A première vue, croire en Dieu semble être de l’ordre du ressenti personnel, alors pourquoi la religion catholique a-t-elle autant de dogmes et de règles ? Et que se passe-t-il si on refuse de s’y soumettre ? Eléments de réponse avec le père Gaël Jacob.
LE DÉBAT DE LILI SANS-GÊNE
Lili Sans-Gêne : Avant tout, mettons un peu de contexte : dogmes, préceptes, commandements… comment appelle t-on ce à quoi les cathos sont censés « obéir » pour vivre leur foi correctement ?
Il faut faire attention de ne pas confondre tous ces termes. Les dogmes sont du domaine de la foi : il
ne s’agit pas d’y obéir, mais d’y croire. Ce sont les vérités que Dieu nous a révélées et que nous devons accepter pour être sauvés. Les commandements et les préceptes relèvent, quant à eux, de l’action : faire
ceci, éviter cela. Il y en a qui viennent de Dieu, comme les fameux Dix Commandements, dictés à Moïse lors de l’Exode du peuple d’Égypte dans le désert.
Il y en a d’autres qui viennent de l’Église, comme l’ensemble des lois promulguées par le Pape, les conciles ou les évêques.
Il me semble étonnant de dire qu’être catholique passe par le fait de se rendre à la messe tous les
dimanches. Je peux croire sans aller à la messe, non ?
La foi ne se réduit pas à croire aux dogmes de l’Église. La foi est aussi, et d’abord, un attachement à la personne de Dieu. Elle s’accomplit dans l’amour de Dieu. Une amitié qui n’est pas nourrie par la rencontre des amis risque de mourir à petit feu. Il en est de même pour notre relation à Dieu :
si je ne la nourris pas par la rencontre personnelle avec Dieu dans la messe, c’est-à-dire en vivant aujourd’hui le sacrifice que Jésus a fait de sa vie pour me sauver, alors, même si je prie, même si je crois par l’intelligence, je vais m’éloigner de lui par le cœur et perdre la foi.
C’est cela que protège l’Église quand elle prescrit d’aller à la messe tous les dimanches.
D’accord pour la messe et la relation à Dieu, mais, pour les autres sacrements, ne peut-on pas ne pas les recevoir et être pourtant humainement bon et fidèle ? Quel est véritablement l’intérêt de ces règles ?
Le fait est que nous ne sentons pas l’effet des sacrements. Nous voyons les signes : des paroles, des gestes, du pain et du vin, de l’huile. Mais le fruit du sacrement, c’est-à-dire le pardon de mes péchés, le lien indissoluble entre des époux, ou encore le renforcement de mon âme par l’Esprit Saint, cela, je ne le ressens pas.
La raison en est simple : ce fruit est spirituel et non matériel. Or mes sens ne sont faits que pour percevoir ce qui est matériel. Par conséquent, je n’ai pas conscience de l’importance des sacrements pour ma vie. J’ai donc tendance à en diminuer la valeur et à croire que je peux m’en passer. Pourtant, ils sont nécessaires à ma vie chrétienne, qui me prépare à entrer au ciel. Puisque l’Église désire au plus haut point que je sois sauvé, elle me prescrit de recevoir ces sacrements.
Reconnaissez qu’observer tous les préceptes de la religion est quand même super contraignant au quotidien…
C’est vrai. En même temps, nous sommes tous dans la même situation : nous sommes tous tenus aux mêmes règles, parce que nous avons tous besoin d’être sauvés. Nous formons, en effet, un seul peuple : le Peuple de Dieu. Dieu n’a pas choisi de nous sauver individuellement, mais ensemble, en faisant de nous son peuple, qu’on appelle l’Église. Or tous les peuples ont besoin de lois qui déterminent ce qu’ils sont et comment vivre ensemble.
Le droit de l’Église est le droit du Peuple de Dieu. Il s’articule autour de deux principes : la liberté des enfants de Dieu et le salut des âmes. Le premier principe tend à imposer le moins de règles possible, tandis que le second demande de montrer le chemin vers Dieu et donc d’établir des passages obligés et des limites à ne pas franchir.
Puis-je me dire catholique si je ne suis pas d’accord avec l’Église, sur des sujets de société notamment ?
L’Église est consciente que sa parole porte sur des sujets de natures différentes. Tout ce qu’elle enseigne n’est pas un dogme, qui demande l’assentiment de ma foi. Certains enseignements, notamment
sur les questions sociales, requièrent une forme plus simple d’adhésion : « la soumission religieuse de l’intelligence et de la volonté » (can. 752).
Cela consiste en une forme d’humilité : je me laisse instruire par l’Église, qui est inspirée par l’Esprit Saint. Je suis peut-être enclin à penser autrement, mais j’accepte et j’essaie de suivre son enseignement, parce que je reconnais que Dieu lui a donné une mission qui me dépasse, et que ce qu’elle enseigne découle de la foi.
Le Père Gaël Jacob a étudié le droit canonique à l’université Grégorienne à Rome. Il est vicaire de la paroisse Saint-Symphorien de Versailles et vice-chancelier du diocèse de Versailles.





