Être chrétien, quel intérêt ?

by Alexandre Meyer

Beaucoup de personnes ne voient pas l’intérêt au XXIe siècle de choisir de devenir chrétien alors que cette religion semble apporter surtout des contraintes et apporter peu de compensations… Pourtant d’autres choisissent cette religion librement. Pourquoi ?

Le débat entre Lili Sans-Gêne et le Père Nicolas Buttet

Pour moi, la religion, et surtout le christianisme, c’est vraiment une entrave à la liberté. Pas de ceci, pas de cela : des tonnes d’interdits, et pour quelle récompense ? Ça ne donne pas envie, croyez-moi…

Mais le christianisme c’est juste le contraire… Tu es vachement douée dans les clichés, si j’ose te le dire cash, avec amitié ! S’il y a des paroles négatives chez les cathos, c’est parce qu’il y a d’abord une loi positive inscrite dans mon coeur : « Tu es fait pour la vie », alors, bien sûr, tu ne tueras pas, tu ne critiqueras pas, car tu peux aussi tuer avec des mots. « Tu es fait pour le bonheur », alors, ne va pas vers des idoles et des faux biens qui te rendront malheureux. « Tu es fait pour la vérité », alors pas de mensonge, pas de faux témoignage. « Tu es fait pour l’amour conjugal » : alors pas d’adultère, pas de coucherie, autrement tu blesseras ton coeur, tu défigureras ton amour. « Tu es fait pour la vie en société », alors « pas touche » au bien de ton voisin, ne sois pas jaloux de lui… Tu vois, la route, c’est le positif… Le négatif, c’est la glissière de sécurité pour ne pas sortir de la route… C’est assez pratique, surtout quand la route est glissante ou que tu ne maîtrises pas très bien la voiture… Le fossé, le mur ou le précipice, je ne trouve pas cela très marrant… Et c’est tellement génial de partir dans l’aventure avec une certaine assurance, sur la route de la vie, du bonheur, de la vérité, de l’amour et de la relation fraternelle.

Moi j’ai envie d’être libre, d’aimer, de vivre mes passions, d’être heureuse, de m’éclater, de profiter à fond de cette vie, je n’en ai qu’une ! Je n’ai pas envie de devoir rentrer dans le cadre strict d’une religion rabat-joie…

Tout comme moi ! Mais attends, pas un peu : méga-libre ! Superheureux ! Je veux vivre la vie pas à 200, mais à 500 à l’heure ! Bref, je ne veux pas me louper ! Or, celui qui m’aide, qui m’assiste, qui me coache, qui m’éclaire pour cette aventure géniale, c’est Dieu… La religion, c’est pas rabat-joie ; c’est donne-la-joie ! Quand Jésus naît, on annonce une « joie », une « grande joie », une « très grande joie » ! Et les bergers fondent, les mages craquent devant l’enfant-Dieu, Jésus ! Je pense à une amie, Myriam, drogue, sexe et teuf… Elle m’écrivait récemment : « Cela fait maintenant un an que je me suis découverte fille du Père, que je chemine avec tellement de joie et de soif vers mon Christ crucifié par amour, et que j’apprends la vie, avec un grand V, la Vie avec Dieu. Moi, qui avais été de nombreuses fois diagnostiquée comme un ”cas désespéré”, “dépressive en phase terminale”, à qui les médecins eux-mêmes avait prévu une mort peu glorieuse, je suis aujourd’hui une des personnes les plus heureuses de cette planète… »

Vous avez beau avoir une religion deux fois millénaire, il y a toujours dans ce monde des gens qui crèvent de solitude, des enfants qui souffrent comme ça ne devrait pas être permis… Qu’est-ce qu’elle a changé au monde votre religion ? Rien !

