Nicolas Le Riche : Corps céleste

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Rencontre. Danseur-étoile, il brille au firmament de la création. L’artiste et chorégraphe Nicolas Le Riche dévoile un nouveau spectacle et esquisse un parallèle entre la danse et sa foi.

Propos recueillis par Magali Germain

C’est inhabituel de voir une étoile en plein jour. Au ras d’un studio où il danse et crée, Nicolas Le Riche se laisse interroger le plus naturellement du monde. Muscle tranquille et âme forte, tel est celui qui « bondit comme un tigre, vole comme un ange et atterrit comme un chat », selon le mot de Guillaume Gallienne à propos d’un des plus grands danseurs de l’Opéra de Paris.

À 42 ans, vous voilà tout jeune retraité…

Retraité, c’est un terme un peu générique ! Disons que mon contrat à l’Opéra est fini. Du coup, je travaille ailleurs.

Le théâtre des Champs-Élysées a accueilli votre atelier d’art chorégraphique.

Il y a une activité formidable dans ce théâtre. Saburo Teschigawara, Sylvie Guillem, de magnifiques artistes passent sans cesse… Avec Clairemarie Osta (sa femme, elle aussi danseuse étoile, ndlr), nous avons fondé là un atelier que nous avons appelé L’Atelier d’art chorégraphique pour permettre aux jeunes adultes à la recherche d’un contrat professionnel de trouver un compagnonnage dans l’atelier où nous continuons à créer et danser.

Dans « para-ll-èles », votre nouvelle création, de quoi est-il question ?

La danse n’est pas la parole. Un geste, s’il est évocateur, peut se lire à différents niveaux. C’est donc un voyage allégorique entre deux personnes, à travers des images poétiques, à la recherche des liens qui nous unissent dans l’espace qui nous sépare.

À l’âge de 7 ans, quand vous commenciez la danse, qu’aviez-vous en tête ?

J’ai toujours été étonné de la capacité de l’homme à savoir et à ne pas savoir. On exploite très peu sa capacité d’intuition. Je n’avais rien en tête à 7 ans. J’avais seulement vu des hommes faire de la danse. J’avais trouvé ça magnifique et ça m’avait plu. J’ai envie de le dire aussi simplement que ça.

Quel a été le fil rouge de votre carrière ?

Le plaisir de danser. L’échange et la création m’ont également mû et continuent de me travailler.

Entre carrière et foi, est-ce le grand écart ?

Un jour, avec Clairemarie, nous avons rencontré des paroissiens pour parler de la manière dont notre foi nourrissait ce que nous faisions. J’ai proposé au départ de remplacer le mot danse par le mot foi en proposant une transposition.

« Comme la danse, la prière permet de réunir… »

Parlez-nous du prince, un rôle que vous avez dansé dans Gisèle.

Gisèle est tout à la fois un ballet à la forme stricte et un chef-d’œuvre extravagant. Ces ballets romantiques peuplés de femmes cygnes, d’animaux extraordinaires, nous enseignent sur la difficulté de l’échange, de se comprendre, d’être trompé, de se tromper et de voir juste. Ils nous proposent un temps de réflexion, une errance peut-être, j’ai un peu l’impression que ce serait le désert, si vous voyez le parallèle… Dans Gisèle, le prince n’est pas un méchant garçon, il n’est pas là pour faire du mal à Gisèle. Il est juste propriétaire. C’est un prince. Il prend, un point c’est tout. Ce qui se passe après pour cette jeune fille, c’est autre chose. Ce faisant, il prend mal. Il brise. J’aime beaucoup la fin de Gisèle lorsqu’après le deuxième acte où Gisèle dit au prince qu’elle lui pardonne, qu’elle l’aime, elle le sauve. Elle lui ouvre les yeux. C’est intéressant de renvoyer ce prince-propriétaire au Nouveau Testament. Pourquoi nous y propose-t-on de tout abandonner pour continuer notre chemin ?

Est-ce votre histoire avec Clairemarie Osta, votre partenaire sur la scène et dans la vie ?

J’ai découvert l’amour avec Clairemarie. Et, par cet amour, la première idée de cette foi qui nous habite.

Comment en êtes-vous arrivé à demander le baptême à l’âge adulte ?

J’étais un peu une page vierge. Clairemarie avait une éducation religieuse plus élaborée que la mienne. J’ai aimé Clairemarie. Nous avons choisi de nous marier à l’Église. Au cours de notre parcours de préparation au mariage, il a été clair qu’on ne ferait pas tout en même temps. Mariage, baptême, chaque sacrement pose des questions. Après notre mariage, la vie professionnelle a pris le pas sur le temps libre. Un jour, une enfant ou plus exactement ses parents sont venus vers moi pour me demander d’être le parrain de leur petite fille. À nouveau la vie me rattrapait. Heureusement ces amis m’ont posé la question suffisamment à l’avance pour que j’aie le temps de me préparer au baptême et d’avoir un vrai cheminement.

Dieu est-il bon chorégraphe ?

Je vous propose de regarder l’homme et tout ce qu’il est capable de faire. C’est quand même une sacrée machine, l’homme. Je le trouve magnifique, l’homme.

Avez-vous la vénération du corps ?

Il y a une valeur qui m’apparaît, c’est l’humilité. Le corps est une machine extraordinaire, malgré tout, il est lui. On ne peut pas faire n’importe quoi avec. Tous les corps ne sont pas les mêmes. Il faut prendre le temps. Il faut apprendre à se connaître. Ça me fait penser aux fractales. À bien y regarder, on voit un tout puis en se rapprochant on voit un autre tout. À chaque fois un monde découvre un nouveau monde. Il est très bon chorégraphe, le Grand, là-haut…

Malgré un agenda serré, vous vous accordez le temps de lire l’Évangile selon saint Jean…

Je fais partie d’un groupe de lecture. C’est un moment privilégié, intime, extraordinaire. J’y tiens beaucoup. Effectivement ça prend du temps et ça met du temps. C’est de l’organisation.

Pour prier, vous échauffez-vous ?

Je dirais qu’il y a surtout besoin de pratique.

Au fond, la prière ?

Comme la danse, la prière permet de réunir. Toutes deux remettent du lien, remettent du contact.

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