AGNES B : B COMME BONTE

by Hélène Bordes
Agnès B par Patrick Swirc

Photo : Agnès B par Patrick Swirc

Mécène, collectionneuse d’art contemporain, Agnès b. est surtout connue du grand public pour ses pièces iconiques comme l’incontournable cardigan à pressions et le tee-shirt rayé. La styliste, dont la route vers le succès a été semée d’embûches, vient de publier un très beau témoignage : Je crois en l’âme, où elle confesse sa foi en un Dieu d’amour, de bonté et de pardon.

PROPOS RECUEILLIS PAR CYRIL LEPEIGNEUX

La semaine de la mode à Paris s’achève à peine, que déjà s’enchaînent les voyages à travers le monde, la préparation des prochains défilés et le travail sur les nouvelles collections. La styliste française prend pourtant le temps de s’arrêter un instant pour parler sans appréhension de ce en quoi elle croit et de celui en qui elle est restée fidèle malgré son succès. Agnès b. déroule pour nous le fil de sa vie de foi.

Dans votre livre, vous écrivez que « chaque jour- née est un cadeau du Ciel ». Une vraie profession de foi !

J’ai la chance d’être vivante, en bonne santé, de me sentir jeune et de faire ce que j’aime. Je ne peux que remercier le Ciel ! Je pense aussi que tout le monde peut être pardonné et être aimé de Dieu. Je crois qu’il y a beaucoup de miséricorde dans la personne de Dieu. Vous savez, j’ai une nature optimiste et je suis encore idéaliste. Comme mon père, je crois toujours au bon côté des gens. Et je crois toujours qu’on peut retourner quelqu’un et l’aider à choisir le bien.

Quelle est cette « fête préférée » dont vous par- lez dans votre livre ?

J’apprécie fortement le dimanche des Rameaux. Pour moi, c’est le temps de la renaissance. J’aime vivre cette fête à Antibes où les Gitans, suivant une tradition ancestrale, fabriquent de si belles choses avec ces rameaux ! C’est aussi l’esprit de Pâques, avec le temps du renouveau.

Avez-vous besoin d’être renouvelée ?

Renouvelée ? Je ne sais pas… En revanche, on peut toujours s’améliorer. En ce qui concerne la gentillesse à l’égard des autres, je ne suis jamais assez satisfaite. Je peux encore m’améliorer ! Faire attention aux autres, je considère que c’est quelque chose d’essentiel et un vrai défi dans nos vies.

Êtes-vous née dans un milieu chrétien ?

Oui. Mon père était avocat ; il a été deux fois bâtonnier. Mon grand-père était général. Une famille bourgeoise versaillaise classique, mais avec beaucoup de culture, beaucoup de goût de la vie, de goût pour la musique… Comme l’était mon père, en somme.

Ne viviez-vous pas qu’un catholicisme culturel ? Pour simplifier : aller à la messe le dimanche et vivre ensuite une vie ordinaire comme les copains ?

Non. Depuis que je suis petite, je pense tout le temps à Jésus, à la Sainte Vierge et au Ciel. Chaque jour, je demande au Ciel de m’aider : je lui demande tout le temps quelque chose. Dès mon plus jeune âge, le Ciel a fait partie de mon paysage, de mon univers. J’ai vécu très tôt des moments forts comme ma communion solennelle ou la retraite avec un prêtre que j’appréciais beaucoup : ces temps privilégiés m’ont confortée dans ma foi. Depuis mon enfance, je n’ai jamais douté de ma foi en Dieu.

Qu’est-ce qui vous a donné ce goût-là ?

Quand nous étions très jeunes, ma mère nous lisait La Miche de pain au moment de nous coucher. Après elle a eu quatre enfants en cinq ans et la vie est devenue plus compliquée.

Parleriez-vous d’une rencontre personnelle avec Dieu ?

Oui. Parfois, quand je vois le Christ sur la croix, cela me fait pleurer. Je pense alors à sa souf- france, au moment où il demande à son Père de lui épargner cette épreuve. Pour moi, à ce moment précis, il est tellement humain et proche de nous ! C’est ce que j’apprécie dans la lecture de l’évangile selon saint Jean : un auteur que j’avais déjà choisi à 10 ans, car, quand il écrit, c’est comme un ami qui raconte ce qui s’est passé. Regardez ce passage sur les noces de Cana : on en perçoit toute l’humanité quand on entend les invités qui s’interrogent pour savoir pourquoi on a servi le bon vin après le mauvais ! C’est très incarné. Et le prologue de cet évangile avec « Au commencement était le Verbe » : quel bon- heur ! Que ce texte est beau !

Et Jésus, vous le voyez comment ?

