LE PROCÈS DES TEMPLIERS, 2e PARTIE

by Alexandre Meyer

Fondé en 1129 et approuvé par le pape Innocent II dix ans plus tard, l’ordre du Temple deviendra l’ordre religieux militaire le plus puissant de son époque et le plus légendaire de toute la chrétienté. Après deux cents ans de conquêtes, de batailles et de sièges, l’ordre fut dissous en quelques mois, au terme d’un procès international et d’un concile œcuménique…

PAR ALEXANDRE MEYER

Illustration : La malédiction légendaire de Jacques de Molay, lancée du bûcher au roi qui le condamne à mort, inspira la célèbre saga des Rois maudits à Maurice Druon.

Après la chute de Saint-Jean-d’Acre en 1291, les États latins d’Orient disparaissent. 15 000 Templiers aguerris, entièrement dévoués au pape, rentrent en Occident. Philippe le Bel n’entend pas laisser l’ordre jouir de sa puissance impunément. Un bras de fer s’est engagé entre le roi de France et le pape concernant l’imposition des biens de l’Église situés dans son royaume. Le principe de prééminence du pouvoir spi- rituel sur le pouvoir temporel est en jeu. En 1307, les Templiers seront arrêtés par centaines, accusés d’hérésie, de pratiques obscènes, de profanations. Beaucoup avouent sous la torture.

Philippe se retranche derrière le Grand Inquisiteur de France, Guillaume de Paris, prêtant opportunément la force du bras séculier à la défense de la foi. Apprenant leur calvaire, le pape Clément V interrompt la procédure, juge l’ordre en concile à Vienne, dans le Dauphiné, en 1312 et fait

traduire les Templiers en procès diocésains. Tous clament leur innocence, reniant les aveux extorqués sous la torture. Philippe accourt à Vienne avec des hommes en armes, mais le pape ne se laisse pas impressionner. Inutile et dévoyé de sa mission originelle, l’ordre du Temple est aboli. La totalité de ses biens est dévolue à l’ordre des Hospitaliers (l’actuel ordre de Malte) ! Les Templiers sont absous par le pape lui-même et de nombreux évêques, leur innocence est largement prononcée et les chevaliers se voient attribuer une rente à vie et d’importantes indemnités en réparation du préjudice subi.

Le roi se venge sur les dignitaires de l’ordre restés entre ses mains. Clamant leur inno- cence, reniant leurs aveux, ils sont déclarés relaps (retombés dans l’hérésie) et remis au bras séculier. Jacques de Molay, maître de l’ordre, et son commandeur Geoffroy de Charnay périssent sur le bûcher le 18 mars 1314. Les paroles du maître en proie aux flammes sont restées célèbres : « Je vois ici mon jugement où mourir me convient librement ; Dieu sait qui a tort, qui a péché. Il va bientôt arriver malheur à ceux qui nous ont condamnés à tort : Dieu ven- gera notre mort. » Ils meurent tous deux en priant, le visage tourné vers la cathédrale Notre-Dame. Philippe le Bel meurt huit mois plus tard, à l’âge de 46 ans.

Retrouvez la 1ere partie de cette histoire ici : « Philippe le Bel contre les Templiers »

Vous aimerez aussi

Vous aimez lire

Renseignez votre adresse email ci-dessous
Vous recevrez ainsi chaque mois L’1visible gratuitement dans votre boîte mail

NON MERCI