CREER POUR SE RECONNECTER

9 juin 2026

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Débrancher, à quoi bon ? Peut-être est-ce un moyen de redécouvrir son corps, son âme et son esprit. En somme, de mettre un peu de côté la technologie pour retrouver ce qui est profondément humain, notamment aujourd’hui à l’heure de l’IA. Aux ateliers BdM, les artisans nous emmènent dans un univers où le travail manuel permet à chacun de se reconnecter avec lui-même, sa créativité et ses aspirations profondes.

Texte et photos par Antoine Lemaire

Traverser le hangar qui abrite les ateliers BdM revient à visiter un vieux village français du Moyen-Age. Dans tous les coins, des outils suspendus, à chaque tournant, un artisan qui travaille, dans le clair-obscur, des rayons du soleil qui se dessinent grâce à la sciure flottant dans l’air. Et çà et là, posés distraitement à même le sol ou sur des étagères, des meubles et des objets en bois d’une finesse rare. Quelques machines complexes, ainsi qu’un ou deux ordinateurs, ramènent toutefois l’atelier au XXIe siècle.

Tortueuses et taillées. Massives mais d’apparence légères. Les créations des ateliers BdM attirent immédiatement le regard par leur sobriété artistique complexe. Ici, un Bureau lyrique, recouvert d’un tissu de qualité coulé sous une résine brillante. Là, l’abat-jour d’une lampe Envol, qui envoie ses spirales vers le ciel avec majesté.

Si ces pièces d’exception existent, c’est parce qu’elles sont le fruit d’une cohésion parfaite, d’une communion entre la main de l’homme et la vie d’un matériau : le bois. L’ébénisterie, de la même façon que tous ces métiers d’artisanat manuel, nécessite une connexion à la matière.

La réalité de l’être humain

A une époque où le numérique est omniprésent, les métiers manuels font exception. Leurs impacts positifs sur la santé, notamment mentale, sont souvent sous-estimés. « Les humains sont des êtres sensibles, et donc sont appelés à toucher des matériaux vivants. C’est le cas avec le bois qu’on travaille ici, qui nous rapproche de notre vocation naturelle », explique François, employé des ateliers BdM depuis un an. Cet ancien étudiant en psychologie s’est reconverti dans l’ébénisterie après avoir compris son besoin « d’extérioriser » et de « laisser jaillir » ce qui se passait en lui. Peu adepte du numérique, il en reconnaît l’utilité, mais également les limites : « c’est un outil génial, qui permet d’avoir des mesures précises. Mais il ne suffit pas. Un meuble entièrement réalisé par des ordinateurs puis des machines n’aura pas cette vibration de la main, cette âme qui doit l’habiter. »

Dans le « bureau », pièce annexe ou le bruit des ponceuses se fait moins entendre, s’entassent des feuilles de placage, triées par essences. Charme, acajou, hêtre, sycomore ondé, chêne, rivalisent de finesse, pour être ensuite découpés puis assemblés, et former des dessins sculpturaux. C’est là que Bruno de Maistre, fondateur des ateliers BdM, entrepose certaines de ses créations. Ancien cadre dans la publicité, il commence l’ébénisterie suite à un burn-out et les questions inévitables qui en découlent : « j’ai compris que, dans mon métier précédent, il me manquait le travail de la main, qui me permettrait alors d’avoir accès à toutes mes capacités. »

L’artisan organise occasionnellement des journées immersives, et déplore que les participants se considèrent généralement très peu créatifs et manuels : « ce travail stimule tout l’être, permet la reconnexion à son corps, et la découverte de sa propre créativité, ce que la société actuelle et les écrans découragent grandement… »

Reconnecté à Dieu

« On fait le métier de Joseph et de Jésus », lance François avec des étoiles dans les yeux, conscient que pour ceux qui ont la foi, ce travail prend encore plus de sens. D’autant plus que les ateliers BdM proposent des créations de mobilier liturgique, et ont déjà équipé de nombreux lieux de culte, comme la Basilique Notre-Dame de Boulogne (92) ou l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes (72).

« Quand je travaille, l’intelligence de la main agit sur un circuit parallèle, et alors mon esprit est libre pour vaquer à d’autres pensées. Et très souvent, ça me met en prière », confie Bruno de Maistre, avant d’ajouter que « ce n’est pas comme devant la télé, où l’esprit est inerte. »

Ce sentiment est décuplé par le fait que le bois travaillé par les ébénistes de BdM vient généralement d’arbres qui ont environ 100 ans. Pour le fondateur de l’atelier, « c’est une histoire, et presque une transcendance. »

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