Les miracles existent-ils vraiment ?

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Débat. Un tiers des Français croient aux miracles, d’après les sondages. De son côté, l’Église reconnaît certaines guérisons comme « inexplicables dans l’état actuel de la science ». Pourtant, beaucoup considèrent qu’il s’agit en réalité de manifestations psychosomatiques.

Débat entre Lili Sans-Gêne et l’abbé Descouvemont

1 Avant on croyait que Dieu intervenait dans le monde. Aujourd’hui, c’est absurde de croire encore que Dieu guérit des personnes, alors que manifestement il ne fait absolument rien pour empêcher une éruption de volcan ou un tsunami.

C’est vrai qu’habituellement Dieu laisse les événements se produire selon les lois de la physique ou de la physiologie : ce n’est pas lui qui provoque les orages ou les cancers. Mais précisément, pour manifester sa présence spéciale dans l’Église de son Fils, il répond parfois, de façon quelque peu spectaculaire, à la prière pleine de confiance que lui adresse un de ses enfants : en un instant il le guérit d’une maladie dont normalement on ne se remet pas. Ces guérisons, c’est évident, ne suppriment pas le scandale provoqué par l’avalanche des maux dont souffrent les hommes. Et elles sont bien peu de chose par rapport aux centaines d’aveugles-nés qui guérissent chaque jour dans les cliniques, grâce aux progrès de la chirurgie ! Ces guérisons miraculeuses ont essentiellement pour but de provoquer ou de soutenir la foi des fidèles : ils peuvent simplement y voir un signe que Dieu est bien présent au milieu de son Église et qu’on peut se fier à ce qu’il nous a dit, sur la façon de porter nos croix.

2  C’est évident que ces guérisons étonnantes sont dues au déblocage soudain d’un problème psychologique. Autrement dit, que la maladie dont souffrait le patient était psychosomatique !

Il existe peut-être des paralysés qui ne peuvent plus se servir de leurs jambes parce que – inconsciemment – ils veulent se faire dorloter… Et voilà que, subitement, en un lieu d’apparitions, ils se mettent à marcher. Une autre façon de se rendre intéressant, c’est d’être un miraculé ! C’est la raison pour laquelle l’Église ne reconnaîtra jamais comme miraculeuse une maladie purement fonctionnelle. La personne guérie doit réunir un dossier contenant toutes les radios montrant par exemple que ses os étaient profondément abîmés et qu’ils ont été subitement régénérés. Quand une petite aveugle-née de cinq ans guérit subitement en allant avec sa mère sur la tombe de sainte Thérèse de Lisieux, on est sûr que ce n’est pas la guérison d’une maladie psychosomatique !

3  Mais qui vous dit que cette guérison est due à une intervention directe de Dieu ? Il y a encore dans la nature bien des phénomènes inexpliqués, que les savants expliqueront un jour !

Tout à fait d’accord. C’est pourquoi les médecins – croyants ou incroyants – nommés comme experts dans une commission chargée d’étudier un cas de ce genre, se contentent de conclure leur expertise en disant : « Dans l’état actuel de nos connaissances, cette guérison est [ou n’est pas] inexplicable. » Libre ensuite aux chrétiens de voir dans cette guérison instantanée et inexplicable la réponse de Dieu à une demande de guérison exprimée par le malade ou son entourage. Le Seigneur signe son œuvre en faisant en deux secondes ce que les hommes pourront peut-être faire plus tard en prenant leur temps !

4 Si, comme vous le croyez, c’est Dieu lui-même qui guérit un malade, perdu parmi des milliers d’autres, dans les milliers d’hôpitaux du monde, avouez qu’il est pour le moins bizarre. Quelle loterie ! Pourquoi ce malade et non pas son voisin de chambrée ? Vous acceptez d’adorer un Dieu aussi fantaisiste ?

