PRISCILLE : « LE PARDON M’A LIBÉRÉE »

by Alexandre Meyer

Priscille a deux pères différents devant elle : celui qui essaye de tenir « à peu près » son rôle de père et celui qui est alcoolisé et pour qui elle n’existe pas. Puis la violence arrive, les cris de sa mère, les accidents, les descentes de police, les gardes à vue, les cellules de dégrisement, les tribunaux, la peur. Un long chemin va la mener jusqu’au pardon…

PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE MEYER

Depuis que je suis toute petite, mon père prend son rôle de chef de famille très à cœur : l’éducation est stricte et nous sommes menées à la baguette, mes sœurs et moi. En grandissant, je le vois dormir de plus en plus et je vois ma mère s’épuiser et pleurer beaucoup. Je ne comprends pas tout, mais mon père finit par être hospitalisé pour dépression. Pendant trois ans, je vis avec un papa qui enchaîne les internements et les journées entières à dormir à la maison tout en essayant d’assurer son travail pour faire vivre sa famille. Arrive l’alcool et je n’existe plus que pour subir sa colère et ses punitions humiliantes.

Enfant, j’aimais mon père malgré sa dureté. Il était taquin et câlin quand tout allait bien et je savais qu’il m’aimait. Quand l’alcool est arrivé, pour moi il allait guérir, c’était évident ! De 7 à 8 ans, je priais beaucoup pour qu’il guérisse, glissais de l’eau de Lourdes dans son verre, accrochais des images de Jésus miséricordieux dans le garage près de ses bouteilles… En vain. C’était même de pire en pire. Je me sens abandonnée par Dieu et par ce père qui détruit ma vie. Je grandis avec la haine et le désir de mort chevillés au corps.

LA VOIE DU PARDON

Quelques années plus tard, pendant une projection de La Passion du Christ au cinéma, je rencontre Jésus, mon frère, celui que je n’ai jamais eu : « Il sait tout de mes meurtrissures. Jésus, le Fils de Dieu, les a supportées bien avant moi. » Le chemin du pardon s’ouvre devant moi, mais comment com- prendre que c’est à moi de pardon- ner ?

Je comprends que le pardon n’est pas une simple case à cocher pour être une bonne chrétienne. C’est un chemin de patience, de guérison et d’hu- milité. Je comprends que Dieu est bienveillant et qu’il a juste besoin que je le laisse faire, que je reste orientée vers lui. Quand le pardon sera posé, il le sera librement.

Je rencontre mon futur mari et suis accompagnée par un frère de la com- munauté des Béatitudes. Avec eux, et en tenant bien fort la main de Dieu mon Père, je me construis. Mon che- min vers le pardon va durer trois ans. Je rends visite à mon père dans son appartement. C’est sale, insalubre, j’ai peur qu’il rechute, qu’il me fasse du mal, mais ce jour-là j’ai décidé de lui pardonner et de le lui dire. Nous avons prié ensemble un instant.

« SON PURGATOIRE, IL L’A VÉCU SUR TERRE »

Mon père a arrêté l’alcool. Une forme d’harmonie se recrée dans la famille. Elle sera de courte durée : six mois plus tard, il bascule dans la maladie psychiatrique et doit être interné. Un temps d’accalmie lui permettra de m’emmener à l’autel le jour de mon mariage (alors que j’avais clamé que jamais je n’accepterais qu’il le fasse !). Les médicaments ne parviennent pas à le stabiliser. Les crises et les accès de violence recommencent, les tentatives de suicide aussi, jusqu’à celle de trop. Son purgatoire, il l’a vécu sur terre. Je suis convaincue que le Seigneur a prononcé pour lui les paroles qu’il a dites au bon larron : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis. » À la fin de sa vie, il a tout remis à Dieu. La maladie peut être plus forte que l’homme mais pas au point d’enlever ce qu’il y a de bon dans son cœur. La haine était un poison. Elle avait pris possession de mon cœur et de tout mon être. Si je n’avais pas pardonné, je ne sais pas où j’en serais aujourd’hui. Le pardon n’efface pas tout, mais ceux qui ne connaissent pas le pardon doivent être très malheureux. Le pardon est exigeant mais il libère.

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Du poison au pardon. Témoignage. Priscille Roquebert, Éditions du Sacré-Cœur, 2020, 194 pages, 18 €.

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