Y a-t-il une méthode pour croire ?

by administrator

Débat. De nombreuses personnes se déclarent trop « cartésiennes », ou « rationnelles » pour croire en Dieu et ne se posent pas la question de sa potentielle existence. Croire a-t-il un intérêt ? Dieu peut-il se découvrir ?

Débat entre Lili Sans-Gêne et Pierre Durieux.

Je ne vois pas trop l’intérêt de savoir si Dieu existe… Ce qui compte, c’est de vivre ma vie à fond et de faire le bien autant que je peux.

En fait, de la foi dépend le reste d’une vie. Ne crois-tu pas qu’il est très différent en effet de savoir si tu es le fruit du hasard posé sur cette minuscule planète dans ce gigantesque univers pour quelques instants ou si ta vie a une dimension éternelle ? Qu’il est très différent d’envisager ton voyage pour cent années ou pour l’éternité ? Qu’il est très différent d’avoir le néant pour compagnon… ou Dieu ? La destination est première en toute chose, au sens où elle détermine les étapes, l’esprit, les conditions du chemin.

D’accord, mais personne ne peut savoir le vrai sens de la vie de toute façon, donc autant ne pas se prendre la tête !

Le grand problème de l’homme contemporain n’est pas qu’il ignore la destination (qui le lui reprocherait ?) : c’est plutôt qu’il se refuse à considérer cette question comme première. On croirait qu’il se refuse volontairement à creuser, à chercher… Il est dans le train depuis dix, cinquante ou cent ans, sidéré ou attristé par le paysage, mais comme incapable de demander à son voisin : « En fait, on va où ? » Il est très fort pour occuper son trajet, se nourrir, se divertir, être en règle… Mais comme incapable de s’intéresser au train lui-même et surtout… à la descente du train. Toutes nos relations sont-elles vouées à disparaître ? Quel est le but des liens que nous nouons ? Ces liens sont-ils temporaires ou durables ? Y a-t-il au terminus quelqu’un qui nous attend ou sommes-nous les ultimes voyageurs de la dernière correspondance avant le précipice ?

Franchement, je ne vois pas ce que cela m’apporterait de plus de croire en ce Dieu.

Il ne s’agit pas d’abord d’intérêt, mais de bonheur. Celui de comprendre son origine et sa destinée. Celui de se savoir désiré de toute éternité, aimé des pieds à la tête, par-dessus tout, quel que soit son sentiment d’indignité. Celui aussi de savoir que malgré les difficultés, nous ne sommes pas seuls : « Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps », a promis Jésus (Mt 28, 20). C’est enfin le bonheur de grandir dans l’amitié avec Dieu. L’Amour ne nous rendra pas heureux demain. Je veux dire : pas seulement demain, mais tout de suite. « Heureux » est probablement l’un des mots qui reviennent le plus régulièrement dans la bouche du Christ. Le bonheur est là, tout proche. L’éternité commence maintenant.

Tu parles de bonheur ! Avec l’Église on n’a rien le droit de faire !

Jésus nous dit que l’une des premières causes de refus de la foi est notre crainte de nous convertir pour de bon : « Quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises » (Jn 3, 16). En fait, nous tremblons à l’idée de quitter nos vieilles habitudes, nos mauvais penchants… Il faut pourtant le dire : il y a des arrachements terribles qui sont aussi des caresses intérieures et des libérations profondes. « Le Christ ne prend rien. Il donne tout ! » disait le pape Benoît XVI. Jésus n’est pas venu pour nous juger mais nous sauver. Si Dieu veut notre bonheur, pourquoi avoir peur ?

Si votre Dieu existait, il se serait manifesté, depuis le temps !

