Brigitte Fossey : Vivre et espérer

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Elle n’avait que 5 ans lors du tournage de Jeux Interdits, de René Clément. Brigitte Fossey ne savait pas alors qu’elle en ferait son métier. Au fil des ans, elle a joué dans Le Grand Meaulnes d’Albicocco, puis Lelouch, Blier, Truffaut, Pinoteau ont fait appel à elle. Ses interprétations dans La Boum et dans Le Château des Oliviers restent dans toutes les têtes. Elle prête aussi régulièrement sa voix pour des documentaires, des concerts-lectures et actuellement pour un film étonnant et poétique qui retrace l’histoire des enfants de Fatima. Une plongée vibrante dans la mémoire spirituelle de sœur Lucie.

Propos recueillis par Emmanuel Querry.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez été contactée pour doubler ce film ?

Je voulais le voir avant de m’engager et je l’ai trouvé très beau. J’ai appris des choses car je ne connaissais l’histoire de Fatima que par ouï-dire à travers des témoignages de ma grand-mère et ma grand-tante qui étaient très croyantes. Je ne savais pas que, lorsque les enfants ont vu pour la dernière fois la Sainte Vierge, elle a fait danser le soleil…

Êtes-vous déjà allée à Fatima ?

Non, malheureusement. Je n’ai pas fait beaucoup de pèlerinages à part celui de Chartres. J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie, parce que quand j’étais enfant j’ai joué Bernadette Soubirous et maintenant on me demande de raconter l’histoire de sœur Lucie. C’est chaque fois un très grand enrichissement. Mais je n’en fais pas une spécialité. Je ne fais pas que des rôles pieux !

Qu’est-ce qui vous frappe particulièrement dans l’histoire des enfants de Fatima ?

C’est surtout le courage de ces enfants qui ont tenu bon envers et contre tout alors qu’ils ont été mis en prison et menacés de torture. Il y a aussi les trois secrets qu’ils ont reçus et qui ont été donnés au pape, et qui étaient destinés à éviter la guerre par la prière. Et je trouve que ce film est d’une étonnante actualité au fond.

La prière est-elle pour vous un moyen de résister et d’évacuer ces peurs ?

La prière, c’est une affaire très personnelle. Je dois reconnaître qu’il y a des moments où je ne prie pas du tout. Mais la prière est une forme de liberté intérieure que personne ne peut vous enlever et qui est très importante. C’est une pratique qui permet une ouverture, c’est-à-dire que nous allons à la rencontre de l’Esprit de Dieu et nous disons : « Mon Dieu, c’est comme vous voulez. »

Que dire aux personnes qui ne sont pas croyantes et qui voient dans les récents événements la preuve que Dieu n’existe pas ?

J’ai connu un prêtre qui disait : « Dieu vous a donné le privilège de ne pas croire en Lui, remerciez-le. » Moi, je ne peux pas penser à un Dieu qui ne soit pas amour et liberté. En lisant l’Évangile, on peut apercevoir quelque chose de très mystérieux, comme une lumière qui se lève au ras de la terre. Et je conseillerais aussi aux non-croyants de lire Christian Bobin, parce que ses livres sont des livres de poète. Il fait un magnifique trait d’union entre la vérité spirituelle et la vérité tout court.

« Mon Dieu, s’il vous plaît, donnez-moi la paix du cœur, la paix pour les miens et la paix pour le monde.

Que la lumière de Noël puisse nous aider à retrouver la paix de l’âme. »

Selon vous y a-t-il un souffle de Noël qui permet de retrouver la sérénité ?

Le moment de Noël, c’est l’espérance, c’est la tendresse suprême. C’est aussi la possibilité par le renouveau de l’enfance de tout recommencer. Je suis très touchée par le fait qu’une philosophe comme Hannah Arendt, qui n’était pas croyante à ma connaissance, trouve qu’il n’y a rien de plus beau que la naissance de Jésus. Je suis aussi émerveillée par l’histoire des Rois Mages. C’est-à-dire que les religions asiatiques ont perçu dans le ciel son étoile et sont venues lui rendre hommage. J’y vois de la douceur et de l’amour.

Est-ce vos parents qui vous ont transmis cette foi ?

J’ai toujours pensé que l’Esprit était à l’œuvre dans le monde et qu’Il nous reliait les uns aux autres. Sans doute que ça m’a été transmis par mes parents, mes grands-parents. Et le Nord, le Pas-de-Calais étaient des régions avec une foi intense et une pratique très joyeuse. Les fêtes, les processions… il y avait une liesse de la foi, avec les pétales de rose qu’on lançait sur la statue de la Vierge. Avec ma tante, on jouait à la procession quand mes parents allaient au cinéma. On découpait les journaux et on se lançait des bouts de papiers. Quand ma mère rentrait elle était très contente ! (Rires.)

Votre meilleur souvenir d’actrice ?

Bizarrement, j’ai beaucoup aimé tourner dans un film pour la télévision qui s’appelait L’Affaire Caillaux. J’ai joué la femme de ce ministre des Finances des années 1914 qui a tué le directeur du Figaro parce que celui-ci cherchait à faire tomber son mari. De même, j’ai beaucoup aimé jouer dans Un Mauvais Fils, de Claude Sautet le rôle d’une droguée. Je me suis préparée six mois pour ce rôle et c’était une vraie composition. Ce qui est passionnant dans notre métier c’est cet acte de foi que l’on fait en se disant : « Ça pourrait être moi. Comment est-elle ? Quel est son passé ? » On pénètre dans les racines de l’arbre d’un personnage.

Quels sont vos vœux pour cette année 2016 ?

Que la lumière de Noël puisse nous aider à retrouver la paix de l’âme. À l’âge de 23 ans, je suis allée au mur des Lamentations et j’avais écrit sur le papier : « Mon Dieu, s’il vous plaît, donnez-moi la paix du cœur, la paix pour les miens et la paix pour le monde. » Je pense la même chose aujourd’hui, mais encore faut-il le formuler, le désirer.

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