Nans Thomassey : j’adore Noël !

by Hélène Bordes

Rencontre. Sur France 5, le coréalisateur de Nus et culottés part très loin dans le dépouillement heureux. En renouant avec le dress-code abandonné par Adam, Nans Thomassey cueille la gratitude à l’état sauvage.

Propos recueillis par Magali Michel

Chiche ? Chiche ! Depuis cinq saisons, Nans et Mouts débutent tous leurs voyages dans le plus simple appareil. Sans vêtement et sans argent, les deux ingénieurs réalisent de gros rêves en misant sur la sympathie des autochtones pour arriver à destination. La joie parfaite.

Ton signe particulier.

Un baluchon.

Ton principal trait de caractère.

Le jeu. J’adore jouer.

Ton poil commun avec ton pote Mouts (Guillaume Mouton) ?

Un énorme désir d’aventure plus fort que le réconfort d’une carrière installée.

Comment est née la série documentaire Nus et Culottés ?

De la découverte qu’il y a quelque chose d’unique dans la rencontre entre le sédentaire et le voyageur. J’ai été transformé par une traversée de l’Atlantique en bateau-stop. À mon retour, plus possible d’être ingénieur en génie civil, je voulais continuer dans le génie humain ! J’ai contacté un ancien de l’INSA. Mouts a répondu présent. Il partageait mes valeurs de sobriété heureuse et d’humanisme. On a corsé l’expérience. On s’est mis au défi de partir depuis la nature à la rencontre de la civilisation. Sans argent et sans vêtements. Quelques jours plus tard, on était tout nus sur une rive de la Drôme avec l’objectif d’arriver à Paris en costard cravate au volant d’une décapotable rouge. En retirant nos caleçons, nous n’imaginions pas que nos vies vireraient à 180 degrés…

Qu’est-ce qui se cache derrière cette nudité inaugurale ?

L’irrésistible brûlure de la vie quand on s’abandonne pleinement à l’inconnu.

Ta profession cinq ans plus tard ?

Réalisateur. J’aime raconter ce qui a été si beau dans ma vie.J’ai envie d’offrir au monde des témoignages inspirants. Dans Nus et Culottés, notre véritable destination, c’est la rencontre.

À quand remonte ta foi dans l’inconnu ?

J’avais six ans. Un soir, au retour de l’école, ma maison brûlait. C’était une vieille maison que mon père avait retapée. À six ans, ma maison, c’était l’univers. C’était l’hiver. On se sentait impuissants. On s’est retrouvé à poil. Tout a brûlé. Le lendemain, le village s’est collecté pour nous offrir des vêtements, des vivres. On nous a même offert une maison provisoire le temps de reconstruire la nôtre. De ce jour, j’ai ancré dans mes cellules que quand on n’a plus rien, il y a quelque chose qui prend le relais. En tout cas ce fut mon expérience. D’une certaine façon Nus et culottés est ma façon de regoûter inlassablement à cette force de la solidarité. J’ai besoin de m’en souvenir toujours. C’est tellement puissant de faire confiance.

Sinon, Dieu, que lui demanderais-tu au culot ?

Que puis-je faire pour toi ?

En voyage, t’arrive-t-il de ressentir sa présence ?

C’est une question assez inhabituelle pour moi. Disons que le voyage a été mon église. Dieu se manifeste sous forme de grâces, de miracles dont tant de voyageurs sont familiers. La première fois qu’on est parti avec Mouts tout nus et sans argent dans les bois dans la Drôme, il faisait zéro degré dehors. Nous n’avions pas d’autre choix que de faire un feu. Trois heures plus tard, on frottait en vain deux bouts de bois ensemble. Çà ne prenait pas. Faute de source de chaleur, on cherchait une source d’isolation. On a eu l’idée de collecter des mousses pour se faire une couverture, mais il y en avait très peu à cette saison, c’était mission impossible. Dix minutes plus tard, Mouts hurle. Sous la mousse, en pleine forêt, il avait trouvé un briquet. C’était fou. Chez moi, ce briquet a allumé la foi que quelque chose de plus grand que moi est à l’oeuvre. Je peux m’en remettre à ce mystère qui me dépasse et depuis, je lui laisse consciemment de la place.

Si tu étais un voyage…

Je serais la relation.

Tes trois trucs pour oser la rencontre.

Formuler une demande claire et explicite quand on va toquer chez l’habitant. S’assurer qu’on est prêt à recevoir un oui comme un non avec le sourire. Vérifier que la relation avec la personne qu’on rencontre prime sur notre envie de dormir chez elle.

Où aurais-tu aimé rencontrer Jésus ?

Je connais très peu la Bible. J’aime beaucoup discuter avec des religieux. Quand on me parle de ce qu’a vécu ce Jésus, j’aurais adoré le rencontrer au plus profond de ma solitude, dans un désert.

Tu es sans religion et pourtant…

Enfant, j’étais très sensible et naturellement porté vers la prière. Avec quelques amis, on écrivait des lettres à Dieu. Comme on n’avait pas son adresse, on a trouvé une astuce. Puisqu’on enterrait les morts pour qu’ils aillent au ciel, nous avons enterré nos lettres pour qu’elles arrivent à Dieu. Je vivais spontanément la spiritualité inhérente à l’enfance. Faute de nourriture, j’ai laissé tout ça de côté. J’en ai ressenti une grande nostalgie. Comme s’il me manquait quelque chose de très fort. Progressivement j’ai renoué avec la prière, cette attitude qui permet de se relier à plus grand que soi. J’aime m’offrir des moments de gratitude avant de manger par exemple ou formuler des prières lorsque je perds espoir. Je crois que j’ai la foi naturelle des enfants, en fait. Regarde le nombre de fois qu’un enfant tombe par terre avant de marcher. Si ce n’est pas de la foi, ça !

Qui est ton maître intérieur ?

C’est le corps. Mon corps ne ment jamais. Il m’offre une sagesse extraordinaire que j’apprends à décoder.

À quoi ressemble un joyeux Noël chez Nans ?

J’adore Noël. J’adore le soin qu’on met dans un repas. Plus j’avance, plus ces fêtes rituelles ont du sens pour moi. J’y vois un grand prétexte à se réunir. En voyage, j’ai vécu de véritables relations d’amour avec des inconnus. Puis j’ai pris conscience que j’étais incapable de vivre la même chose avec mes proches. Ce paradoxe m’a valu des mois de pause pour incarner dans mon cercle familial les valeurs que j’aime tant vivre en voyage. Noël est une opportunité magnifique de cultiver des choses simples, recevoir, donner, passer du temps ensemble, prendre soin. J’adore.

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