Christian Bujeau : Désarmant

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Rencontre. Il s’est fait connaître du grand public par sa drôlissime prestation de dentiste dans Les Visiteurs. Une notoriété qui s’est accentuée depuis qu’il interprète le gouailleur maître d’armes du roi Arthur dans la série Kaamelott.

Propos recueillis par Emmanuel Querry

Christian Bujeau partage son emploi du temps entre ses activités de comédien, de metteur en scène et d’enseignant. Toujours sur plusieurs projets en même temps, il prépare une pièce sur Jack l’Éventreur, met en scène La Comtesse d’Escarbagnas, de Molière et parraine La Patiente, une comédie mise en scène par son épouse Pauline Macia. Avant d’embarquer pour Moscou où il va interpréter un rôle dans un film russe, il nous accorde cet entretien jubilatoire.

Qu’est-ce qui vous a amené à devenir comédien ?

C’est mystérieux, car je ne viens pas d’un milieu artistique. Il n’y a pas de comédien sans blessures, et pour moi ça a été le divorce de mes parents. Quand cela arrive et quand on est enfant, on n’aime pas sa vie. On veut être quelqu’un d’autre, et le théâtre m’a permis de m’échapper. Ma scolarité a été très compliquée, j’ai redoublé cinq classes et fréquenté trois établissements. J’étais un cancre. C’est à Metz que j’ai poussé la porte du conservatoire. J’ai eu la chance d’avoir pour professeur une femme très sympathique qui souhaitait que je me présente au Conservatoire national supérieur d’art dramatique à Paris. J’ai échoué la première année mais j’ai réussi le concours l’année suivante. Ma première réussite ! J’en suis ressorti avec le second prix d’art dramatique.

Vous êtes croyant et avez justement connu un retour vers la foi, comment cela s’est passé ?

Ma maman était très pieuse, ce qui n’est pas sans rapport avec le fait qu’elle a perdu un de mes frères en bas âge. Je l’ai suivie sur ce chemin, et plus tard je me suis un peu éloigné. C’est l’amour humain qui m’a rapproché du divin. J’ai vécu mon chemin de Damas dans le fond d’une église alors que j’accompagnais par amour mon épouse à la messe. Et là, à côté de moi dans le fond de l’église, un SDF se soulage. Je ne saurais expliquer pourquoi, mais cette situation absurde m’a conduit à me demander : « Mais qu’est-ce que je fous ici, moi, dans cette église, à côté d’un clochard ? » Et aussitôt, je me suis dit : « Tu dois être là ! » C’est complètement absurde, mais ce clochard a été en quelque sorte le vecteur. Je suis convaincu que Dieu nous parle au moment où on ne s’y attend pas.

De quelle figure sainte vous sentez-vous le plus proche ?

De don Bosco. Car c’était un artiste, un fou, un baroudeur. Il se servait de ses dons pour éduquer les pauvres. J’aime aussi beaucoup Padre Pio. Ce sont tous deux des fous de Dieu.

Et le pape François ?

C’est un baroudeur, un couillu ! Il est dit dans le droit canon qu’un pape doit être entier, et lui il l’est, et ça me paraît sain pour celui qui est à la tête d’une des plus grandes armées du monde : plus d’un milliard d’individus. C’est le « Pape des pauvres ». Paul VI avait déjà commencé à faire disparaître les dorures mais lui va encore plus loin. Il est devenu un pape absolument abordable, il fait la guerre à la pauvreté, car il sait que « Ventre vide n’a pas d’oreilles ».

Avez-vous une prière favorite ?

Je ne suis pas un contemplatif, mais j’ai la prière scoute qui me revient à l’instant.

Quand priez-vous ?

Souvent quand je suis à vélo. Par ailleurs, c’est souvent quand je vois des SDF. Avec mon épouse, sans nous donner le mot, parfois, lorsqu’on passe à côté d’un SDF, on s’arrête et on prie pour lui.

La pauvreté est quelque chose qui semble vous toucher plus particulièrement ?

Oui, hier par exemple, c’était extraordinaire : dans le métro, il y avait un homme, un SDF, qui avait sur son visage l’expression d’une souffrance pathétique, mais quelque chose en lui semblait ouvert sur le divin, on l’a vu, et c’était comme une souffrance christique.

Quel regard portez-vous justement sur le monde ?

Mon épouse et moi, il est vrai que nous cherchons peut-être la beauté partout. Cela nous ramène à Dieu, je suis convaincu qu’il nous parle chacun en fonction de notre langue. Et on peut reprendre le triptyque divin tiré des méditations de Jean-Paul II contemplant la chapelle Sixtine : Le bon, le vrai, le beau. Chacun est attiré par l’un des trois et nous, c’est par le beau.

Avez-vous une devise ?

Celle qui nous vient de Jean-Paul II : « N’ayez pas peur ! » Avec comme corollaire : « Avec le Christ, on a déjà gagné. » C’est comme en maths, considérons le problème déjà résolu.

Comment vit-on sa foi dans le milieu du cinéma et du théâtre ?

C’est un milieu très spirituel. Et nous avons à bord beaucoup de francs-maçons. La franc-maçonnerie est une spiritualité sans Dieu, et ça ne marche pas. Beaucoup sont attirés par le réseau que cela semble promettre. J’ai été moi-même approché mais j’ai toujours refusé, car le chrétien est d’abord quelqu’un de libre !

Selon vous quel est le secret du bonheur ?

L’amour et la famille. Je sais que j’en reçois beaucoup actuellement quand les enfants viennent à la maison. C’est très important pour moi, car ils nous renvoient tant de bonheur lorsqu’ils rentrent et nous présentent leurs femmes, nous donnent des petits-enfants. Mon bonheur est sous mes yeux, c’est de les voir grandir.

Pour cette nouvelle année avez-vous une résolution ou un souhait à nous transmettre ?

Allez vers ce que vous aimez. Ne renoncez pas, il faut se trouver. Trouvez-vous en allant vers ce que vous aimez. Ce sera le meilleur moyen d’arriver à l’amour et au bonheur.

 

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