LE CARÊME ÇA VAUT LA PEINE ?

11 mars 2026

N162 Xavier Goulard

Il arrive de garder de la rancune contre quelqu’un, et souvent cette rancune est légitime. Mais la maintenir au fond de soi et vivre avec n’est jamais confortable et empêche d’avancer. Le pardon est nécessaire, il est même salvateur. Xavier Goulard, auteur de La méthode simple pour commencer à pardonner nous explique pourquoi.

LE DÉBAT ENTRE XAVIER GOULARD ET LILI SANS-GÊNE

Lili Sans-Gêne : Pardonner… parfois on a envie de le faire mais, souvent, on ne veut pas en entendre parler. Pourquoi est-ce que cela nous tient tant aux tripes ?

Chrétien ou pas, nous avons l’intuition que, sans pardon, tout ne serait que chaos. Il y a une force innée en nous qui nous pousse au bonheur. Et dans ce désir, même s’il est parfois entaché de nos propres manquements et de nos fragilités, nous aspirons à pardonner, pour notre propre bien-être et pour l’équilibre général. Mais il arrive que nos souffrances supplantent notre désir de pardonner. Alors nous préférons rejeter l’idée du pardon tant que nous ne sommes pas en paix. Et l’un des éléments qui nous fait rejeter le pardon, c’est le besoin de réparation. Hélas elle n’est pas toujours possible.

Les gens qui me disent « tu ferais mieux d’aller lui pardonner », ça m’insupporte. C’est normal ou c’est juste moi qui suis braquée ?

Je m’autorise un peu de fermeté ! L’injonction à pardonner, c’est de l’abus spirituel. C’est le déni humiliant de la blessure profonde de la victime qui ne peut pas pardonner. C’est un manque d’amour cruel et culpabilisant. C’est donc ajouter une douleur à la souffrance initiale. Le pardon n’est pas uniquement une question de volonté personnelle. « Aimer ses ennemis » comme le demande le Christ, ou bien « pardonner 70 fois 7 fois », ne peut se faire sans la grâce de Dieu. Et parfois le pardon ne peut pas se faire tant le psychisme, le cœur et l’esprit de la victime ont été gravement atteints. Alors aimons de toutes nos forces et soutenons celui qui n’arrive pas à pardonner. L’injonction n’y fera rien, la capacité à pardonner nous est aussi donnée par capillarité grâce à ceux qui savent nous aimer. L’amour soigne, guérit et peut engendrer le fruit du pardon.

L’Église dit qu’on a pardonné quand on arrive à considérer un événement comme  » non avenu « , c’est un peu ambitieux je trouve…

Définition du dictionnaire : non avenu : qui n’a pas existé. Allez dire à quelqu’un qui a été profondément blessé, qui aura peut-être des séquelles : « il serait temps d’oublier, fais comme si ça n’avait pas existé ! »

Avec le temps, un travail thérapeutique et la grâce de Dieu, alors oui, peut-être pourrons-nous considérer la faute comme « non-avenue » en tant que faute faisant perdurer une souffrance initiale. Considérer la faute comme non avenue, c’est considérer que, qu’elle ait existé ou pas, il n’y a plus de conséquence douloureuse. On pourra alors se rappeler l’événement en faisant le constat, après ce travail et la grâce de Dieu, que les conséquences de l’acte ont été soignées et peut-être guéries. Mais si l’on considère l’expression « non-avenue » comme un reset de la mémoire, un oubli volontaire, on risque le déni. Et le déni, à terme, est dangereux et mortifère.

Vous dites qu’il faut haïr car ça fait du bien, mais pas longtemps… pourquoi ?

Consentir à ses émotions, à ses sentiments, fussent-ils ainsi négatifs, est l’expression d’une réaction de bonne santé vis-à-vis d’une agression ! Ne pas ressentir de colère ou de haine à la suite d’un événement traumatique, est le signe d’une psychologie déficiente. De plus ce sentiment fort est le signe que l’on se distingue de l’agresseur ou de l’agression en elle-même. Haïr, c’est prendre conscience que je ne me reconnais pas dans l’acte que j’ai subi, ni dans celui qui l’a commis ; c’est reconnaître, dans cette prise de distance, qu’il a atteint mon intégrité. C’est non seulement signe d’une bonne santé psychique mais aussi spirituelle. Cette première réaction n’est pas à ruminer, bien sûr, mais à consentir un temps puis à considérer comme une occasion de se soigner humainement, et spirituellement.

Parfois, je culpabilise parce que justement, je n’arrive pas à pardonner… c’est normal ça ?

Oui… mais attention ! Se rendre coupable de ne pas savoir pardonner est paralysant et stérile ! La culpabilité ne doit pas alourdir la peine initiale. En revanche, prendre conscience que j’ai une responsabilité dans le fait d’emprunter un chemin pour apprendre à pardonner, oui !

Chez les cathos, la confession c’est pour tout le monde ou bien uniquement ceux qui ont quelque chose à se faire pardonner ?

Je préfère parler du sacrement de réconciliation. Comme ce mot est doux à l’esprit et au cœur. Il s’agit de se réconcilier avec soi, avec Dieu, avant de chercher à se réconcilier avec les autres. Je remets en Dieu, aux pieds du Christ, par l’intercession du prêtre, toutes mes incapacités, mes propres fautes bien sûr, mais aussi mes limites, mes fragilités et en particulier ma difficulté à pardonner. On peut alors dire : « Seigneur, […] je reconnais que sans toi je ne peux rien faire » (Evangile de Jean, chapitre 15,5).

FAIRE UN PAS DE PLUS

avec Découvrir Dieu

Posez-nous toutes vos questions de foi. Des personnes se tiennent disponibles pour dialoguer avec vous.

Vous souhaitez échanger avec un chrétien ou confier une intention de prière.

Trouvez une église dans votre région ou votre ville.

recevez un encouragement par semaine avec souffle

Souffle est une newsletter proposée par découvrir dieu

Vous aimez lire

Renseignez votre adresse email ci-dessous
Vous recevrez ainsi chaque mois L’1visible gratuitement dans votre boîte mail