S’épanouir malgré les blessures

by Hélène Bordes

Le développement de l’être humain ne s’arrête pas avec l’enfance mais se construit. Voici les dix étapes, de la vie intra-utérine jusqu’au seuil de l’éternité.

Par Alain Ransay – propos recueillis par Emilie Pourbaix

ÉTAPE 1
La période intra-utérine : le choix de la vie ou de la mort. L’enfant absorbe tout de sa mère, comme une éponge. Il a ce qu’on peut appeler « une conscience d’amour » : la capacité de se savoir aimé et désiré ou, au contraire, de comprendre qu’il ne l’est pas. C’est comme si l’enfant, ressentant dans le sein maternel qu’il n’est pas désiré, faisait un choix de mort. Ces personnes ont à vivre avec le pénible sentiment d’être de trop sur la terre et donc de ne pas y avoir leur place.
ÉTAPE 2
De la naissance à 18 mois : le nourrisson ou l’âge de la confiance. Pour le bébé, être pris dans les bras et caressé c’est une question de vie ou de mort. La confiance est indispensable pour pouvoir habiter ce monde de manière heureuse. Le bon toucher, expression de l’amour, crée le sentiment de confiance. Son absence à ce stade entraîne un vide et des blessures que seul un amour plus grand aura le pouvoir de combler et de guérir.
ÉTAPE 3
De 18 mois à 3 ans : l’autonomie ou la honte et le doute. Notre nature humaine affirme que nous sommes faits pour être autonomes et libres. Cela se manifeste de façon encore maladroite chez l’enfant qui s’oppose presque à toutes les volontés qui lui font face. Si cette autonomie n’est pas en place parce que cette étape a été court-circuitée par une éducation trop rigide ou un contexte traumatisant, on ne sera pas surpris que les personnes concernées cherchent à adosser leurs volontés à d’autres plus fermes. Malheureusement il se trouve aussi des individus qui utiliseront cette faiblesse pour les manipuler.
ÉTAPE 4
De 3 à 6 ans : l’âge de l’initiative ou du jeu et de la culpabilité. C’est l’âge du jeu et de l’initiative. Il est déterminant pour le développement futur des personnes, car il favorise l’aptitude du sujet à « prévoir » et à « maîtriser la réalité ».
ÉTAPE 5
De 6 à 12 ans : l’âge scolaire ou le temps de la compétence. L’étape de la compétence est forcément décisive. Ou nous serons des acteurs du monde, capables de le transformer, ou bien des spectateurs, incapables de peser sur le cours des choses.
ÉTAPE 6
De 12 à 21 ans : l’adolescence ou le temps de l’identité. Voilà une période vraiment difficile. Le jeune doit quitter l’enfance pour entrer dans la peau d’un adulte. Il croit pour cela devoir rejeter tout ce que les parents lui ont transmis. Le jeune se cherche. Il va privilégier son groupe de pairs à qui il va s’identifier. Il doit apprendre à canaliser ses passions naissantes, ses désirs. C’est l’enjeu de l’adolescence : entrer en possession de soi-même, c’est-à-dire mettre en place son identité, solide et non pas liquide.
ÉTAPE 7
De 21 à 35 ans : le temps de l’intimité ou de l’isolement. Nous sommes essentiellement des êtres relationnels et, plus encore, des personnes faites pour la communion. Il ne s’agit pas de se perdre dans l’autre, ou de l’absorber, ou de constituer avec lui un mélange indistinct. Au contraire, la relation de communion fortifie mon identité, la guérit, l’élève. Le point d’excellence de l’intimité est sans doute l’amitié.
ÉTAPE 8
De 35 à 65 ans : le temps de la maturité, de la générativité ou de la routine. L’homme ou la femme atteint sa perfection. Il s’est réalisé lui-même dans sa vocation – du moins on peut l’espérer. Il est tourné vers les jeunes générations qu’il guide avec sollicitude, il prend soin de ses aînés comme s’ils étaient ses propres enfants.
ÉTAPE 9
De 65 ans à plus : la vieillesse, intégrité ou amertume et désespoir. Si les étapes précédentes ont été bien vécues, si j’ai appris le détachement, si j’ai fait le deuil de ma jeunesse, si j’ai pardonné à ceux qui m’ont blessé, je suis prêt à faire la synthèse de ma vie et à offrir toutes les leçons que j’en ai tirées à la jeune génération. La vieillesse est donc l’âge de la sagesse, elle nous prépare à l’ultime exode.
ÉTAPE 10
L’éternité. Mourir au terme de notre existence terrestre va, comme au début de notre histoire de vie, se révéler être une naissance à un nouvel univers plus grand, plus lumineux et pourvu d’une densité relationnelle infiniment plus élevée : la vie en Dieu.

4 clés : un esprit sain dans un corps sain au moral d’acier

1. Le développement de la personne.
Selon le psychologue, Erik Erikson, « la croissance est le cheminement de toute une vie, au cours de laquelle nous sont données des occasions nouvelles de découvrir des dons qui nous permettent d’aimer ». Il y a, dans le développement humain, une dimension progressiste, chaque nouvelle étape intégrant la précédente et amenant le sujet plus loin et plus haut. Cependant, un certain nombre de blocages entravent le processus de développement : les blessures psychoaffectives. En effet, je suis blessé dans mon affectivité quand je souffre du fait d’une absence ou d’une insuffisance d’amour, ou pire, d’une perversion de l’amour (abus sexuels).
2. De quoi est composé l’humain ? 
La personne humaine est le composé unique d’un corps, d’un psychisme et d’un esprit. Ce composé est inextricable. Il y a une unité totale des trois composantes qui existent en agissant ensemble. Si je prends soin de ma santé, que je pratique une
activité physique, il va sans dire que mon moral aura des chances d’être bon (le psychisme) et mes relations avec les autres (le spirituel) pourront être saines.
3. Comment reconnaître une blessure psychoaffective ?
Lorsqu’il y a une disproportion entre la réaction et ce qui l’a motivée : susceptibilité, esprit de contradiction, perfectionnisme, timidité excessive, marasme et anxiété chroniques, dépression, comportement puéril.
4. Peut-on guérir de ses blessures ?
Selon Erik Erikson, on peut rattraper plus tard un développement qui n’a pu se réaliser plus tôt et tout peut se guérir. « Il y a peu de choses auxquelles on ne puisse porter remède plus tard, mais il y en a beaucoup qu’il est tout à fait possible d’éviter. » Dans le processus de guérison, il ne s’agit pas seulement de faire remonter les souvenirs douloureux, mais également les souvenirs positifs. En définitive, c’est l’amour qui guérit.

Le père Alain Ransay est prêtre du diocèse de la Martinique. Il est délégué de l’évêque à l’éducation et aumônier des équipes enseignantes.

POUR ALLER PLUS LOIN
S’épanouir malgré les blessures, La vie humaine en dix étapes. Alain Ransay Éd. Saint Paul, 2018, 160 p. 13,50 €

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