Thomas d’Ansembourg: « Cessez d’être gentils, soyez vrais ! »

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Analyse. Gentillesse ne rime pas toujours avec franchise… Nous cachons souvent ce que nous pensons vraiment, pour ne pas risquer de déplaire, de décevoir ou d’entrer en conflit. La vraie gentillesse, c’est choisir de vivre des relations en vérité.

Amour et vérité
« La vérité est une lumière qui donne sens et valeur à l’amour. (…) Dépourvu de vérité, l’amour bascule dans le sentimentalisme. L’amour devient une coque vide susceptible d’être arbitrairement remplie. C’est le risque mortifère qu’affronte l’amour dans une culture sans vérité. (…) La vérité libère l’amour des étroitesses de l’émotivité. » Extrait de La charité dans la vérité, troisième encyclique du pape Benoît XVI, publiée en 2009.

Célébrer

Célébrer, c’est fêter la vie sous toutes ses formes, ses états et saisons ; c’est être présent, à la bonne heure, en toute chose, les naissances et arrivées comme les deuils et les départs et témoigner de la gratitude pour tout ce qui est. Dans les relations, c’est notamment être attentif à témoigner de la reconnaissance autour de nous. La reconnaissance est la vitamine de la relation : elle apporte une bûche sur le feu de l’amitié. Remerciez donc et, lorsque l’on vous remercie, ne vous contentez pas d’annuler l’hommage en répondant « De rien ! », comme si vous n’existiez pas : goûtez le merci, en célébrant l’échange avec l’autre : « Je suis heureux que mon attention t’ai plu, c’était l’occasion pour moi de mesurer et aussi de te dire combien je tiens à toi et à notre relation. » Célébrer, c’est se sentir vivant dans l’univers vivant.

« On s’engueule à l’entracte ! » À vouloir être gentils pour se faire plaisir, Maud et son mari se disputent à chaque fois qu’ils vont au théâtre. J’adore aller au théâtre et à l’opéra, j’y retrouve des copines, je me laisse prendre par le spectacle et l’émotion, je verse toujours une petite larme et j’adore papoter à l’entracte. Mon mari, lui, déteste cela ; il s’impatiente, commente à haute voix la performance des acteurs, ne s’émeut de rien et se retourne vingt fois dans son fauteuil en soupirant. Alors je m’énerve, cela me gâche la soirée et on s’engueule à l’entracte et dans la voiture. Seulement, chaque fois que je réserve une place de spectacle, il a peur que je n’attrape pas le dernier métro ou que je ne trouve pas de taxi, alors, pour être gentil, il m’accompagne. Et moi, pour être gentille – puisqu’il est si gentil – j’accepte ! Et nous passons tous les deux une soirée infernale. Je ferais beaucoup mieux d’être vraie et de lui dire la prochaine fois : « Je suis très touchée que tu te fasses du souci pour mon retour ce soir, parce que j’aime sentir que tu tiens à ma sécurité et à mon confort, et en même temps, je ne suis pas assurée que cela te fasse vraiment plaisir de m’accompagner. Comme j’ai besoin que nous passions tous les deux une bonne soirée et particulièrement que je puisse savourer mon spectacle sans me faire de souci pour ton bien-être, je te propose de faire ce qui te plaît vraiment de ton côté, et je me débrouillerai pour rentrer. Comment te sens-tu par rapport à cela ? »

Apprendre la vraie gentillesse

1 Trois minutes trois fois par jour. Sous cette formule quasi homéopathique, je propose d’intégrer la connaissance de soi par la fréquentation consciente de notre être profond. Pour beaucoup d’entre nous la seule position d’assise silencieuse, recommandée par bien des traditions, fait trop peur : nos sociétés ont perdu toute référence à ces traditions et, de ce fait, peu de gens savent tout le bénéfice qu’il y a à conjuguer silence et immobilité, dans la disponibilité à l’Esprit. Trois minutes, guidées par l’écoute de nos sentiments et de nos besoins, constituent une discipline qui nous permet de les comprendre et donc d’en retrouver la maitrise (Plutôt que de les refouler, rappelons-nous : les émotions dont nous ne nous occupons pas s’occupent de nous !) et petit à petit d’aligner notre vie sur notre élan de vie propre, en ayant fait de la place pour le Souffle.

2 Apprendre à dire non. Vous recevez une invitation mais vous vous sentez trop fatigué(e). Plutôt que de vous mélanger les pinceaux et d’inventer un pieux mensonge, clarifiez ce à quoi vous dites oui quand vous dites non. Maintenant que vous pratiquez cette écoute intérieure, vous allez développer bien plus d’aisance à dire « Oui, je te suis reconnaissant pour ton invitation, mon conjoint et moi nous tenons à l’amitié que nous partageons avec toi et serions heureux de nous revoir ; en même temps – je tiens à la sincérité – j’ai vraiment besoin de me reposer et ma priorité sera de me coucher tôt ; à bientôt ». Vous remplacez le « Non je ne suis pas libre » par « Oui à l’amitié, la sincérité et au respect mutuel ». Voulez-vous qu’on vous aime pour ce que vous faites ou pour ce que vous êtes ? Devant la confusion chaque jour dans le monde, vous n’allez quand même pas en rajouter en y apportant la vôtre par un pieux mensonge ? Notre planète n’a-t-elle pas urgemment besoin de l’hygiène de conscience du plus grand nombre ?

3 Quitter la pensée binaire (ou dualiste). Dégagez vous de cette vieille habitude occidentale de la pensée binaire qui nous maintient dans la croyance : « Soit je dis oui et l’autre sera rassuré que je l’aime et moi d’être aimé ; soit je dis non et l’autre va bien sûr croire que je ne l’aime pas et il ne m’aimera plus. » Soit/soit, ou/ou. On est pieds et poings liés dans l’amour conditionnel ainsi que dans un mode de pensée qui entretient la division plutôt que de nourrir l’unité. L’exemple ci-dessus nous montre comment déjouer ce piège de la pensée binaire par la pensée complémentaire: « Je t’aime et te respecte, et je m’aime et me respecte. »

4 La vérité, toute la vérité. Osez nommer tous les enjeux. Je suis frappé de voir combien il nous est encore difficile – bons garçons, bonnes filles que nous sommes – d’oser dire tout le bien que nous pensons, toute l’affection que nous ressentons. Quel parent pense à préciser : « Je t’aime de tout mon être et j’apprécie ton goût de la liberté et ta fantaisie, et en même temps je n’en peux plus d’être la seule personne à ranger cette maison, j’ai besoin d’aide et de réciprocité. Voudrais-tu assurer telle tâche ? »

Thomas d’Ansembourg

 Il a été avocat, puis consultant juridique en entreprise pendant 15 ans et responsable d’une association de jeunes en difficulté pendant 10 ans. Depuis 1994, il travaille comme psychothérapeute, consultant en relations humaines et formateur certifié en Communication Consciente et Non Violente. Il anime des conférences illustrées de jeux de rôle et des ateliers de trans-formation et d’éveil. 

Pour aller plus loin :

Qui fuis-je, où cours-tu, à quoi servons nous ? Vers l’intériorité citoyenne, Thomas d’Ansembourg, Ed. de l’Homme, 2008.
Cessez d’être gentil soyez vrai : Être avec les autres en restant soi-même, Thomas d’Ansembourg, Ed. de l’Homme, 2004.
L’art d’être bon, Stefan Einhorn, Ed. Belfond, 2008.
Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : Introduction à la Communication Non Violente, Marshall-B Rosenberg, Ed. La Découverte, 2004.

Site sur la non-violence : www.nvc-europe.org

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