Dispose-t-on de temps comme on dispose d’argent sur un compte en banque ? Pas sûr… « J’ai perdu mon temps », ou « j’ai accepté de donner de mon temps pour… » sont des phrases souvent entendues. Ce pronom possessif qu’on place en général devant le mot « temps » entraîne une certaine crispation.

Le père Ludovic Frère, auteur d’un Eloge spirituel de la patience (ed. Artège) y voit une explication très rationnelle : « on estime toujours que ce qu’on possède n’est pas suffisant, et que les autres risquent de nous le prendre, c’est dans la nature humaine. Dès lors, si on considère qu’il nous appartient, rien d’étonnant à ce que le temps nous rende si tendus. »

Lâcher quoi ?

Lutter contre cette tension liée au temps revient à lâcher prise. Ou plutôt lâcher ce qui nous crispe. C’est le moment de se demander « en quoi suis-je trop crispé, à quoi suis-je trop accroché, et qui m’empêche d’avoir les mains libres pour trouver un équilibre à ma vie ? »

« Quand on parle de donner son temps, on est dans la logique de propriétaire. Si on prend l’exemple du Christ, on voit qu’il ne donne pas son temps mais qu’il l’abandonne », note Ludovic Frère. Et de citer l’évangile de la Samaritaine, à qui Jésus consacre du temps alors qu’il est « épuisé ».

Tout le monde a fait l’expérience dans sa vie, d’un échange passionnant avec une personne à qui on n’avait justement pas prévu de consacrer du temps. Le prêtre conclut : « le comportement authentiquement libérateur à l’égard du temps, c’est d’accepter d’en perdre. » Et effectivement, abandonner son temps pour quelqu’un revient justement à gagner ce que cette personne peut nous apporter.

Cette paix en moi

Trouver, dans la vie de tous les jours, ce à quoi il est bon et bénéfique d’accorder du temps est difficile. Certaines questions existent pour aider à faire des choix : « est-ce que cela me fera grandir ? », « est-ce que cela me rendra plus humain ? » et « est-ce que cela me conduira au bonheur ? »

Et pour ne pas se poser trop de questions à tout instant, chacun peut simplement s’interroger sur sa place : « Avec un regard de foi, on peut se dire qu’on reçoit notre temps de Dieu. A cet égard, on doit l’utiliser pour faire ce qu’il attend de nous. Et généralement, quand on est là où Dieu nous attend, un sentiment de paix nous habite », explique le père Ludovic. Dès lors, chaque instant de notre vie peut être regardé à travers ce filtre. La file d’attente au supermarché ne devient plus un temps à « combler » sur son smartphone, mais un bon moment, à « habiter » d’une pensée pour un proche, d’une prière ou d’une rencontre imprévue.

« C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante », dit le Petit Prince. Le temps qu’on consacre à ceux qu’on aime définit l’importance qu’ils ont à nos yeux. « Combien de temps ai-je passé ce mois-ci chez ma mère, qui vit seule – et que j’aime ? » Et « combien de temps ai-je consacré à Dieu ? » Ces questions valent la peine d’être posées pour recentrer ses occupations et abandonner son temps à ce qui en vaut la peine. Heureusement, Dieu est patient !