De bonnes relations parents-enfants

by administrator

 Famille. Être parent, c’est être présent, mais c’est aussi avoir beaucoup de patience, de facultés d’adaptation, persévérer, donner aussi bien de l’amour que des règles et des valeurs. Et cela, aucun de nous ne le fait ni ne l’a fait de façon parfaite. Éclairages.

Propos recueillis par Émilie Pourbaix

« Il faut susciter la prière dans votre famille, la proposer à vos jeunes enfants. Apprenez-leur à prier, car un enfant qui prie est un enfant heureux, une famille qui prie est une famille unie. » Mère Teresa

Le respect

Mon enfant doit me respecter et respecter les autres, les respecter dans leur fonction et se faire respecter comme nous lui en aurons donné l’exemple. Chacun a sa place. Les parents sont les parents, les enfants sont les enfants. Pas de confusion ! Tout cela l’amènera plus tard à respecter, entre autres, les positions hiérarchiques.

Quand un enfant naît, il a évidemment besoin d’un bain d’amour. C’est un petit agneau, une petite agnelle. Les premiers mois, les premières années, sont fondamentaux. Chacun fait ce qu’il peut, mais on ne se rend pas bien compte à quel point remplir le réservoir d’amour d’un enfant dès le départ est important pour le reste de son existence. La société ne valorise pas toujours autant qu’il le faudrait le travail d’une mère de famille qui, si elle choisit de rester à demeure pour s’occuper de ses enfants, effectue bien un travail, un magnifique travail, même si ce n’est pas un travail extérieur rémunéré. Comme c’est beau une maman qui vit pleinement, en conscience, son rôle de maman. Et s’occuper d’un enfant pour lui donner une forme de plénitude au départ peut être un vrai renoncement pour la mère, un renoncement par rapport à sa liberté de mouvement, à son activité habituelle. C’est une œuvre splendide qui est loin d’être toujours facilitée par l’environnement, les nécessités économiques, le conjoint. Jouer son rôle de père et de papa est tout aussi important et implique des choix de vie, en particulier par rapport à un travail trop prenant. Le point de départ d’une relation est très important. D’un autre côté, penser qu’une fois qu’on n’a pas pu donner cela, qu’on ne l’a pas fait, c’est trop tard et irrattrapable, est tout à fait faux !

Sortir des programmations

Il y a des enfants dans lesquels on a du mal à se reconnaître. Si une mère ou un père disent, en le critiquant : « C’est tout son père – il est bien comme sa mère… », qu’ils n’oublient pas qu’ils ont choisi cet homme-là ou cette femme-là… et ce n’est peut-être pas pour rien. Si, à l’autre extrême, le père ou la mère pensent : « C’est mon enfant, nous nous ressemblons comme deux gouttes d’eau », ils risquent d’être dans la fusion-confusion. Sauront-ils ensuite aider leur enfant à se démarquer, à s’éloigner d’eux, surtout si la mère ou le père ne sont pas satisfaits ou sont déçus de leur mari ou de leur épouse ? Le père ou la mère peuvent en fait former une sorte de couple avec l’enfant qui aura été « élu ». Un certain nombre de femmes ou d’hommes sont beaucoup plus père ou mère qu’époux (se). Ce qui présente un vrai danger pour l’enfant, car on lui donne une position qu’il ne devrait pas avoir. Que chacun reste à sa place !

Des cadeaux

Certains enfants sont de vrais cadeaux parce qu’ils ont été attendus, désirés, que ça « coule » et qu’on les comprend facilement ; d’autres sont des cadeaux car ils nous obligent à nous interroger, à nous transformer et à travailler sur nous-mêmes.

Reconnaître ses erreurs ?

Les enfants respectent d’autant plus les parents que ceux-ci savent aussi reconnaître sobrement leurs erreurs, sans les dramatiser : c’est une des clés de l’éducation. Si je ne me donne aucun droit à l’erreur, ce qui n’est pas réaliste, comment mes enfants pourraient-ils eux-mêmes me donner et se donner ce droit ? Ainsi, la vraie pédagogie est celle-ci : voir les qualités et pas seulement les défauts, valoriser, encourager et, par ailleurs, prendre conscience de ses erreurs en en tirant les leçons nécessaires. Droit à l’erreur mais devoir d’en tirer la leçon !

