Deuil périnatal : le bébé qui n’a pas vécu

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Famille. Les parents confrontés à ce drame le savent bien : la mort périnatale est une perte qui ne ressemble à aucune autre. Elle désigne tous les décès de bébés avant terme ou dans les huit jours après leur naissance. Enquête sur un deuil pas comme les autres.

Parole de sagesse

C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère.Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis : étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait.Mes os n’étaient pas cachés pour toi quand j’étais façonné dans le secret, modelé aux entrailles de la terre. J’étais encore inachevé, tu me voyais ; sur ton livre, tous mes jours étaient inscrits, recensés avant qu’un seul ne soit ! »
Psaume 138, 13-16.

Sept clés pour : Se reconstruire après le deuil périnatal

1 Traverser les émotions. Au début, les émotions qu’entraîne le deuil périnatal peuvent submerger et faire peur. Le chemin n’a pas été choisi, il fait mal. Mais sa traversée, si elle n’est pas refusée, va permettre, par l’usure de l’intensité émotionnelle, d’arriver à une certaine sérénité, malgré le manque.

2 Parler à son entourage. Ce temps de transformation d’une absence en présence intérieure par la parole demande l’aide de l’entourage. Or celui-ci considère souvent cet événement comme un non-événement. Les mères se sentent isolées dans leur souffrance. Elles ont besoin d’être reconnues dans ce qu’elles vivent. La mort se parle et ce n’est pas en la taisant qu’elle ne se rappellera pas à nous, car elle fait partie de la vie. La mort d’un bébé est un traumatisme, qui trouvera sa cicatrisation dans le partage avec une oreille bienveillante.

3 Veiller sur son couple. Pendant cette période, la vie du couple est perturbée, car l’homme et la femme ne vivent pas le deuil d’un enfant de la même façon. Le dialogue est difficile, chacun cherche à protéger l’autre. Une crise conjugale peut advenir mais, comme toute crise, si elle est surmontée par l’expression du vécu de chacun, le couple en sort grandi. Pour cela, chacun doit pouvoir se reconnaître comme sujet différent dans ses besoins et ses désirs.

4 Expliquer aux autres enfants. Lorsque des aînés sont présents, vivre avec des parents en deuil les laisse dans un grand désarroi. Ils ont besoin d’explications, en fonction de leur âge, et surtout d’entendre dire qu’ils ne sont pas responsables de la mort de ce bébé.

5 Consoler les grands-parents. Les grands-parents disent tous l’injustice de voir la mort frapper un enfant, lorsque la logique générationnelle voudrait que ce soit eux qui partent les premiers. Ils souffrent, et de la perte de leur petit-enfant, et de voir leur enfant dans la peine. Eux aussi ont besoin d’être accompagnés dans ce deuil.

6 Laisser faire le temps. Avec le temps la souffrance, les larmes, la colère vont s’estomper. Le plus souvent, les mères vont transformer le non-accomplissement de la vie de leur bébé en un investissement nostalgique de ce qui n’a pas eu lieu. Il ne s’agit pas d’un oubli. Ce bébé se rappellera à elles aux périodes clé de la vie d’un enfant.

7 Se reconstruire. C’est, me semble-t-il, retrouver confiance en la vie : même si la blessure est toujours là, la trace lumineuse de ces enfants peut éclairer la vie d’autres couleurs. L’enfant qui meurt est éternel. Il est parti dans cet ailleurs où, certains osent le croire, nous sommes tous attendus. Il est en avance sur nous : donnons-lui cette liberté.

Chantal Papin

Elle a exercé comme psychologue clinicienne, psychothérapeute dans divers services hospitaliers et PMI. À la retraite, elle est formatrice sur le deuil périnatal, à l’association Vivre son deuil Île-de-France, et anime des groupes de parents endeuillés,  à l’association Apprivoiser l’Absence.

LEXIQUE

Deuil périnatal: La mort périnatale est celle d’un bébé qui décède entre  22 semaines de conception et sept jours de vie révolus. Mais le deuil périnatal enveloppe d’autres situations : la réduction embryonnaire, les fausses couches spontanées, l’avortement et aussi la stérilité. Pour les parents, ce chemin du deuil est la perte d’un objet d’amour. C’est l’espoir d’une vie qui est enlevé et l’espérance d’un sujet qui aurait du leur succéder. Il s’agit de deux deuils : celui de l’enfant et celui de « l’être parent » en devenir.

TEMOIGNAGE

« J’ai perdu confiance en moi » Valérie a perdu son fils, Vincent, à 6 mois de grossesse.  Elle explique de quoi elle a souffert et ce qui l’a aidée. « J’ai entendu des phrases dont je me serais bien passée, même si cela partait sans doute d’une bonne intention : “Ce n’est pas comme si c’était un vrai bébé” : je l’ai vu c’était mon vrai bébé. « C’est mieux ainsi, il aurait eu des séquelles » : nous l’aurions aimé avec ce qu’il était. « Vous êtes jeunes, vous en aurez d’autres » : ce n’est pas pour cela que ça fait moins mal, et un enfant ne remplace jamais un autre enfant. « Il faut oublier le passé » : c’est bien la plus grande crainte des parents. Je ne l’oublierai jamais, il restera Vincent, c’est quand même un enfant, il a sa place. « Il faut aller de l’avant » : j’ai besoin de temps mais pas du temps de l’horloge.Ce n’est pas facile de se sentir vulnérable à une période où il vaut mieux assumer. Se reconnaître vulnérable après un tel traumatisme, c’est reconnaître que nous sommes des êtres limités : la mort de Vincent est venue nous le rappeler. Ce qui nous a aidés, en tant que parents, c’est la reconnaissance de notre souffrance, le fait de pouvoir dire nos émotions, parler de notre bébé, nous laisser consoler, nous ressourcer ; de nous accepter vulnérables ; de nous donner des objectifs et de repérer les personnes qui nous font du bien. Ce qui ne nous a pas aidés, c’est le silence, la fuite, l’indifférence… Notre but aujourd’hui, c’est de vivre, et non de survivre, sans nous laisser envahir par la mort de notre bébé. »

Aller plus loin : 

L’association Spama, Soins palliatifs et accompagnement  en maternité. spama.asso.fr/fr

L’association Agapa, Elle offre un espace de parole à ceux, et celles qui sont touchés par une perte anténatale et périnatale.

www.agapa.fr

Un enfant pour l’éternité, Isabelle de Mezerac, Éd. du Rocher, 2004

Le berceau vide, Marie-José Soubieux, Éd. Érès, 2008

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