La décision de Dieu de guérir tel malade, de préférence à tel autre, est aussi mystérieuse que le choix qu’a fait Dieu d’envoyer son Fils parmi le peuple juif et non parmi le peuple japonais, sous Ponce Pilate et non sous Pompidou ! Nous touchons ici au grand mystère de l’incarnation du Fils de Dieu dans notre histoire. À partir du moment où Dieu décide de venir dans notre histoire pour parler aux hommes, il est inévitable qu’il y ait des « privilégiés », des hommes et des femmes qui soient aux premières loges pour voir d’eux-mêmes, de tout près, la geste de Dieu. Ce fut notamment le cas des douze apôtres, qui ont été choisis sans aucun mérite de leur part pour être les témoins rapprochés des miracles du Christ, de son enseignement et de sa Résurrection ! Cette façon de faire de Dieu sera toujours une pierre d’achoppement pour ceux qui voudraient que Dieu se manifeste directement, et de la même façon, à tout le monde.

5 À la bonne heure ! Vous reconnaissez donc que Dieu est injuste, que son plan comporte des privilégiés !

Je comprends bien votre objection. Je me la suis souvent faite à moi-même. Nous sommes persuadés que Dieu devrait en quelque sorte respecter le deuxième mot de notre devise républicaine : « Égalité. » Mais précisément le Dieu qui s’est manifesté dans l’histoire bouscule notre idée spontanée de la justice. Il donne à certains plus de talents, à condition que ceux-ci apprennent à les partager, et que les autres acceptent de les recevoir. C’est ce que Jésus reproche à Thomas. Sous prétexte qu’il n’était pas avec les autres apôtres le jour de Pâques, au moment où il leur est apparu, il réclame une apparition pour lui tout seul. C’est cette exigence que Jésus lui reproche. Jésus félicite d’avance tous ceux qui n’exigeront pas de voir par eux-mêmes les merveilles qu’il accomplira au milieu de son peuple : « Heureux ceux qui croient sans voir [par eux-mêmes] ! » D’ailleurs ce ne sont pas forcément les témoins directs des plus grands miracles qui ont la foi la plus vive. Des milliers de personnes ont été témoins de la danse fantastique du soleil dans le ciel de Fatima, au Portugal, le
13 octobre 1917, mais tous n’ont pas reconnu dans ce phénomène merveilleux le signe de la présence de Dieu, le signe qu’il ratifiait le message de la Vierge Marie, transmis par les trois voyants. Et que dire de Judas, témoin de tant de miracles de Jésus !

6 J’ai entendu dire que, selon les chrétiens eux-mêmes, la foi est d’autant plus belle qu’elle n’a pas besoin de s’appuyer sur des signes.

C’est vrai que l’Église se méfie de ces gens qui courent de lieu d’apparitions en lieu d’apparitions, dans le secret désir d’être témoins d’un nouveau prodige. Mais Jésus ne reprochera jamais aux chrétiens d’accorder de l’importance aux signes qu’il accomplit, pour nous montrer qu’il est bien là ! Lui-même, durant ses années de vie terrestre, a multiplié les guérisons miraculeuses pour authentifier son message. Malgré le merveilleux regard qu’il devait avoir, il n’a jamais demandé de le croire « sur ses beaux yeux » ! Dieu respecte trop notre esprit critique – une qualité ! – pour ne pas le satisfaire, pour ne pas donner des pilotis à notre foi.

7 Je trouve ça ridicule de faire reposer sa foi sur des radios de poumons guéris.

Il y a bien d’autres signes que le Christ est vivant au milieu de nous. Il suffit d’écouter le témoignage des convertis. Mais les guérisons instantanées que Dieu réalise encore aujourd’hui sont des signes très concrets, dont nous avons aussi besoin.

Abbé Pierre Descouvemont

Professeur de philosophie à Douai pendant plus de vingt-cinq ans, puis aumônier de jeunes, il a aussi été conseiller national des équipes Notre-Dame pour les couples. Actuellement, il prêche des retraites en différents lieux. Il est l’auteur de nombreux ouvrages. 

Pour aller plus loin :

Lourdes, des miracles pour notre guérison, Dr Patrick Theillier, Presses de la Renaissance, 2008
Le miracle impensable, Vittorio Messori, Mame, 2000
Guide des difficultés de la foi catholique Pierre Descouvemont, Cerf, 2009

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