Le découvrir

Aimer mon enfant consistera à ne jamais confondre la réalité extérieure présente avec ce qu’il est vraiment. C’est ainsi que les psychologues invitent à ne jamais dire « Tu es… » suivi d’une définition négative. Or, beaucoup d’entre nous ont reçu et gardé certaines de ces paroles-poison, identifications exagérées induites par les éducateurs, parents, proches ou camarades moqueurs. Aimer notre enfant, c’est donc aller de découverte en découverte, croire en lui, son potentiel, son avenir, quelles que soient ses erreurs présentes, savoir qu’il a besoin de nous comme tuteurs, comme guides, pour l’éclairer, lui montrer les conséquences de ses actes, le faire réfléchir. Nous le ferons d’autant mieux que nous aurons toujours cette vision panoramique où, comme dans les poupées russes, nous percevrons en lui différents niveaux. Nous y veillerons d’autant plus que nous, parents, aurons appris à le vivre par rapport à nous-mêmes, à ne plus nous identifier à un seul de nos défauts ou à une seule de nos qualités, à accepter de voir l’ensemble du tableau, à ne jamais oublier notre être profond.

Valoriser son potentiel

Si j’ai appris à m’aimer vraiment, c’est-à-dire à m’accepter à ces différents niveaux, je saurai mieux aimer mon enfant. Je ne serai pas en fusion avec lui ou avec elle, je ne le manipulerai pas, je ne l’écraserai pas, je ne le posséderai pas ; je me souviendrai de l’importance de valoriser ses dons, son potentiel, ses talents. Toutes proportions gardées,mon enfant acceptera mieux mes réactions s’il sent en moi une vraie reconnaissance de son identité, de ce qu’il est et que cette reconnaissance ne vire pas au perfectionnisme : « Je te veux parfait », à une exigence exagérée où je ne peux accepter ses défauts, certaines de ses caractéristiques. Que je sache discerner là où j’ai à encourager, valoriser la plante qui est en lui, et là où j’ai à mettre des tuteurs, à orienter, à éclairer. Je suis responsable d’être un(e) bon(ne) jardinier(ère). Je dois savoir trouver la bonne terre pour mon enfant, et l’enrichir de façon adaptée. Toutes les plantes ne peuvent pas pousser sur le même terreau, elles ont besoin de conditions d’ensoleillement, de conditions climatiques et de soins différents. Mon discernement doit être là, non pas pour couper la plante d’un coup de sécateur, mais pour simplement l’émonder comme on le fait pour la vigne. Attention aux paroles qui tuent, surtout quand elles viennent de haut !

La question qui peut se poser à un éducateur est : quel est le type d’intelligence de mon enfant, quel est son type de mémoire, son type de sensibilité, son type de structure interne, et à quoi les destine-t-il, non pas qu’il y ait un destin tout tracé mais pour reconnaître ses prédispositions. Le rôle des éducateurs sera de reconnaître des dominantes chez l’enfant, sans l’y enfermer.

Yves Boulvin

Formateur en relations humaines, psychologue et consultant, il a écrit de nombreux ouvrages. Il anime depuis plus de 25 ans les émissions Foi et psychologie et Le psy vous réveille, retransmises par de nombreuses radios chrétiennes.Il vient de publier  Des clés pour améliorer  les relation s parents-enfants (Éd. des Béatitudes).

TÉMOIGNAGE « Ils disent que je suis menteur »

Joël est un adolescent mal dans ses baskets, qui adopte un comportement que ses parents ne comprennent pas.

« Notre enfant est fumeur, menteur, paresseux », me déclare un couple et je suis touché par l’extrême honnêteté du père qui, par ailleurs, ne comprend pas son fils de 13 ans. Les parents me disent que Joël est menteur car il cache le fait qu’il fume et il lui arrive de ne pas montrer son carnet de notes ou de le trafiquer. Je reçois Joël et je vois un jeune garçon mal dans sa peau et rougissant qui me dit avec beaucoup de franchise : « Oui, c’est vrai, je fume, mais ma mère le fait aussi. Ils disent que je suis menteur, mais quand je dis que j’ai fumé, ils ont une telle réaction que je ne peux que le cacher. Je suis paresseux, c’est vrai, mais en travaillant beaucoup, j’ai 13 ou 14, là où mon frère, ma sœur, avaient toujours 17 ou 18… » Je revois ensuite les parents et je dis au père qui déclare dire toujours la vérité : « J’ai rarement vu un adolescent aussi loyal. » Je lui dis donc l’inverse de ce qu’il pensait de son enfant. Le père est touché, étonné, la loyauté étant fondamentale pour lui. Je lui explique que son enfant, alors qu’il pouvait ne pas le faire, a parlé sans détours et que je l’ai senti très culpabilisé. Je leur dis qu’ils ont intérêt à valoriser ses progrès, à bien lui faire sentir qu’il n’est pas obligé de faire « aussi bien » que son frère et sa sœur et qu’il a sa propre forme d’intelligence, ses propres dons. Quelque temps après, sa mère et lui se sont aidés mutuellement à arrêter la cigarette.