Existe-t-il des éléments objectifs qui permettent d’affirmer que Dieu est venu nous voir ? Ma conviction c’est que Dieu est venu nous dire le moyen d’entrer dans son Royaume. Oui, je crois vraiment que les clefs du Royaume sont sous le paillasson, c’est-à-dire cachées, mais pas bien loin. Et si Dieu existe, mon pari à moi, c’est qu’il a envie d’entrer en relation avec nous, qu’il nous parle, se manifeste, et vient nous rejoindre. Mais pourquoi ne le fait-il pas avec force, avec évidence ? Pourquoi cette discrétion ? Voire ce silence ? Dieu ne peut venir nous rencontrer que de façon délicate. Se dévoiler suffisamment pour nous donner des indices de son existence. Se cacher suffisamment pour nous laisser libres. Sa toute-puissance ne peut se présenter qu’en toute discrétion. Dieu est comparable à un amoureux fou, terriblement désireux de l’humanité, de sa réponse d’amour. Il ne veut pas que cette union soit forcée. Alors il se dévoile et se cache, attendant que sa fiancée le cherche, le désire, l’aime…

Il n’a qu’à nous parler, ce sera déjà plus facile pour le connaître !

Mais justement, Dieu a parlé à l’humanité tout entière, donc à toi. Ses paroles sont à ta disposition. Probablement même dans ta bibliothèque. Mais probablement aussi, ce livre est fermé depuis des années… Tu veux qu’il te parle ? Ouvre la Bible et prie ! Plus je prie, plus je découvre le projet de Dieu, plus je mesure les efforts de Dieu pour se dévoiler à nous, dans cette discrétion qu’il s’impose, mais dans une clarté croissante. De prière en prière, j’entends quelqu’un qui me parle. De parole en parole, je suis en présence de quelqu’un que je ne vois pas, mais qui me regarde avec amour. La prière est le lieu de la confirmation de la foi : elle est le lieu d’un échange avec Dieu. Ainsi, c’est dans la parole de Dieu même que se trouve la justification de son existence. Chaque verset de l’Évangile est, à sa façon, une porte d’entrée pour découvrir l’ensemble du projet d’amour de Dieu pour nous.

La Bible c’est bien gentil, mais il aurait pu se montrer un peu plus le Big Boss !

Le problème tu vois, c’est qu’en se montrant plus, Dieu serait devenu évident. Et en se montrant moins, il serait devenu introuvable. Si Dieu avait modifié son altitude de quelques pieds, si l’on peut dire, il aurait remis en cause tout l’équilibre de notre liberté, nous contraignant alors à vivre en sa présence ou en son absence. Tout bien pesé, Dieu est à bonne altitude. Il nous faut donc choisir. Il nous faut nous positionner positionner dans une relative pénombre, qui nous oblige à habituer nos yeux. Nous verrons alors que « ce n’est pas la lumière qui manque à notre regard, c’est notre regard qui manque à la lumière » (Gustave Thibon). Encore faut-il regarder dans la bonne direction. « Dieu ne se cache pas à ceux qui le cherchent d’un cœur sincère, bien qu’ils le fassent à tâtons, de manière imprécise et diffuse », dit le pape François. Dieu ne se révèle pas aux yeux des masses, mais à l’oreille d’un cœur. La foi consiste à croire que Dieu a voulu prendre le parti de l’homme. Pour le conquérir. Un cœur à la foi(s).

Moi, quand j’aime quelqu’un, j’ai besoin de sentir sa présence physique. Je ne me contente pas de lettres d’amour !

C’est parce qu’il sait cela qu’à chaque page de l’Évangile, Jésus nous explique, d’une façon ou d’une autre, comment il reste avec nous, chaque jour, jusqu’à la fin des temps. Toutes les fois où nous sommes deux ou trois réunis en son Nom, il est là, dit-il, au milieu de nous (Mt 18, 20). Toutes les fois où nous faisons quelque chose « à l’un de ces petits qui sont (ses) frères », c’est à lui, dit-il, que nous l’avons fait (Mt 25, 40). Toutes les fois où nous revivons la Cène en mémoire de lui, c’est, dit-il, vraiment son corps et son sang que nous partageons. Toutes les fois où nous rencontrons quelqu’un qui fait la volonté de Dieu, nous rencontrons, dit-il, sa mère, son frère ou sa sœur. Toutes les fois où nous allons dans notre chambre pour prier et où nous fermons la porte, nous accédons, dit-il, au Père du Ciel. Toutes les fois où nous pressentons un mouvement d’amour, si petit soit-il, toutes les fois où nous nous immergeons dans les profondeurs de notre cœur, de notre âme… c’est lui qui est là présent.

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