Dans la galaxie des humoristes, Mehdi Djaadi fait figure d’ovni. Il se distingue par son honnêteté, et la façon qu’il a de se livrer devant son public, pour toucher les coeurs et sensibiliser à la puissance de la spiritualité.
Par Antoine Lemaire
Les lumières se rallument et les spectateurs applaudissent avec entrain. Certains se lèvent, bientôt suivis par le reste de la salle. L’artiste, seul sur la scène, remercie d’une main sur le cœur. Il a l’air ému et ses yeux brillent un peu.
Mehdi Djaadi possède cette étincelle de vie que l’on trouve chez certains artistes. De son attitude humble, de son regard pétillant, émane une sympathie vraie et sans filtre. Quand il parle là, sur scène, et qu’il fait rire le public, c’est « à cœur ouvert », sans secrets, sans tabous. Il est authentique.
C’est cela, la « patte » de Mehdi Djaadi. C’est cela aussi, la patte de « Couleur framboise », le seul-en-scène qu’il joue depuis un an à Paris, à La Scala, et qui fait salle comble à chaque représentation. Il y évoque ses questionnements, et raconte avec humour l’épreuve de la difficulté à avoir un enfant ainsi que l’importance de la foi dans les choix de vie importants.
Dieu a-t-il de l’humour ?
Les souffrances que l’humoriste traite sous le prisme de l’humour dans son spectacle, il a eu le temps de les vivre et d’en être éprouvé. « J’ai réalisé combien il était rare de célébrer la vie. Et j’ai voulu faire prendre conscience du miracle que c’est d’être en vie, et de pouvoir la donner », confie-t-il avec
enthousiasme.
Citant Bernanos, qui disait avec intelligence « je ne suis pas un artiste chrétien, mais un chrétien qui fait de l’art »,
Mehdi Djaadi confie qu’il essaye de parler de Dieu à travers « le bien, le beau et le vrai ». L’humour est pour lui un moyen qui sert le propos.
Dans « Couleur framboise », il navigue subtilement dans les enseignements de l’Islam (son ancienne religion, encore très présente chez lui) et du catholicisme, auquel il s’est converti. Il fait dialoguer les voix de sa conscience pour éclairer théologiquement les choix de sa vie, notamment sur l’utilisation, ou non, de la PMA (Procréation Médicalement Assistée).
A la question de savoir si Dieu a de l’humour, il répond avec certitude : « évidemment ! Il est toujours là où on ne l’attend pas. Pour agir comme ça, il faut beaucoup d’esprit… saint ! »
Quel meilleur sujet pour cette rubrique des « fêlés », qu’un artiste qui se livre sur scène et qui assume ses fragilités ?
« Le Christ a besoin de nos fêlures pour passer et rayonner. Par mon art, j’essaye humblement d’être ce témoin, ce disciple », ajoute-t-il.
Un manque de dopamine…
Nommé aux Molières en 2023 pour son premier seul-en-scène, « Coming out », où il racontait sa conversion, Mehdi Djaadi est un enfant du théâtre. Il aime ce rapport direct au public, avec lequel il a la sensation de vivre une expérience. Dans son spectacle actuel, il est sans pitié pour le « scroll » et les
réseaux sociaux, constatant avec cynisme que l’humanité passe sa vie « en manque de dopamine, à caresser une vitre ». D’ailleurs, il confie que le public, sûrement habitué aux expériences virtuelles, vient souvent le remercier pour les émotions vécues durant le spectacle : « les gens viennent parce qu’ils savent qu’ils pourront rire, pleurer et réfléchir. »
Le mot de la fin ? « L’amour sauvera le monde. Mais ça ne pourra pas se faire sans humour ! »
Retrouvez « Couleur framboise » : 10 dates du 29 oct. au 30 déc. 2026 à La Scala (Paris), et en tournée.





