RÉSILIENCE : COMMENT ACCEPTER SES FRAGILITÉS ?

by Marie Fawzy

« Soyez résilient ! » Injonction ô combien à la mode : la résilience semble être le chemin obligatoire à emprunter pour aller mieux et réussir à traverser une épreuve. De ces crises, on sortirait ainsi forcément grandis. Damien Le Guay revient pour nous sur ce terme qu’il faut veiller à ne pas utiliser de façon abusive, risquant de lui faire perdre tout son sens et sa force.

 

PAR DAMIEN LE GUAY – PROPOS RECUEILLIS PAR ARMELLE FAVRE

Avant toute chose, une définition s’impose pour cerner ce terme par trop galvaudé. Au départ, c’est un mot emprunté à la physique, utilisé pour parler d’un métal qui supporte les chocs. En psychologie il indique la capacité à surmonter un traumatisme perçu comme inacceptable, qui se caractérise par son aspect exceptionnel. Il n’est pas normal, facile ou habituel d’être résilient. Ce terme devenu à la mode, la société nous enjoint souvent à l’être, dans la lignée de la phrase de Friedrich Nietzsche : « Ce qui ne te tue pas te rend plus fort. » Mais attention ! Car ce mode de fonctionnement, nécessaire et obligatoire, induirait une forme de bonne volonté. Et il n’en est rien. Cette approche contient même quelque chose de pervers, car mal ajusté. Si on oublie que la résilience est exceptionnelle, on fait culpabiliser celui qui n’y arrive pas et serait perçu comme un faible. Gare donc à ne pas l’utiliser comme un mot « valise », à mauvais escient.

La vraie résilience, c’est donc cette capacité extraordinaire qui nous permet de surmonter des effets catastrophiques ou des traumatismes explicites ou implicites. Elle permet de sortir d’une situation d’effroi ou de contrainte inacceptable. Tel un nageur qui se meut, en apnée sous la croûte de glace de l’Arctique et tient jusqu’à trouver le trou d’eau lui permettant de sortir enfin la tête de l’eau, in extremis. L’homme échappe alors à une impasse psychologique et humaine de nature mortifère.

ACCEPTER SON RESSENTI ET SA FRAGILITÉ

Alors quelles sont les pistes pour réussir, comme ce nageur, à sortir la tête de l’eau ? « Aucune recette miracle », nous rappelle Damien Le Guay, mais quelques jalons qui peuvent aider : il s’agit avant tout d’une disposition d’esprit qui peut naître après avoir assumé ses fragilités et se sentir assez en confiance pour les exprimer. Cette étape permet de cerner précisément ce qui me détruit, de nommer, d’assumer les peurs, les angoisses. Ainsi, le traumatisme qui vit en moi est peu à peu délimité. Commence alors une phase de questionnement pour le comprendre : de quoi s’agit-il ? Comment puis-je le nommer ? Quelles émotions provoque-t-il en moi ?

Le second écueil est la gestion de la mémoire. Et ce n’est pas une mince affaire ! Lors d’un traumatisme, deux sortes de mémoire se mettent en place : celle qui cache (je me refuse à y penser, j’enfouis mes peurs) et celle qui apparaît (je suis obsédé par ce traumatisme). Le travail consiste à naviguer entre ces deux excès que sont l’oubli et la mémoire obsédante.

EMPOIGNER SA BOUÉE INTÉRIEURE

La bonne nouvelle, c’est que chacun possède en lui-même des ressources totalement insoupçonnées, imprévisibles, qui naissent de ces situations traumatiques. Qu’est-ce qui, à l’extérieur de mon traumatisme, me donne un élan de vie ? Dans ces situations, des forces immenses sont réveillées et permettent de lutter en moi contre bien des effets négatifs. Et si on est résolu à sortir de cette situation, alors cette résolution annonce déjà le début de la fin de cet état. On entre alors dans une tension : la bonne volonté cherche désespérément les voies de la raison pour changer d’état. Reste à embraser sa responsabilité, avec douceur et tendresse envers soi-même !

5 CLÉS POUR UN CHEMIN DE RÉSILIENCE

1. Goûter au silence

Pour faire germer ce dont vous avez besoin, pour écouter cette « voix intérieure », pourquoi ne pas prendre un temps de retraite, ou quelques jours à la campagne ? Une façon d’accepter que vos faiblesses fassent surface et de les accueillir avant toute chose.

2. Donner du temps au temps

Pas de brusquerie envers soi-même ! Chaque humain digère un traumatisme de façon différente et il faut accepter le rythme qui est le vôtre.

3. Oser parler de son traumatisme, se faire accompagner

Comment réussir à avancer si la parole ne peut pas sortir ? Ne pas garder cette souffrance pour soi aide à la reconstruction. Que l’on exprime cette douleur par le biais de discussions avec des amis proches ou avec un thérapeute, le maître mot est d’oser parler sans honte.

4. S’investir dans un nouveau projet

Pour se décentrer doucement de sa douleur, avoir un projet différent est une bonne aide. Investissement dans une association, dans un cours qui développe des talents (de théâtre, de dessin).

5. Prendre la responsabilité de sa vie

Combien il est difficile de rester actif lorsqu’un traumatisme survient ! L’écueil consiste à se défausser en invoquant le mauvais sort. Encore une fois, il n’y a pas de résilience sans accompagnement (psychothérapie, écoute compréhension) qui permet de se nourrir et repasser en mode actif.

TÉMOIGNAGE : « J’AI ACCEPTÉ DE ME PROJETER DIFFÉREMMENT DANS MA VIE »

Clothilde, 35 ans, a traversé pendant plusieurs années la grande douleur de multiplier les fausses-couches sans explications.

« Je me suis mariée assez jeune, et avec mon époux, nous nous sentions prêts à accueillir des enfants. Je ressentais ce grand désir au fond de mon cœur depuis longtemps. Mais tout ne s’est pas déroulé comme nous l’imaginions. Au fil des années, j’arrivais à tomber enceinte, mais les grossesses n’arrivaient pas à terme. Au début, on y croyait, on se disait qu’il allait y avoir des solutions. Mais à un moment donné, nous avons eu la sensation qu’on ne s’en sortirait jamais. Un sentiment de ne pas réussir à respirer, de perdre le goût et le sens de la vie. Le quotidien nous semblait vide car il était impensable, surtout pour moi, de ne pas avoir d’enfants. Nous nous sommes forcés, nous soutenant l’un et l’autre avec mon mari, à regarder la vie qui nous entourait.

Il s’agissait d’un exercice de la volonté mais je me rendais bien compte que cela me rendait plus légère. Et puis nous avons accepté la situation – avec une grande douleur bien sûr – pour nous projeter différemment. Ce qui nous a énormément aidés, c’est de nous tourner vers les autres, de garder notre foyer toujours ouvert et accueillant pour nos amis. Sans effacer notre douleur, cette disposition pour les autres l’a atténuée et nous a apporté de la joie ! »

POUR ALLER PLUS LOIN

La newsletter gratuite de Philonomistsur les questions de travail (la dernière porte sur la résilience). Plus d’infos sur : www.philonomist.com/fr

Deux petits pas sur le sable mouillé
Anne-Dauphine Julliand, Poche, 2021, 288 pages, 8,90 €.

 

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