En France, fin octobre et début novembre, citrouilles et squelettes sont de sortie. La fête des défunts passe, discrète, le 2 novembre. C’est une autre affaire au Mexique avec le Dia de Muertos, ou « Jour des Morts». Du 31 octobre au 2 novembre, cette fête intrigante, joyeuse et colorée permet de prendre soin de nos proches décédés.
PAR AUGUSTE CHAPELIER
« Une personne est vraiment morte quand on l’a oubliée.» En attendant, elle continue de vivre dans notre cœur, nos souvenirs et la manière dont on voit le monde autour de soi. Elle est là et n’attend que de se rappeler à nous. Le peuple mexicain l’a bien compris. C’est pour faire vivre le souvenir de ces défunts qui lui sont chers qu’il célèbre ce « Jour des Morts», début novembre de chaque année.
Le cinéma en a donné une image assez poétique, avec notamment le dessin animé Coco, ou l’ouverture de Spectre, de la saga James Bond. Mais derrière toutes ces couleurs, ces costumes curieux aux dessins de squelettes et ces airs de rituels hérités des populations aztèques, le Dia de Muertos est une fête profonde et spirituelle, dont le sens est cher aux habitants des pays d’Amérique centrale. Comme son nom l’indique, c’est la journée consacrée aux défunts, qu’on honore en dressant des autels garnis de mets qu’ils appréciaient durant leur vie et d’offrandes spécifiques. Pour Nadia Vega Diaz, mère de famille mexicaine qui vit en France depuis 25 ans, c’est l’occasion de faire comprendre à ses enfants que « la mort est une chose avec laquelle ils vont vivre » et que « ce n’est pas parce qu’une personne qui nous est chère est morte qu’on l’oublie pour autant. »
Des autels en mémoire
Si le Dia de Muertos est célébré par la quasi-totalité des Mexicains, c’est sans doute parce qu’il s’agit d’une fête pleine de symboles et de sens. Les autels sont décorés différemment selon les familles, les milieux et les défunts qu’on choisit d’honorer. Mais certains éléments reviennent à chaque fois. Nadia Vega Diaz détaille le contenu des « altares » : « on dispose d’abord les mets que les défunts appréciaient de leur vivant. Ces mets doivent être fumants pour être reçus. On ajoute du sel, qui sert à la purification, et de l’eau.» Ensuite, c’est un florilège : du papier coloré ou papel picado, des fleurs de Cempasùchil (une fleur Jaune orangé utilisée depuis toujours pour l’occasion), des bougies … « On fait aussi une brioche bombée parfumée à la fleur d’oranger, le ‘pan de muertos’ qui est censé rappeler les ossements des défunts » ajoute-t-elle. Parfois, les familles choisissent d’ajouter des petites têtes de mort en chocolat, ou en sucre, qui peuvent ensuite être mangées.
On se souvient et on prie
Au Jour du Dia de Muertos, les Mexicains vont à la messe puis au cimetière, afin de prier pour le repos de l’âme de leurs proches décédés. « Je suis heureuse et fière de montrer ça à mes enfants » souligne la mère de famille. « La culture mexicaine tend à toujours rire des tragédies. Donc paradoxalement, la fête des morts met tout le monde en grande joie », s’amuse Nadia Vega Diaz. Et la Toussaint alors ? Fête de tous les saints, elle est fêtée le 1er novembre chez les chrétiens : « différente, mais également fêtée au Mexique », souligne Nadia.





