ORADOUR-SUR-GLANE, LE VILLAGE MARTYR

by Alexandre Meyer

Le 10 juin 1944, la division SS « Das Reich » encercle un village situé de la Haute-Vienne à quelques kilomètres de Limoges. Sous la menace de leurs armes, les soldats rassemblent les habitants sur le champ de foire. 643 personnes seront massacrées. Depuis ce jour, les ruines d’Oradour témoignent de l’horreur.

TEXTE ET PHOTOS ALEXANDRE MEYER


Le lendemain du massacre, les secouristes de la Croix-Rouge française de Haute-Vienne et quelques séminaristes, emmenés par le chanoine Philippe Schneider et le docteur Bapt, découvrent un paysage d’apocalypse, plongé dans un silence de mort.
Les corps jetés dans le puits ne seront pas remontés. Il est devenu leur sépulture. Pendant huit jours, les découvertes macabres se succèdent. Les habitants ont été fusillés dans les maisons, les rues, les champs, jetés dans la rivière… Les corps identifiables sont placés dans des cercueils, les autres transportés vers des fosses communes. Une victime du massacre sur dix sera reconnue formellement.

Dans l’église, les murs sont criblés de balles. Le tabernacle et l’autel ont été pulvérisés par les rafales. Les secouristes ont de la cendre et des os calcinés jusqu’aux genoux. La toiture s’est effondrée. Depuis, la nef est inondée de lumière par un trou béant.

Visiter Oradour-sur-Glane, c’est parcourir le Chemin de croix station après station. Traverser le centre de la mémoire, ouvert en 1999, passer devant les portraits des victimes du massacre : les femmes, les enfants, les hommes. Des centaines de visages souriants ou graves, de tous âges, bien vivants. Entrer pieusement dans le village en ruines. « Silence » : l’injonction s’adresse au visiteur, à l’orée du bourg. Elle est inscrite au pied d’un arbre en bordure de l’étroite voie pavée qui conduit au cœur de l’enfer. Un puits est surmonté d’une croix. Il n’est pas nécessaire de lire la plaque funéraire. Qui oserait interrompre le silence en présence de la mort ?

LUTTER CONTRE L’OUBLI

Les stigmates ne saignent plus. La pluie a lavé la suie de l’immense brasier. L’herbe a poussé entre les murs de brique des maisons crevées. Certaines devantures portent encore des plaques émaillées aux couleurs vives. D’autres, celle du café, du boucher, du coiffeur, ont presque disparu. L’encre et la peinture ont pâli. La crête des bâtiments s’est émoussée, la rouille perce les carcasses des automobiles, des sommiers, des ustensiles livrés aux flammes. Les rails du tramway s’enfoncent dans la terre. Dans le silence, les pierres luttent contre l’oubli. Les victimes d’Oradour ne cessent de mourir à mesure que les traces de leur calvaire s’estompent. Au cimetière, aux pieds du mémorial et de la lanterne des morts, des ossements mêlés à de la cendre reposent dans deux cercueils de cristal. Les reliques fanent au soleil.

L’HEURE DES LARMES

Le massacre d’Oradour fut décidé en une heure mais n’est pas le fruit du hasard. Comment un tel déchaînement de violence est-il possible ? La démission de l’intelligence collective et de la diplomatie, l’abdication de toute raison commune, la passion, l’idéologie, le fanatisme, le militarisme, l’esprit de revanche et l’orgueil des nations, le racisme, la haine lui ont indubitable- ment pavé la voie et enclenché la procédure qui mène logiquement, implacablement, à la folie meurtrière.

Sur le front de l’Est, on a dénombré plus de 650 massacres comme celui d’Oradour. Combien avant, combien depuis et combien encore ? « La guerre est folle, son plan de développement est la destruction. Elle détruit aussi ce que Dieu a créé de plus beau : l’être humain. Toutes ces personnes, dont les restes reposent ici, avaient leurs projets, leurs rêves, mais leurs vies ont été brisées. L’humanité a dit : “Que m’importe ?” Pour tous ceux qui sont tombés dans l’hécatombe inutile, l’humanité a besoin de pleurer, et c’est maintenant l’heure des larmes » (pape François, le 11 novembre 2020).

LE SAViEZ- VOUS ?

LE NOM D’ORADOUR VIENT DU LATIN ORATORIUM,
« ORATOIRE ». UNE LANTERNE DES MORTS VEILLE EN EFFET SUR LES DÉFUNTS DU CIMETIÈRE D’ORADOUR-SUR-GLANE DEPUIS LE XIIE SIÈCLE.

LES « MÉTHODES » DE L’EST

La division blindée SS « Das Reich » a appliqué en France les moyens de répression expérimentés sur le front de l’Est dès 1941 pour briser la résistance des partisans : exécutions sommaires, massacres de populations, incendies de villages… Avec le débarquement allié du 6 juin en Normandie, la Résistance est galvanisée et la rage des nazis décuplée : le 9 juin, 99 hommes sont pendus à Tulle. 149 sont déportés à Dachau (101 n’en reviendront pas). 67 civils et résistants sont massacrés à Argenton-sur-Creuse.

UN CRIME PRÉMÉDITÉ

Le matin du 10 juin, l’opération a été réglée dans les moindres détails autour d’une table de café dans le village tout proche de Saint-Junien par les SS, la Gestapo de Limoges et la Milice française. À 13 h 45, cent cinquante soldats encerclent le village et réunissent les habitants sur le champ de foire. À 16 heures, 195 hommes sont répartis dans six granges et garages où ils sont impitoyablement abattus à la mitrailleuse puis brûlés. 454 femmes et enfants sont conduits dans l’église. Ils y seront asphyxiés puis mitraillés avant que les nazis ne mettent le feu à l’édifice.

LE PROCÈS

En 1953, vingt et un SS, dont quatorze Alsaciens, comparaissent devant un tribunal militaire à Bordeaux. Deux condamnations à mort seront prononcées et dix-huit condamnations à des travaux forcés. Devant la vague d’indignation qui se lève en Alsace, les députés votent une loi d’amnistie en faveur des Malgré- Nous une semaine plus tard.
Le commandant de la division « Das Reich », condamné à mort par contumace, ne sera jamais extradé par l’Allemagne de l’Ouest.
Le chef de la section qui a envahi le village vivra près de quarante ans sous une fausse identité avant d’être démasqué et jugé. Il purgera quatorze années de prison et s’éteindra libre, en 2007. Il fut le seul officier nazi condamné en Allemagne de l’Est pour crimes de guerre commis en France.

POUR EN SAVOIR PLUS

https://www.oradour.org

 

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