« Je n’ai pas réussi à dire non… j’aurais dû… » La culpabilité est souvent pesante, oppressante. La plupart du temps vécue comme un tourment qui enferme sur soi, elle peut pourtant devenir un point de départ pour changer et regarder vers l’avenir. Jean-Christophe Arlet, psychologue clinicien, donne quelques pistes pour sortir de ces spirales négatives.
Propos recueillis par Anne-Laure COLIN
Comment définiriez-vous la culpabilité ?
La culpabilité a d’abord une dimension objective, c’est l’état de quelqu’un qui a commis une faute. C’est important de préciser qu’elle ne définit pas la personne, mais renvoie à quelque chose de précis, lié à une règle ou à la distinction entre le bien et le mal. Elle a aussi une dimension subjective, c’est un ressenti fait d’émotions et de pensées, influencé par l’histoire et les blessures de chacun. Deux personnes peuvent donc vivre différemment une même faute. Il faut aussi ajouter que la culpabilité est une souffrance, un tourment qui revient souvent. Mais idéalement, ce n’est qu’une étape : elle ne doit pas être une fin en soi !
D’où vient le sentiment de la culpabilité ? Faut-il plutôt choisir d’oublier ?
Ce ressenti vient de notre nature et de notre lien à Dieu : nous sommes créés avec une conscience, à son image. Cette conscience nous permet de distinguer le bien du mal et de ressentir ce qui est bon ou non, contrairement aux animaux. Mais la culpabilité vient aussi de nos blessures. Elle a une dimension négative, car elle nous recentre sur nous-mêmes et nous fait nous inquiéter pour nous. La culpabilité ne se manifeste pas forcément de la même manière. Il ne faut pas la diaboliser au sens où c’est une réalité et qu’on est parfois coupable de faire des choses de travers !
Il y a une saine et une mauvaise culpabilité. La mauvaise culpabilité, c’est celle qui nous enferme. La bonne culpabilité est celle qui est rationnelle et qui nous invite à assumer ce qu’on a fait ! Si on ne fait pas face à cette réalité, si on la disqualifie parce qu’elle est désagréable, forcément on se trompe de chemin, on ne peut pas réagir et donc on ne peut pas s’en libérer véritablement.
Par contre, là où elle peut faire le jeu du mal, c’est quand on la laisse nous accabler, quand on se juge de manière implacable, totale, à cause de nos fautes.
Est-ce qu’il faut nécessairement avoir commis une faute pour se sentir coupable ?
La logique rationnelle dirait oui, mais l’expérience humaine montre bien que non. On peut se sentir coupable même quand on ne l’est pas véritablement. Là encore, c’est à considérer en fonction des traumatismes de chacun. En avançant dans le temps, certaines personnes n’arrivent pas à faire autrement qu’à s’attribuer la faute à elles-mêmes. C’est un peu le cas des gens qui ne savent pas dire non, et qui vont toujours dire oui ! Le fait de dire ce « non » va les culpabiliser. C’est intéressant comme exemple, parce que l’idéal en fait, c’est de pouvoir agir librement et par amour. Ces gens vont dire oui, mais pas vraiment par joie, plutôt par peur de se sentir coupables, d’être mal aimés, ou rejetés. Il y a souvent un manque de confiance en soi. On a peur, en fait, de se confronter à ce qu’on va vivre si on dit non.
Avez-vous des conseils pour sortir de la culpabilité ?
Dans mon livre, j’explique qu’il y a quatre étapes. La première étape, c’est de trouver un objet concret à l’accusation. « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? » Une fois que j’ai trouvé précisément de quoi je m’accuse, il faut que je puisse effectivement me dire « oui, c’est mal », et ce n’est pas si simple non plus. Surtout quand l’accusation vient d’autrui. Peut-être que l’autre est susceptible, de mauvaise humeur ou avec d’autres attentes, et qu’il vient m’accuser de quelque chose qui en fait n’est pas un mal.
Si on peut traverser ces deux étapes, alors la troisième, c’est de réagir pour un bien. Poser un acte et réagir en faisant une action positive, une chose qui a du sens pour nous. Alors là, que de possibilités ! Chacun pourra trouver ce qu’il veut, mais le mieux c’est d’aller au plus simple, même si ça peut demander du courage.
Une autre étape qui peut être importante, c’est de ne pas revenir dessus… sauf si ça sert un bien. C’est-à-dire que parfois, alors qu’on a réagi à notre culpabilité comme il faut, certaines personnes sont assaillies de scrupules qui reviennent à la charge. Et là attention de ne pas ressasser de manière stérile ce qu’on a fait de mal, si on y a déjà répondu de notre mieux !
Le sacrement de réconciliation peut-il être une réponse concrète à la culpabilité ?
D’abord, je vous invite à remarquer que les quatre étapes dont j’ai parlé, on les retrouve dans le sacrement de la réconciliation ! La confession peut être une réponse concrète à la culpabilité, car on y retrouve une démarche cohérente : reconnaître ce qu’on a fait de mal, l’assumer et décider de changer pour faire le bien. Il se vit aussi en relation avec Dieu, ce qui est essentiel. La culpabilité seule nous enferme sur nous-mêmes, alors que la confession nous aide à nous en détourner. On comprend qu’on a blessé l’amour, et cela permet de se tourner vers Dieu plutôt que de se juger soi-même. L’important n’est plus de s’inquiéter pour soi, mais de restaurer l’amour et de s’en rapprocher davantage !





