Sexualité, l’amour, le vrai

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Couple. La vie sexuelle d’un couple est l’expression de son amour. Comment faire des unions sexuelles des moments de plaisir partagé ancré dans un vrai amour ? 

Les explications de Sophie Lutz.

La tendresse est nécessaire à l’union sexuelle pour faire fondre les soucis, lever les incompréhensions et favoriser l’abandon des corps. La tendresse nourrit l’amour, lui permet de s’exprimer, le rend concret. Elle lui confère de la douceur et supplée à la passion qui connaît des hauts et des bas. Elle aide à vivre les moments de continence. La tendresse entre époux n’est pas un maternage. Elle a la fermeté qui s’accorde avec un amour mature d’adulte, qui élève l’autre. Ce n’est pas de la cajolerie étouffante, c’est l’assurance offerte à mon conjoint qu’il est important, intéressant, unique.

Faut-il chercher le plaisir ?

En matière d’amour, la logique utilitaire semble grossière, caricaturale, facile à débusquer. Pourtant, l’expérience du plaisir sexuel conduit quasi irrésistiblement vers une pente utilitariste. Dans la recherche du plaisir, il est difficile de ne pas – presque inconsciemment – glisser vers une manière d’agir où l’autre devient le moyen d’atteindre mon plaisir. La jouissance prend alors le pas sur l’amour et j’en viens à me servir de mon conjoint, que j’aime pourtant sincèrement. Ce glissement est subtil et inéluctable. Croire qu’on peut prévoir, calculer, régler le plaisir est la première illusion de l’utilitarisme. En effet, le plaisir est insaisissable, voire capricieux. Notre corps ne fonctionne pas comme un automate. L’intensité du plaisir, doux ou fort, est nuancée et imprévisible. La vision utilitariste du plaisir est donc un leurre : comment en effet prétendre utiliser ce qui ne se laisse pas maîtriser ? Le plaisir se reçoit plus qu’il ne se provoque. Croire qu’on peut utiliser le plaisir sexuel dans un esprit altruiste est un deuxième leurre. Vouloir provoquer un maximum de plaisir pour soi-même et pour l’autre dans une recherche conjointe, c’est en réalité justifier la masturbation à deux. Cet altruisme est en fait un égoïsme qui ne dit pas son nom, puisque le plaisir est le premier but recherché. Or le plaisir vient couronner l’union, et non l’inverse. Se considérer soi-même comme un moyen est la troisième erreur de la vision utilitariste. J’instrumentalise mon propre corps pour qu’il réalise ce que je veux : me procurer un maximum de plaisir.

L’orgasme féminin

L’orgasme féminin est très différent de l’orgasme masculin dans son déclenchement. Chez l’homme, il est réflexe – mais c’est un réflexe qui peut s’éduquer. Pour une femme, l’orgasme est une expérience qui s’apprivoise ou qui s’installe progressivement. Au tout début de la vie à deux, la femme apprend à découvrir et à reconnaître dans les sensations de plaisir celle qui est plus intense. Cela peut prendre des semaines, des mois. Les couples sont peu préparés à l’idée qu’il faut du temps, beaucoup de temps, pour apprendre à coordonner une union (et que cela est normal). J’ai entendu un homme marié depuis plus de vingt ans affirmer : « Il faut dix ans. » Cela ne veut pas dire que le temps d’apprentissage n’est pas joyeux, cela veut dire que l’intimité du couple se construit sur le long terme et ne cesse d’évoluer. C’est la raison pour laquelle on entend des couples plus anciens s’exclamer : « C’est tellement mieux maintenant ! » Les raisons de ce temps long ne sont pas uniquement physiques, car c’est la connaissance mutuelle à tous les niveaux qui améliore la qualité de l’acte sexuel.

Nudité

La sexualité, contrairement à ce que peut suggérer la nudité, ne révèle pas toute la personne. Le corps lui-même n’est pas transparent, il n’est pas un livre ouvert. La transparence en amour est un mythe. Dans l’acte sexuel, l’échange et le don ont beau être intenses, l’intimité a beau être radicale, chacun vit une expérience intérieure qui ne sera connue de l’autre que si elle est communiquée, exprimée.

Le quotidien

L’union sexuelle peut être un merci, un acte de gratitude. Elle peut être un encouragement ou un refuge pour un conjoint déstabilisé. Elle peut être le signe d’un pardon donné, une respiration dans un agenda trop rempli, un moment de fête pour une joie à célébrer, une fantaisie légère sans raison particulière, une réparation après des émotions difficiles, une victoire sur un souci, ou même une étreinte toute simple, satisfaisante parce que routinière.

Propos recueillis par Émilie Pourbaix

Pour aller plus loin :

Donne-moi des baisers de ta bouche – Balade en couple dans le jardin de la sexualité, Sophie Lutz, Éd. Emmanuel, 2016

Ne gâchez pas votre plaisir, il est sacré, Olivier Florant, Presses de la Renaissance, 2006

4 Clés pour une vie sexuelle épanouie

1 Se donner et non se prêter.

Donner son corps dans une relation sexuelle implique toute la personne, pas seulement le corps. La donation sexuelle implique un engagement total, exclusif et définitif de soi, sans quoi il n’est pas un don et se renie lui-même. Un don ne se reprend pas. L’homme et la femme ne peuvent se « prêter » sexuellement sans trahir ce qu’ils sont profondément.

2 Satisfaction sexuelle.

La satisfaction sexuelle ne naît pas de la multiplication des positions mais de l’entente entre les époux. La lassitude ne vient pas de la répétition des mêmes gestes, mais de la perte d’intérêt pour l’autre, de l’arrêt du travail que le couple ne doit cesser de mener pour progresser dans la relation. L’amour est dynamique, sinon il meurt. Il nécessite une adaptation mutuelle qui demande de la recherche, de la patience, des essais et des erreurs.

3 Parler.

N’importe quelle conversation entre les époux, au cours de laquelle l’échange est profond, que ce soit sentimentalement, intellectuellement ou spirituellement, prépare un échange sensuel de qualité pour la femme. Il lui donne la certitude que les gestes posés par son mari sont motivés par l’amour de toute sa personne, et non par le seul appétit sexuel.

4 Fuir la pornographie.

La consommation de pornographie, même modérée, même partagée avec le conjoint, est dangereuse pour la santé du couple et ne laisse pas indemne. La pornographie n’est pas une information utile, vraie ni bonne sur la sexualité, le plaisir et le désir. Tout y est faux. On n’y apprend rien. On n’y trouve aucune aide d’aucune sorte sur une aucune difficulté réelle. La pornographie ne peut pas résoudre les pannes de désir qu’un couple peut rencontrer. Elle ne permet pas de surmonter les blocages. Elle ne favorise pas l’estime de soi ni la découverte de l’autre. Elle est anti-érotique et méconnaît le sexe, justement parce qu’elle le scrute de trop près. Elle est anti-relationnelle parce qu’elle ne connaît aucune limite, elle fait disparaître visages, sourires et caresses. Elle bafoue le plaisir en le réduisant à un mécanisme.

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