Les effets des écrans sont nombreux, et ne sont pas toujours simples à identifier. Tanguy Marie Pouliquen, prêtre et professeur d’éthique, donne les clés d’une relation ajustée à son smartphone.
Propos recueillis par Auguste Chapelier
Comment estimer notre dépendance au smartphone ?
En s’évaluant constamment. L’utilisateur du smartphone peut être comparé à un poisson dans un filet de pêche. Il va bien a priori. Il n’est pas seul. Il est sécurisé par les mailles du filet. Il se sent plus léger, porté par le chalut. Mais quelques heures plus tard, il est au fond de la cale. Il va mourir. Une mauvaise utilisation du smartphone peut tuer notre intériorité et même notre intégrité. Le nombre de clics est intéressant. En Europe le smartphone est allumé en moyenne toutes les six minutes, contre quatre en Chine et aux Etats-Unis. Posons-nous la question « puis-je m’empêcher de l’allumer ? » Si c’est non, c’est un bon début de prise de conscience. Certaines personnes se privent de smartphone au moins un jour par semaine pour éprouver leur attachement. « Comment je réagis par rapport à la limite que je me suis donnée ? » On peut se créer une petite charte personnelle d’utilisation pour s’auto-évaluer.
A quel moment, et de quelles façons les écrans prennent-ils le pas sur notre vie intellectuelle – et spirituelle ?
Quand l’attention est fragilisée. L’économie actuelle est appelée économie de l’attention. Le monde numérique va tout faire pour capter votre attention. L’attrape-mouche, c’est la gratuité. Rappelons-nous que si c’est gratuit, alors nous sommes le produit. La déviation commence quand mon attention se porte sur un contenu que je n’ai pas délibérément choisi. Mon attention a été attrapée pour qu’on me prenne mes données, afin de profiler mon utilisation et me faire passer des publicités ciblées. Demandons-nous constamment : « pourquoi je suis là devant mon écran ? » L’antidote serait un bon livre : l’attention y est bien posée… et c’est reposant. Le pape Jean XXIII conseillait dix minutes de bonne lecture par jour !
Quel est le lien entre la santé psychique et les écrans ? Quels fruits découlent d’une réduction du temps d’écran ?
Il faut passer de la désintégration du sujet à son unification. La personne n’est pas un cerveau sur pattes. Elle est corps, âme (psychique), esprit et relation. Les quatre dimensions sont liées, inséparablement. La génération née après 1995 vit 30% de relations face à face en moins que la précédente. On risque alors l’isolement psychique et social, et un manque d’activité physique avec des conséquences de malbouffe et de manque de sommeil. Comme dit l’académicien Jean d’Ormesson : « L’écran, c’est ce qui fait écran. » Moins d’écran permet plus de présence à soi-même, aux autres, à Dieu. C’est unifiant.
Peut-on remplacer notre besoin d’écran par un besoin de Dieu ? Et cela suffirait-il à nous combler ?
L’intériorité de la prière, sans pollution mentale, est le point d’appui solide pour construire une belle vie. Dieu n’est pas une bouée de sauvetage. Il est « le chemin, la vérité, la vie » de notre accomplissement personnel. A chacun de répondre librement à l’appel de son amour infini, révélé en Jésus Christ, en lui offrant notre cœur et non notre cerveau disponible devant un écran. La présence de Dieu rassasie nos attentes les plus profondes.