C’est vrai ! Et pourtant… l’Église catholique, c’est aujourd’hui près de 10 000 orphelinats, 220 000 écoles, 37 000 centres de rééducation. 5 600 hôpitaux, près de 18 000 dispensaires… 561 léproseries, 16000 maisons de malades chroniques… Bref, c’est peu à l’échelle de la planète, c’est énorme pour chaque personne accueillie, aimée et soignée. Les chrétiens, c’est Vincent de Paul, Don Bosco, c’est Mère Teresa, c’est soeur Emmanuelle, c’est le Père Pedro dans les bidonvilles de Madagascar. C’est le docteur Denis Mukwege, gynéco congolais qui répare les femmes violées et qui a reçu le prix Nobel de la paix 2018. Et tant d’autres inconnus qui sèment l’amour et la présence au quotidien. Gouttes d’eau dans l’Océan ? Peut-être… mais sans ces gouttes d’eau, l’océan ne serait pas le même. Et pour chaque personne touchée par cet amour en acte, c’est la vie transfigurée, c’est la tendresse vécue. Je pourrais parler encore de l’art, de la culture, du sens du bien commun et de la notion de personne et des droits humains qui en découlent… Tant de choses que l’Évangile a apporté à l’humanité. Et s’il y a eu des chrétiens crapules et assassins, c’est faute d’avoir jouer la partition de l’Évangile ; jamais à cause de Jésus ! Bref, une branche qui casse fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse… J’aime les forêts qui poussent en discrétion… Mais en puissance de vie !

Quoi qu’il en soit, je ne vois vraiment pas ce qui fait la spécificité de votre religion par rapport aux autres grandes religions. Elles se valent toutes, elles se ressemblent toutes. On n’a que l’embarras du choix si on veut se convertir !

Toutes les religions parlent d’un ou de plusieurs dieux, effectivement. Preuve que le coeur de l’homme est fait pour Dieu et qu’il est troublé tant qu’il ne l’a pas rencontré… Tes questions mêmes le prouvent, si j’ose, avec amitié ! Ces dieux des religions ont des qualités, des travers parfois aussi… Bref, beaucoup de théories le plus souvent ! L’académicien athée Thierry Maulnier écrivait : « Il y a plusieurs grandes religions mais il n’y en a qu’une qui permette au plus humble des êtres humains penché sur sa pioche, sa brouette ou son registre comptable, au plus insignifiant, de se croire personnellement sous le regard d’amour de Celui qui gouverne les mondes, plus encore, de n’être pas jugé indigne du sacrifice d’un Dieu. » C’est cela la différence : un dieu qui se fait pauvre sous le visage de l’enfant, pauvre sous le visage du torturé… Un Dieu qui descend dans la mort pour y accompagner l’être humain. Et il en ressort vivant ! Un Dieu qui descend chercher l’homme blessé et souffrant tout en bas, dans les affres de la souffrance et de la désespérance… Un Dieu qui se fait vulnérable… Ça ne s’est jamais vu nulle part ! Tous les dieux des autres religions sont forts, brillants ! Ou s’ils deviennent looser, ils sont chassés du domaine des Dieux. Nietzsche accusait d’ailleurs les chrétiens d’avoir tué Dieu en le présentant si pauvre en Jésus. Mais l’homme était incapable d’inventer un Dieu pauvre ! Seul Dieu pouvait se révéler ainsi ! Et c’est le Dieu auquel je crois. Car cet incroyable est crédible. Cet impossible est réalisé… Et le Tout Puissant est désarmé… C’est cela la force invincible de l’amour !

Nicolas Buttet est prêtre. Il a fondé la Fraternité Eucharistein, en Suisse, qui accueille notamment des jeunes en difficult.. Il a participé au lancement de la fondation Ecophilos, qui vise à mettre la personne humaine au coeur de l’entreprise.

POUR ALLER PLUS LOIN : http://eucharistein.org

Le disciple que Jésus aime : cinq attitudes fondamentales de la vie chrétienne Nicolas Buttet, Éditions de l’Emmanuel, 2013


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