualité parce que, tout en la trouvant belle, ils préfèrent vivre un autre type d’amour, radicalement différent, celui du don de soi à Dieu, et pour tous.

 Quoi qu’il en soit, vous voyez bien qu’il y a beaucoup de prêtres qui n’y arrivent pas, et qui vivent en couple en cachette ou qui quittent le célibat. C’est bien la preuve que c’est invivable…

Les prêtres qui trichent sont très minoritaires. Certains peuvent aussi craquer, et puis se repentir immédiatement. La tentation ne concerne d’ailleurs pas que les prêtres, mais aussi les gens en couple. Même si on avait des prêtres mariés, on ne pourrait éviter qu’ils « craquent » ou qu’ils trichent… Très souvent, dans le cas des prêtres qui quittent le ministère parce qu’ils veulent se marier, le célibat est désigné comme le coupable… Mais c’est parfois l’arbre qui cache la forêt…. Un prêtre peut tomber amoureux d’une femme pour toutes sortes de raison : frustration, déception, burn-out, dépression, etc. Comme le fait un homme marié qui s’offre une « nouvelle » vie avec une seconde femme, le prêtre peut avoir envie de quitter son Épouse symbolique
– l’Église – pour une « vraie » femme, plus gratifiante. Dans ce cas, aussi bien pour l’homme marié ou pour le prêtre, ce ne sont pas le célibat ou le mariage qui sont en cause ! C’est la difficulté à être fidèle qui pose problème.

Jean Mercier
Ce journaliste est rédacteur en chef à l’hebdomadaire La Vie, en charge des questions religieuses et plus particulièrement de l’actualité du pape. Il est l’auteur de Célibat des prêtres, la discipline de l’Église doit-elle changer? DDB, 2014.

Aller plus loin : 

Célibat des prêtres, la discipline de l’Église doit-elle changer ?, Jean Mercier, DDB, 2014

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