Après la perte : les étapes du deuil

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Mort. Le deuil est une réaction saine, un état de souffrance à la suite du décès d’un être aimé. Il s’accomplit sur une durée plus ou moins longue selon les personnes. Ce processus se produit en plusieurs étapes qui permettent de ressortir mûri après la perte.

« Elle arriva à l’endroit où se trouvait Jésus ; dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus fut bouleversé d’une émotion profonde. Il demanda : « Où l’avez-vous déposé ?  » Ils lui répondirent : « Viens voir Seigneur. » Alors Jésus pleura. Les Juifs se dirent : « Voyez comme il l’aimait ! » » Jean, 11, 32-37

Le deuil

Le deuil est un processus normal et naturel. L’être humain est constamment confronté à la perte : passage de l’enfance à l’adolescence, puis à l’âge adulte, perte de rêves, perte de facultés et de capacités due au vieillissement, etc. C’est comme un processus de cicatrisation et de guérison psychologique et spirituelle. Si on réussit à soigner cette blessure, en acceptant de vivre le processus de deuil, le souvenir du défunt cessera de provoquer une douleur intérieure. Le rappel de l’être perdu demeurera toujours précieux mais sans se trouver dans un état de souffrance. Faire son deuil, c’est lâcher prise, vivre avec la personne disparue une relation transformée.
« Une chape de plomb m’a quitté » Jean Monbourquette pensait avoir fait le deuil de son père. Il s’est aperçu des années plus tard qu’il n’en était rien… À la mort de mon père, j’avais 17 ans. Avec mes deux sœurs infirmières, nous avons formé une équipe soignante à son chevet pendant un an. À sa mort, ma sœur Hélène et moi nous sommes occupés de tout. Je me montrais stoïque et je ne me permettais pas de pleurer en public. Je me sentais fort et « en contrôle ». Quelque vingt-deux ans plus tard, je faisais mes études de psychologie. J’ai participé à un week-end de jeu de rôle pour connaître cette forme de thérapie. Appréciant le savoir-faire de l’animateur du groupe, j’ai décidé de jouer la période de la mort de mon père que j’avais mal vécue. J’ai choisi un père substitut et l’animateur m’a introduit dans le jeu de rôle en me disant que mon père allait mourir et il m’a invité à lui révéler tout ce j’aurais voulu lui dire avant sa mort. Je lui ai exprimé mon affection, dévoilé mon appel au sacerdoce, fais mes adieux en l’embrassant. Là, j’ai fondu en larmes, au point que l’animateur ne savait plus quoi faire avec moi. Ma tristesse et mes pleurs avaient une fraîcheur comme si mon père venait de mourir… Ma thérapie continua le lendemain; j’étais moulu, exténué et bouleversé. Et puis, j’ai senti qu’une chape de plomb me quittait, ma dépression s’envolait. J’étais libéré ! J’ai compris que je venais de découvrir mon champ d’action professionnel. C’était mon initiation à ma vocation d’accompagnement des endeuillés.

Aider à faire un deuil

1 Veiller le corps du défunt. Trop souvent, les corps des défunts disparaissent au lieu d’être exposés pour donner la possibilité aux amis et aux proches de le voir une dernière fois et de lui faire leurs adieux. À moins que le défunt soit mort d’une longue maladie, il est important que sa dépouille mortelle soit présentée à la communauté. Pour se convaincre de son décès, on doit le voir et constater sa mort.

2 Éduquer les enfants à la mort. Et c’est une merveilleuse chance pour les enfants d’entrer en contact avec ce qui entoure la mort. Il n’est pas question de les forcer à venir au salon funéraire mais il est capital de bien leur expliquer la visite auprès du défunt. Aussi, il convient de ne pas rester longtemps face à la personne décédée et de ne pas les abandonner seuls face à la mort. Leur éducation à la mort s’avère aussi importante que leur éducation à la sexualité.

3 Laisser venir les larmes. Vous n’avez pas à jouer à la personne forte et débordante d’enthousiasme pour faire plaisir à votre entourage. Il est sage de continuer à vous protégrer des événements trop envahissants. Laissez monter les pleurs quand ils veulent bien faire surface. Une émission de télé, un événement, une rencontre… peuvent les déclencher. Profitez de ces moments de grâce pour pleurer. Dans l’évolution de votre deuil, les larmes sont sources de purification et, par suite, de détente. Laissez-vous emporter par la danse des émotions. Vivez-les, puis laissez-les s’évanouir. Le flot de la vie émotionnelle se renouvelle sans cesse.

4 Ce qu’il ne faut pas dire. Souvent les proches ne savent pas quoi dire aux endeuillés pour les consoler. Évitez les phrases assassines comme « Ne t’en fais pas », « Ça va passer ! » « Tu vas le retrouver au ciel ! » Au lieu de dire des bêtises, demeurez silencieux mais présent.

5 Ce qu’il faut dire. Au premier contact avec l’endeuillé, dites « ma sympathie » ou « mes condoléances ! » et ensuite « Comment est-t-il mort ? » Vous permettez alors à l’endeuillé de raconter sa maladie ou son accident. La meilleure thérapie pour un deuil, c’est d’écouter la narration des circonstances entourant la mort d’un proche. Il est probable que l’endeuillé va se mettre à verser des larmes. Vous l’encouragez à exprimer ses émotions et ses sentiments. Soyez « la grande oreille » qui reçoit les confidences. Si le deuilleur veut se confier à nouveau à vous et qu’il répète sa triste histoire, vous l’accueillez encore. Notez qu’il ajoute des détails à chaque récit, cela signifie que sa mémoire dégèle et que son deuil progresse vers sa résolution. Une initiative intéressante pour une pastorale paroissiale serait d’offrir à l’endeuillé des services comme garder les enfants, faire des repas, nettoyer la maison, s’occuper du courrier, etc.

6 L’importance d’une présence. Les deuilleurs ont surtout besoin de la présence attentionnée de proches et d’amis après les cérémonies funéraires car un grand vide se fait autour d’eux après trois semaines. Ceux-ci considèrent à tort que l’endeuillé a dépassé les premiers moments de son deuil et qu’il va bien.

Jean Monbourquette

Auteur de livres importants en matière de développement personnel, Jean Monbourquette, prêtre des Oblats de Marie Immaculée et psychologue, conférencier recherché et animateur de groupes de deuil, est décédé le 28 août dernier  à l’âge de 78 ans.  Il nous a fait l’amitié de rédiger cet article sur le deuil quelques semaines avant sa mort. Nous sommes heureux de lui rendre hommage en publiant ce texte, sans doute un des derniers qu’il ait écrit. Il a été l’un des premiers à avoir voulu relier l’approche psychologique et l’approche spirituelle.

Aimer, perdre et grandir L’art de transformer une perte en gain,
Jean Monbourquette, Bayard/Novalis, 2006
Excusez-moi, je suis en deuil Jean Monbourquette, Bayard/Novalis, 2011
Le temps précieux de la fin Jean Monbourquette, Jean et Denise Russel, Novalis, 2008, Montréal

www.maisonmonbourquette.com

www.estimame.com

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