Passez trois portes, un dédale de couloirs, un ascenseur puis un autre dédale de couloirs. Au bout, une porte, et des clés qui ouvrent d’autres portes. Puis c’est un festival de couleurs.

Atteindre l’atelier de Malel est un périple, mais le résultat est à la hauteur de l’exercice. L’artiste de 67 ans a eu le temps de peindre. Dans cet espace qu’il a rempli de toiles, de pinceaux, de pastels et de photos, il s’est créé son monde à lui. Son monde de couleurs. Plusieurs centaines de tableaux s’entassent, s’empilent, se cachent ou se montrent timidement, d’un quart ou de moitié, à l’endroit ou à l’envers.

C’est ici que Malel peint ce en quoi il croit : la Bonne Nouvelle ! Avec des montagnes, des ruisseaux, des fleurs et des forêts, il tente de transmettre à celui qui regarde sa toile le message qu’il est aimé de Dieu. Son style très original laisse chacun imaginer et interpréter. Ses traits s’entrelacent, s’étirent, et se coupent. Les formes prennent vie, ou plutôt, laissent aux yeux qui les regardent le choix de leur donner vie. Comme une illusion d’optique, qui se met en mouvement quand on la regarde fixement.

Le temps qu’on n’enferme pas

« Avant de peindre, je me demande en quoi Jésus vit dans le sujet de mon tableau. Dans les yeux de quelqu’un, dans un paysage, il y a un lien avec celui qui calme la tempête. »

S’assoir face à son chevalet, et superposer ses notes de couleur sur une toile n’est pas le plus gros du travail de Malel. S’il peut peindre, c’est qu’il s’est d’abord rendu devant une montagne, au creux d’une vallée ou au pied du lit d’un enfant endormi. Là, il a essayé de ressentir la vie qui coule dans ce qu’il voyait.

De ce moment, il a tiré une esquisse, des traits qui courent et se croisent, des ombres et des blancs purs. Ensuite seulement il ajoute la couleur. A l’aquarelle ou à l’huile sur toile, au pastel ou au crayon. Les couleurs se mélangent sur son plan de travail. Elle s’unissent et créent de nouvelles teintes.

Dans l’atelier de Malel, le pinceau court, mais l’esprit se fixe. « Je suis fasciné par le temps qu’on n’enferme pas. Je peins le mouvement. » L’eau est très présente dans les toiles de l’artiste. Il en aime le sens : « elle fait grandir, elle est sans cesse en mouvement, c’est l’eau du baptême, un parallèle avec l’Esprit Saint, qui n’a pas de fixité. »

Effectivement, parmi les centaines de toiles qui sont entreposées dans son atelier, aucune ne représente un objet. « J’ai envie de dire aux gens ‘ne t’arrête pas !’ donc je ne peins pas des chaises », conclut-il.

Devant nos yeux, il attrape un pinceau et complète une peinture à l’huile. Sa main court des couleurs à la toile, aplatit, mélange, presque frénétiquement, sans savoir exactement où cela finira. « Quand je commence, je ne sais pas trop où je vais », ajoute Malel avec sérieux. Pourtant, le résultat est toujours concret. S’y ajoute une touche de poésie qui laisse au spectateur la liberté de trouver le sens qu’il souhaite à ce qu’il contemple, pour peu qu’il s’en donne les moyens.

L’invisible par le visible

Malel est touché par les visiteurs immobiles devant Les Nymphéas de Monet au Musée de l’Orangerie, ou ces rectangles qui se mélangent dans les œuvres de Mark Rothko.

Il se réjouit qu’encore aujourd’hui, malgré l’hyperactivité du monde, des gens arrivent à s’arrêter devant une peinture, qui ne bouge pas : « il est difficile de parler de l’invisible avec des choses visibles. Je veux parler de Dieu dans mes œuvres, mais pour le voir, il faut être disponible, accepter le cœur à cœur. »

Ce cœur à cœur, Malel a essayé de le faire vivre à tous avec sa peinture de huit par huit mètres intitulée « La Rencontre ». On y voit un jeune homme qui nous regarde, et son cœur irradie de lumière la moitié du tableau. « Il nous dit ‘viens à moi, je t’aime. Donne-moi ton fardeau et n’aie pas peur’, c’est ça la bonne nouvelle ! » Chez Malel, Dieu est fait de mille couleurs.