LES ÉGLISES LYONNAISES DU XXE SIÈCLE : ENTRE TRADITION ET MODERNITÉ

by Alexandre Meyer

Un vent de nouveauté souffle sur l’Église : habillés de verre, de béton et d’acier, près de deux cents édifices religieux ont été construits au XXe siècle dans l’archidiocèse de Lyon. Néo-gothiques, modernistes, brutalistes ou Art déco, ils nous invitent à un passionnant voyage dans le temps.

PAR ÉLODIE BONIN & LORMËL RICHE PHOTOS : LAURENT CLAUS, MARTIAL COUDERETTE

La chapelle de semaine de l’église de l’Épiphanie du quartier des Minguettes à Vénissieux (1969-1971), est baignée de lumière par son plafond bleuté. Sa sculpture de béton et de verre, en forme d’origami, élève notre regard vers le ciel. L’église est l’œuvre des architectes Franck Grimal, Daniel Genevois, Roger Mermet et Marcel Sabattier.

Quelles églises, quelle architecture religieuse pour notre temps ? Quel est l’effet de la visibilité de ces édifices dans le paysage urbain, pour ceux qui ne fréquentent pas l’Église ? Quels critères ont présidé à l’implantation de ces nouveaux lieux de culte ? Autant de questions qui constituent un défi complexe lancé aux bâtisseurs d’hier et d’aujourd’hui.

DES PROJETS PAROISSIAUX

Inventer une architecture, oser la simplicité d’un langage esthétique qui puise ses références dans la foi de l’Église et qui l’exprime pour la commu- nauté chrétienne et la société contemporaine n’est pas chose facile. Elle doit être un lieu de rassem- blement, halte pour ceux qui cherchent Dieu, signe de la foi des chrétiens, mais aussi moyen d’évangélisation, et création artistique de qualité : les églises doivent être capables de satisfaire de multiples exigences.

L’industrialisation des banlieues et l’afflux de population dans les nouveaux quartiers conduisent l’Église à inventer des lieux de rassemblement fraternel, mêlant espaces de célébration et de rencontre.

90 % de ces églises neuves ont été financées par les associations paroissiales et non par le diocèse. Les projets étaient portés par les curés et leurs paroissiens, pour répondre à ces enjeux ecclésiaux nouveaux.

L’AUDACE DES BÂTISSEURS

Un volumineux ouvrage signé Maryannick Chalabi et Violaine Savereux-Courtin, richement illustré de six cents photos, croquis, dessins et esquisses, rend hommage à l’audace de ces bâtisseurs d’églises du siècle dernier. Éclairé par les images, nourri par le texte, le lecteur est invité à plonger dans un tourbillon d’idées et de concepts architecturaux qui ont profondément repensé la place de l’église (l’édifice) et de l’Église (la communauté des fidèles catholiques) dans leur temps et dans l’espace.

À leur manière, ils ont précédé et mis en pratique concrètement l’aggiornamento, selon le mot resté célèbre du pape Jean XXIII, c’est-à-dire la « mise à jour » de l’Église, son ouverture aux autres confessions chrétiennes et au monde, entreprise par le concile Vatican II.

L’église Sainte-Bernadette de Caluire-et Cuire, réalisée par André Chapuy (1960 1964), est nimbée d’une lumière chatoyante par un mur de vitraux réalisés par l’atelier de l’abbaye de Saint-Benoît- sur-Loire, d’après les cartons du peintre français Philippe Lejeune, fondateur de l’école d’Étampes. Le chemin de croix est signé Claude Leclercq, fondateur de l’Académie lyonnaise de peinture.

LE SENS ET LA BANALITÉ

« L’enjeu de l’art n’est plus le beau, mais le sens et la banalité », écrit dans la préface Michel Paulin, architecte et membre de la Société académique de l’architecture de Lyon. Banalité des matériaux d’abord : le verre, le béton, le ciment, la pierre brute, le bois ou le métal, privilégiés par cet élan architectural religieux contemporain stupéfiant. Quête de sens ensuite, au-delà d’une modernité qui peut surprendre, car une profonde et singulière spiritualité se dégage de cette expression nouvelle de l’art sacré.

DE LA SIMPLICITÉ À L’ÉCONOMIE

À partir des années 1910, l’archidiocèse de Lyon innove en matière de constructions religieuses, en se tournant vers la simplicité et en utilisant des matériaux nouveaux. Peu à peu, les églises sont dispensées de vitraux, d’iconographies picturales et sculpturales. Le cardinal Gerlier
écrit le 12 Juin 1960 : « Nous voulons une église où sera le corps du Christ ; mais n’oubliez pas qu’il y a les membres du Christ qui attendent encore un logement convenable. » Ainsi, les architectes bâtissent des églises provisoires et préfabriquées dans l’urgence, dans le but de rediriger l’économie vers les plus pauvres. L’église se détache du monumental architectural pour répondre à une demande humaine.

Construite à flanc de colline avec son clocher au toit plat, la chapelle Notre- Dame-de-l’Assomption de la Giraudière, située dans la commune de Brussieu, nous offre une magnifique vue sur la vallée de la Brévenne. Élevée en 1952 sur les plans de l’architecte François-Régis Cottin, elle est de style moderne avec de belles fresques de Gabriel Guédel, professeur à l’école des Beaux-Arts de Lyon

UNE FONTAINE AU MILIEU D’UNE ÉGLISE

La démolition en 2018 de l’église Notre-Dame-de-l’Espérance de Villeurbanne (1960-1965) a déclenché l’écriture du livre. Son baptistère illustrait à lui seul les innovations liturgiques de l’après- concile Vatican II. Sa cuve recueillait l’eau de pluie par un tuyau tombant du plafond pour permettre un baptême par immersion dans l’eau vive. Rapidement rempli de mousses et de feuilles, le baptistère se transformait les jours d’orage en une énorme fontaine, à tel point que le prêtre ne pouvait même plus se faire entendre de ses paroissiens pendant les célébrations !

Églises XXe du diocèse de Lyon, de Maryannick Chalabi et Violaine Savereux-Courtin, photographies de Laurent Claus et Martial Couderette, Éditions Lieux Dits, 2019, 352 p., 39 €

LE SAViEZ- VOUS ?

L’ÉGLISE SAINT- PIERRE-DES- TERREAUX A ÉTÉ DÉSAFFECTÉ EN 1907. ELLE ABRITE AUJOURD’HUI LA COLLECTION DE SCULPTURES DU MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE LYON.

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