Aider mon enfant à grandir

by administrator

Éducation. Se séparer de son enfant, plus ou moins longtemps, sans l’avoir préparé, peut être le point de départ de troubles récurrents pour lui. Cela donnera lieu à une angoisse de séparation, qui peut devenir très handicapante et qui rejaillit souvent sur la famille entière.

Propos recueillis par Émilie Pourbaix

Grandir, c’est ce qui rend l’enfant heureux et donne un sens à sa vie. Pour cela, il doit se savoir et se sentir aimé. Mais, comme le souligne la psychanalyste Claude Halmos, « l’amour ne suffit pas ». Les parents doivent fixer les règles indispensables à toute éducation, sans crainte d’interdire. Dès son plus jeune âge, un enfant doit être mis devant sa liberté de choix, car elle constitue une condition indispensable pour gagner en autonomie et en responsabilité et accéder ainsi à la maturité affective. Les adultes doivent proportionner les choses en fonction de leur enfant, de son âge, de sa maturité : ils feront sans cesse du sur-mesure. Un enfant rechigne souvent à obéir, d’une part parce que les contraintes de la vie quotidienne ne lui font pas du tout plaisir ; d’autre part parce que les ordres et les directives qu’il entend lui donnent peut-être l’impression d’être un pion sur l’échiquier. Il y a toujours deux temps à respecter pour demander à un enfant d’obéir : un temps pour s’adresser à son intelligence (en proposant le but) et un temps pour s’adresser à sa volonté (« Le veux-tu ou le choisis-tu ? Le désires-tu ? Le décides-tu ? »). Là se joue sa liberté : il peut répondre OUI ou NON, mais il devra en vivre les conséquences…

Des rails de sécurité

On peut comparer les règles de l’éducation aux rails de sécurité qui bordent une route surplombant un ravin. Ils ont été installés pour éviter que les automobilistes ne tombent dans le précipice ou ne se télescopent avec d’autres véhicules. De la même façon, les limites imposées à un enfant visent à le cadrer, à le contenir, afin qu’il se sente sécurisé et respecte les autres. Il aura tendance à les tester, surtout s’il est précoce sur le plan intellectuel. Les parents ne doivent pas lâcher mais se tenir à ces règles, avec amour et fermeté.

Apprendre à se séparer

Chaque existence est jalonnée de multiples séparations. Il est donc nécessaire de promouvoir une « éducation à la séparation », celle-ci étant incontournable et indispensable à la croissance. Le rôle des parents est d’aider leur enfant à accepter de passer par là, non pas sans douleur (car la séparation peut faire souffrir à tout âge), mais sans angoisse. Les étapes les plus délicates, où il convient donc d’être très attentif, sont la naissance (lien mère-enfant), le sevrage (arrêt du lait = arrêt de l’amour), l’entrée à la crèche, pour certains, et plus tard à l’école, certaines absences des parents, d’éventuelles hospitalisations, la naissance de l’enfant suivant (voleur de câlins, voleur d’amour, enfant de remplacement).

Angoisse de séparation

Bien vécue, une séparation peut être douloureuse et désagréable mais n’engendre pas de troubles. A contrario, mal vécue, elle peut être le départ d’une angoisse de fond qui va conditionner peu à peu l’existence d’un enfant. C’est comme si un nœud se formait dans son cœur, un nœud qui lui fait de plus en plus mal au fur et à mesure que les séparations successives inexpliquées tirent dessus. C’est ce qu’il exprimera au travers de différents troubles : réveils nocturnes répétés, difficultés alimentaires, énurésie, maladies répétitives, verbiages incessants, insatisfactions, peur de l’échec, refus de l’effort, insolence, perfectionnisme, susceptibilité excessive, etc. Ces comportements divers constituent des réactions multiples et variées à une angoisse qui taraude l’enfant, petit ou déjà grand. La majorité de ces troubles trouve son origine dans une angoisse de séparation qui a germé dans le cœur de l’enfant, généralement au tout début de sa vie, dans des circonstances traumatisantes ou lors de séparations auxquelles il n’a pas été suffisamment bien préparé. Face à ces troubles de l’enfant, il y a deux questions importantes à se poser : quel message mon enfant cherche-t-il à me délivrer à travers ses troubles ? Quelles paroles rassurantes, calmantes et pacifiantes puis-je utiliser pour l’aider à changer son attitude ?

Préparer la séparation

Jusqu’à 8-9 mois, il est fortement conseillé d’éviter toute séparation de plus d’une journée. Jusqu’à cet âge-là, il est mieux d’être avec maman car la permanence des liens d’attachement et des repères est réellement importante pour la construction affective d’un enfant. C’est neurologique : le cerveau n’a pas encore acquis cette notion de permanence, d’où l’extrême importance de signifier les séparations et de les limiter. Après, il est important de préparer progressivement toutes les séparations, en commençant par faire vivre à son enfant des expériences de toutes petites séparations. Trop de changements déroutent un petit. Lorsqu’il est un peu plus grand et ne va pas encore à l’école, il est bon de trouver à l’enfant des lieux de rencontre et d’éveil, si possible sans sa maman, en lui permettant de s’adapter à la séparation de façon progressive mais ferme (halte-garderie, organisation entre mamans, grands-parents, etc.). La séparation fait peur. Elle doit pourtant être provoquée et enseignée. Certains enfants deviennent des enfants-tyrans faute d’avoir pu découvrir que leurs parents ne sont pas corvéables à merci, totalement disponibles ni à disposition dans tous les endroits possibles.

Des enfants vivants

Le but poursuivi dans cette pédagogie est de permettre à l’enfant de prendre sa vie en main, de choisir de grandir, de faire ce qui est bon pour lui. Il ne s’agit pas d’avoir des enfants parfaits, sages comme des images, mais des enfants vivants, qui comprennent comment ils fonctionnent et prennent en mains leur destinée, parce qu’ils ont compris dès leur plus jeune âge qu’ils sont faits pour grandir, pour être heureux, et que le bonheur ne tombe pas du ciel, il se construit par la décision de la volonté, éduquée à la liberté véritable.

Véronique Lemoine Cordier

Elle est psychologue et psychothérapeute. Avec Bernadette Lemoine, elle a cofondé l’association MCAdS (Mieux connaître l’angoisse de séparation). Elle est l’auteur du Guide de survie pour parents désemparés. Les mots pour aider votre enfant à grandir heureux, Éd. Quasar, 2013.

 

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