CHEZ LA SAINTE FAMILLE, au sanctuaire Louis et Zélie Martin d’Alençon

by Alexandre Meyer

Les lettres des époux Martin parvenues jusqu’à nous témoignent d’une capacité unique à donner une fécondité particulière à toutes les circonstances de leur vie : à chaque épreuve répondait un acte d’offrande. Ni fatalisme ni résignation, mais une grande confiance dans la providence.

PAR ALEXANDRE MEYER – PHOTOS SATISFECIT-EDITIONS.FR

La petite maison des Martin est située rue Saint-Blaise à Alençon en face de la préfecture. Une scénographie épurée nous fait découvrir les objets du quotidien des époux. Les ciseaux à dentelle de Zélie, son alliance, le tour d’horloger de Louis, son canif pour la pêche…

Frôlant les boiseries cirées, le visiteur gravit à pas feutrés le petit escalier de chêne au fond d’un vestibule aux dalles de ciment peint. À l’étage, la chambre des filles, lieu de la prière familiale, aux pieds d’une statue de la Vierge au sourire, fait face à la chambre de Louis et Zélie Martin. L’intimité d’un couple saint se donne à voir.

Dans toute sa fraîcheur, leur chambre à coucher tendue d’étoffe rouge et or, s’ouvre toute grande sur la chapelle jouxtant la maison depuis 1928. La petite Thérèse est née ici. Son berceau recueille plus de mille intentions de prière chaque mois.

Sur les photographies du couple Martin parvenues jusqu’à nous, le visage de Zélie, aux traits résolus, contraste avec ses yeux noirs doux et pensifs. Louis arbore une barbe fleurie, un front dégarni, et porte un regard amusé, loin de l’objectif. Louis apparaît plein de candeur : habile horloger, fou de voyages et de pêche à la ligne, membre du cercle des jeunes catholiques d’Alençon, rêvant du noviciat à l’hospice du Grand-Saint- Bernard… Zélie, elle, semble porter le deuil de ses enfants disparus. Pourtant l’étrange sérénité de son regard nous interroge.

LA VIE ÉTERNELLE COMMENCE DÈS ICI-BAS

Le bonheur, en effet, éclaire toute la vie des Martin en dépit des souffrances. Une vie de sacrifices, certes, mais jamais doloriste ! Une vie aussi droite qu’heureuse, tournée vers les autres. Tournée vers le bonheur du Ciel. Ils sont « des aînés dans la foi qui nous ont ouvert un chemin, résume Guy Four- nier, adjoint au recteur du sanctuaire Louis et Zélie d’Alençon. Mus par un élan de vie percuté de plein fouet par les épreuves qui jamais ne l’entravent. »

Zélie mettra au monde neuf enfants, dont quatre mourront en bas âge. « Perdre sa femme à 46 ans, emportée par un cancer, ce n’était pas ce que Louis Martin avait imaginé. Finir sa vie à l’hôpi- tal des aliénés non plus. Pourtant, avec le recul, ces épreuves ont donné sa plus grande force à leur témoignage » explique le père Thierry Hénault-Morel, recteur du sanctuaire.

LA SOUFFRANCE N’EST JAMAIS VAINE

Le couple n’est jamais grisé par l’abondance, jamais désespéré par les difficultés. « La présence de Dieu dans leur vie, c’est le secret de l’existence de Louis et Zélie Martin, poursuit le père Hénault- Morel. Ils ont su garder confiance dans le chemin qui se dessinait. L’attrait de Dieu a toujours dissipé les regrets d’une réalité qui n’était pas conforme à l’idéal. Avec une grande souplesse : sans déception, ni découragement, ni fuite. » En canonisant ensemble Louis et Zélie Martin, le 18 octobre 2015, l’Église a offert un modèle à tous les couples de la terre, montrant que le mariage et la vie de famille forment un chemin de sainteté aussi efficace que celui de la vie religieuse.

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EN DÉTAIL

SE DONNER AUX PLUS PAUVRES

Louis et Zélie sont des chrétiens en phase avec leur temps. Sans bruit, ils agissent en faveur d’une société plus juste et plus fraternelle où chacun occuperait sa juste place. Ils prônent la modération dans le travail : « Ne te tourmente pas trop, nous arriverons – Dieu aidant – à faire une bonne petite maison », écrit Louis à sa femme.

Ils veillent leurs employés malades, accueillent les pauvres à leur table, éduquent leurs enfants de façon participative (un geste avant-gardiste à l’époque), avec une grande liberté. Zélie prend le risque de signaler au tribunal les violences subies par une jeune fille, au mépris des calomnies. Louis se met à genoux devant un mendiant pour lui demander sa bénédiction. « Le pauvre, c’est le Christ », dit-il à ses filles. Ensemble ils entendent la messe des ouvriers chaque matin à 5h30.

UN COUPLE PROPHÉTIQUE

Louis seconde son épouse, éveille l’intelligence et la culture de ses filles. Les Martin ont fondé une famille joyeuse, Louis poussant la chansonnette, jouant avec ses filles. La dignité des femmes de la famille est prophétique en ce milieu du XIXe siècle. Ils boudent les beaux quartiers d’Alençon. « Le bonheur n’est pas une question de mètres carrés », aime à répéter Zélie.

Louis se méfie de lui-même, réfrène ses envies de boursicoter – une tentation à la mode –, échappe à l’esprit de la mondanité qui sévit chez ses camarades par une éthique personnelle rigoureuse et une vie authentique. Dans son pavillon entouré d’un modeste terrain où jardinent les filles, il médite, lit et écrit, va à la pêche. Il a trouvé le plus bel équilibre.

COMME UN CHRIST HUMILIÉ, MÉPRISÉ DE TOUS

Après la mort de Zélie en août 1877, la famille s’installe à Lisieux. Louis emmène ses filles à Paris, découvrir l’exposition universelle de 1878, à Rome en 1887… Puis le déclin s’amorce. Louis alternera les périodes de lucidité, les pertes de mémoire et les crises de démences jusqu’à sa mort en 1894. « Je sais pourquoi le bon Dieu m’a donné cette épreuve : je n’avais jamais eu d’humiliation pendant ma vie, il m’en fallait une » écrira-t-il au soir de sa vie terrestre.

POUR ALLER + LOIN

https://louisetzelie.com

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