Neuf clés pour : Améliorer les relations

1 Exprimer sa reconnaissance – lui dire merci. Si les parents donnent beaucoup aux enfants, ils reçoivent aussi beaucoup d’eux. Il serait juste de pouvoir l’exprimer dès le départ. Même si l’enfant est venu à un moment où on ne l’attendait pas, dans des conditions difficiles, il est pour nous un cadeau. Cela ne veut pas dire que tout est évident dans la relation avec lui. Mais qu’il peut nous faire avancer dans l’amour, la compréhension, l’autorité légitime, la sagesse et le discernement.

2 Donner des règles. Savoir dire les choses clairement, de façon ferme, avoir de l’autorité, donner des règles, des limites, des valeurs.

3 Encourager. Motiver, valoriser, encourager, être proche, à une juste distance, montrer qu’on comprend l’enfant, lui exprimer son affection et sa tendresse : ce qu’on appelle en Analyse transactionnelle le « Parent nourricier ».

4 Dialoguer. Expliquer, dialoguer, écouter et développer chez l’enfant la partie « Adulte », objective, qui sait prendre du recul, faire le tri, chercher des solutions aux problèmes. Cela surtout au fur et à mesure qu’il avance en âge.

5 L’aider à prendre conscience des conséquences de ses actes. C’est parce que je vais l’aider à prendre conscience des conséquences de ses actes que, petit à petit, mon enfant adolescent va devenir plus adulte et mieux réguler ses envies et impulsions.

6 Savoir déléguer. Déléguer, se retirer, se taire, faire confiance et attendre à bon escient, pour réagir au moment juste et ne pas harceler, surtout lorsque l’enfant grandissant a compris les règles, les applique ou a besoin de temps pour y arriver par étapes.

7 Encourager la vérité. Si je veux qu’il ne mente pas, ne me cache pas ses agissements, il va falloir que j’établisse un climat de confiance où il sait qu’il peut en parler. Je ne peux pas dire de mon enfant que c’est un menteur si lorsqu’il me parle, je lui « tombe dessus » et réagis de façon brutale. Prenons bien conscience d’ailleurs que ce sont tous les non-dits qui créent les plus gros problèmes.

8 Gérer ses émotions. À la base, il y a quatre émotions fondamentales que le bébé manifeste : la joie, la tristesse, la colère et la peur. Savoir les utiliser à bon escient est important, mais dans un certain équilibre et dans certaines limites. L’excès de l’une ou de l’autre dans le trop ou le pas assez, le trop peu, va créer de nouveaux déséquilibres. Nous avons à apprendre à nos enfants à accepter leurs émotions parce qu’elles sont là, mais aussi à savoir les gérer utilement. Ni les refouler, ni, en grandissant, les sortir sans retenue.

9 Réagir après la séparation des parents. Si, à cause d’une rupture, après un divorce, une séparation, on se trouve seul avec ses enfants, que l’on n’oublie jamais qu’ils ont besoin d’un père et d’une mère. Un père restera toujours un père et une mère restera toujours une mère : le meilleur cadeau à leur faire est de ne jamais les couper de l’ex-conjoint, quelles que soient les différences de choix, de conditions de vie et de valeurs par la suite. On peut leur en parler avec tact et précaution.

Pour aller plus loin :

Choisis la vie, Yves Boulvin, Éd. des Béatitudes, 2004

Renaître, Yves Boulvin, Éd. des Béatitudes, 2004

Rebondir après l’échec, Yves Boulvin, Éd. Saint-Augustin, 2006

100 chemins pour être plus heureux, Yves Boulvin, Éd. des Béatitudes, 2011

 

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