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FAUT-IL TOUJOURS SUIVRE SA CONSCIENCE ?

1 décembre 2021

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La conscience, quelle extraordinaire disposition de l’esprit qui nous permet de nous sentir exister, penser, agir… et de porter des jugements fondés sur la distinction du bien et du mal, de juger de la valeur morale des actes que l’on pose ou des idées qui nous traversent l’esprit. Suivre sa conscience est-il suffisant pour mener une vie droite et bonne, pour être juste et honnête ? Pour Lili Sans-Gêne, la chose est entendue : qui pourrait savoir mieux qu’elle ce qui est bon pour elle et si les choix qu’elle fait sont les meilleurs ? Un spécialiste lui répond.

LE DÉBAT ENTRE LILI SANS-GÊNE ET LE PÈRE MARIE-VIANNEY JUVENEL

Le père Marie-Vianney Juvenel est prêtre de la communauté des frères de Saint-Jean et diplômé en philosophie de l’université catholique de Fribourg et de l’université d’Aix-en-Provence

Au quotidien, j’écoute ma conscience personnelle, mon « Jiminy Cricket » intérieur, et cela me suffit bien !

Père Marie-Vianney Juvenel :Vous avez raison ma chère Lili, dans la mesure où c’est votre conscience qu’il faut toujours écouter, et surtout le bien qu’elle vous montre. N’allez surtout pas suivre une autorité humaine qui chercherait à se substituer à elle. Il en va de la conscience comme de toutes les responsabilités qui nous incombent ou des activités que nous entreprenons : pour les assumer et nous y engager pleinement, nous avons besoin au point de départ d’une bonne formation afin d’acquérir de l’autonomie.

Se former, d’accord, mais je ne comprends pas pourquoi les chrétiens attendent d’un prêtre, d’un « directeur de conscience » ou d’un « conseiller spirituel » qu’il leur dise comment vivre…

En ce qui concerne la conscience, la période de l’éducation est fondatrice. Face à la complexité de l’existence, l’apport de personnes plus « expertes » dans le domaine moral n’est pas superflu ! Il y a des personnes, comme celles que vous citez, qui sont plus expertes dans les choses de l’âme, parce que c’est leur domaine d’attention privilégié, qu’elles ont reçu une formation et qu’elles se sont enrichies de l’expérience de vie des autres. Leur rôle n’est pas de se substituer à votre conscience, mais d’apporter un éclairage pour vous aider à prendre des décisions personnelles responsables et plus mûres.

Je trouve un peu fort de café que l’Église (ou les chrétiens) se croie permis d’affirmer que la conscience des chrétiens serait plus pointue, plus vertueuse que la conscience naturelle du commun des mortels !

Si la conscience donnait une perception immédiate et infaillible du bien et du mal, il n’y aurait plus de problème ! La conscience naturelle à l’état brut porte en elle cette petite lumière qui est à l’origine de la vie morale, mais c’est un éclairage très faible. Cette petite lueur nous montre qu’il faut être juste, mais sans nous dire concrètement comment on est juste dans telle ou telle circonstance concrète de la vie. C’est pourquoi il est indispensable d’apprendre à déchiffrer moralement les situations complexes.

Cette formation de la conscience passe par l’éducation par le milieu familial, culturel ou religieux, qui transmettent l’expérience des générations passées ou présentes. Cette formation se poursuit ensuite tout au long de la vie.

La parole de Dieu dissipe la brume qui obligeait à marcher à tâtons vers le bien et le bonheur. Elle ouvre un horizon nouveau : celui de la charité. À la lumière de la foi et des enseignements de l’Église, nous pouvons comprendre que la compromission volontaire avec le péché entraîne un obscurcissement moral. Il dépend donc des chrétiens que cette lumière unique qui leur est offerte puisse illuminer leur vie.

Dans le fond, cette histoire de conscience renvoie toujours à la notion du bien et du mal. Permettez que je sois assez grande pour décider de ce qui est bon pour moi, même si c’est mal à vos yeux !

Ma chère Lili, ne tombez pas dans les outrances de la modernité ! N’allez pas, vous aussi, revendiquer l’autonomie absolue de l’homme en le détachant du projet de Dieu, comme si l’homme se créait lui-même, comme s’il dépendait de lui de définir son humanité ! La conscience nous est donnée par Dieu comme une boussole, pour accomplir de façon libre et responsable ce qui nous épanouit : être loyal, juste, aimer la vérité, et surtout pour nous écarter de ce qui nous abîme et nous abaisse, comme la trahison, l’injustice et l’erreur. Notre liberté ne trouve son sens que dans notre responsabilité de faire ce qui est véritablement bon pour nous et pour les autres. Nous ne pouvons pas définir ce qui est bon à partir de rien, dans la bulle de notre subjectivité, c’est une illusion.

Cette histoire de conscience, au fond, c’est une affaire de morale : me dire ce qui est permis et ce qui est défendu. Laissez-moi vivre comme je l’entends du moment que cela ne nuit pas à autrui !

La morale ne consiste surtout pas à obéir à une loi extérieure prescrivant ce qui est permis ou défendu ! Reconnaissez avec moi que les biens qui nous attirent ne sont souvent que des biens apparents, des impasses sur le chemin du bonheur.

La dignité unique de l’être humain réside dans sa raison et dans la capacité qu’elle lui donne d’être responsable de la conduite de son existence. La conscience, c’est cette fonction de la raison qui m’aide à reconnaître et à désirer ce qui contribue à mon vrai bonheur et à celui des autres.

Pour être quelqu’un de « consciencieux », ne suffit-il pas d’être rationnel, tout simplement ?

Ce serait trop simple ! La raison – l’intelligence en travail – est la faculté de connaître le réel. Comprendre ce qui nous entoure est une aspiration très profonde en nous. Toutefois, lorsqu’il s’agit de passer à l’action, la raison doit se mettre au service de notre capacité d’aimer, former un couple inséparable avec le coeur. Sans la conscience, le cœur serait aveugle, incapable de reconnaître ce qui vaut d’être aimé et vécu.

Pour aiguiller ma conscience dans la bonne direction, je m’en tiens aux préceptes moraux posés par la loi et la déclaration des droits de l’homme, je ne vois pas ce qu’on peut faire de mieux !

Disons que la loi doit garantir des comportements compatibles avec la vie en société, mais pas seulement. En effet, la loi est aussi une matrice où se forme la conscience morale. Ce qui est légal n’est pas forcément moral, et le cadre légal doit permettre de tendre vers le vrai bien humain. Quand la loi promeut des comportements mauvais, elle fausse la conscience des individus. La loi ne peut être moralement neutre, ni s’ajuster à une évolution des moeurs. La décision d’une majorité notamment, revêtue de l’autorité de la République, n’est pas le critère ultime de la moralité. Elle reste toujours subordonnée à la loi naturelle objective, qui est accessible à la raison.

POUR ALLER PLUS LOIN

 

Faut-il toujours suivre sa conscience ? Un mal peut-il être un bien ?
Marie-Vianney Juvenel, Artège, 2021, 168 pages, 15 €.

 

 

 

 

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