Comme un ami. Je me vois auprès de lui, avec la Samaritaine, au puits. Oui, j’aurais aimé y être. Vous savez, moi, j’aime bien le collectif, j’aime bien le « nous ». Et Jésus était dans cet esprit du collectif. Il était presque tout le temps à vivre et voyager avec les apôtres. Il se déplaçait toujours en bande et accomplissait tant de belles et bonnes choses avant d’inciter ceux qu’il rencontrait à faire de même.

Et le Christ présent aujourd’hui dans son hostie dans la Présence réelle, vous le vivez comment ?

C’est difficile. Je me suis mariée à 17 ans avec Christian Bourgois – d’où le B d’Agnès b. –, j’ai eu des jumeaux à 19 ans et je l’ai quitté à 20 ans. J’ai divorcé deux ans plus tard et ne peux donc pas communier depuis. Cela me rend triste, jusqu’à en pleurer, parfois.

Lors de telle ou telle épreuve de votre vie, avez-vous ressenti Sa présence auprès de vous ?

Plutôt celle de la Sainte Vierge. Un jour, en effet, j’ai eu l’impres- sion de la serrer dans mes bras. L’un de mes fils était vraiment très malade et je l’ai priée de tout mon cœur. J’étais en train de conduire et j’ai eu l’impres- sion à cet instant, de sentir sa présence entre mes bras. C’est un moment dont je me souviendrai tou- jours. J’y repense lors de moments difficiles, comme la perte de ma petite sœur l’année dernière. Elle était si gentille que je la crois déjà au Ciel.

Comment imaginez-vous le paradis ?

C’est là où sont mes amis du Ciel justement, ceux dont je parle dans mon livre. Mes complices au Ciel : sainte Agnès, saint Jean, saint François d’Assise…

Voilà des années que vos collections vous représentent dans le monde du vêtement. La quête du beau et du bien-être dans votre travail a-t-elle un lien avec votre vision chrétienne du monde ?

Oui, j’ai été élevée devant des autels et des églises magnifiques, à Versailles notamment, et là je réussissais à trouver l’harmonie. De même quand je vois le retable de Keith Haring offert à l’église Saint-Eustache à Paris. Il y a là de la symétrie, de la stabilité… Un ensemble qui vous emmène, au travers d’une émotion spirituelle, vers le Ciel. L’être humain en a besoin !

Est-il difficile d’avoir la foi quand on évolue dans un milieu professionnel aussi typé qu’est celui de la mode ?

Je ne sais pas quoi vous répondre… Car je ne vis pas dans ce milieu de la mode. Les personnes que je fréquente sont mes amis – plutôt des artistes, des musiciens –, des personnes avec qui je travaille, ma famille… Je ne suis pas ce que l’on appelle une « bête de mode ». J’aime juste faire plaisir aux gens et c’est pour cela que je fais ce travail. J’ai envie qu’ils soient heureux de ce qu’ils achètent, qu’ils gardent longtemps mes vêtements, qu’ils les portent indéfiniment. Je n’aime pas la mode en soi : je préfère les vête- ments et les personnes.

Pratiquez-vous un management chrétien dans votre entreprise ?

Le management ? Ce n’est pas vraiment mon truc. Moi c’est plutôt le respect du client, des personnes avec qui je travaille. C’est la moindre des choses. Faire attention à leurs horaires, à la santé de leurs proches : se mettre à leur place, c’est une nécessité ! Ici, nous sommes un groupe de cent trente personnes, mais j’essaie pourtant d’être proche de chacun de mes colla- borateurs. C’est avant tout une question d’amour de l’autre. Et moi, j’ai toujours aimé les autres…

Nombre de personnes que l’on croise dans la rue ont l’air désespéré : aimeriez-vous aussi qu’ils rencontrent ce Christ qui semble vous rendre si heureuse ?

J’aimerais surtout qu’ils voient combien cela m’aide au quotidien d’avoir la foi. Et je ne m’en cache pas du tout. D’ailleurs, je n’imagine pas com- ment on peut vivre sans la foi. Car c’est la foi qui aide à faire des choses « balaises » que l’on ne pour- rait sans doute pas réussir tout seuls. Comme un défilé, avec ses contraintes, ses défis et sa grosse dose de doute. Pour ma part, j’ai été élevée selon le principe : « Aide-toi, le Ciel t’aidera. » Dont acte !

 

SON LIVRE

Je crois en l’âme, Bayard, 110 p., 16,90 €. Loin des médias, Agnès b. cultive un jardin secret qui prend racine dans une foi catholique inébranlable.
Elle évoque ici pour la première fois son éducation spirituelle, héritée de ses parents. La célèbre styliste a fait du message « Aimez-vous les uns les autres » son credo, cherchant dans sa vie de femme et de chef d’entreprise à réduire les injustices, en apportant un soutien sans faille aux personnes en difficulté et en s’imposant une éthique rigoureuse.

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