L’ÉGLISE SAINT-VALERY DE VARENGEVILLE-SUR-MER : LE BIJOU DE LA CÔTE D’ALBÂTRE

by Marie Fawzy

Classée monument historique depuis 1924, menaçant d’être précipitée dans l’abîme un jour ou l’autre, à mesure que les falaises reculent, l’église Saint-Valery fut immortalisée par les plus grands peintres des deux derniers siècles : Isabey, Corot, Monet ou Pissarro. Dans son cimetière marin reposent Georges Braque, le compositeur Albert Roussel, le dramaturge Georges de Porto Riche et bien d’autres, célèbres ou anonymes…

TEXTE ALEXANDRE MEYER – PHOTOS ALEXANDRE MEYER / PIERRE LESAGE

L ’église Saint-Valery de Varengeville-sur-mer (Seine-Maritime), construite en silex et en tuf, suit un plan en croix latine à deux vaisseaux – ou deux nefs – accolés. À l’extrémité du chœur, son chevet est plat et fait face à la mer. Entourée de son cimetière marin, juchée au bord des falaises de l’Ailly, la petite église domine la Côte d’Albâtre.

Le sanctuaire est attesté depuis le VIIe siècle, quand le moine missionnaire franc Walricus, Valery, appelé l’Apôtre des falaises, est venu évangéliser les habitants de la région. Les moines y élèvent une chapelle en 1035 qui se mue en église un siècle plus tard.

LE SAViEZ-VOUS ? À L’ORIGINE, VARENGEVILLE-SUR-MER S’APPELAIT WARINGIVILLA, « DOMAINE DE WARENGARIUS » C’EST À DIRE GUÉRANGER,EN GERMANIQUE.

 

 

L’arbre de Jessé, sujet très souvent représenté au Moyen-âge, est l’illustration de la prophétie d’Isaïe (11, 1) : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. » Cet arbre généalogique – cité par l’évangéliste Matthieu (1, 1) – symbolise la lignée royale de Jésus-Christ, descendant du roi David par son père, Joseph de Nazareth.

 

 

 

Comme plus tard saint François d’Assise, saint Valery est souvent entouré de petits oiseaux qui viennent familièrement voltiger autour de lui, se poser sur ses épaules ou manger dans sa main, semblant discuter avec lui.Son charisme de guérisseur et les nombreux miracles qu’il obtient attirent à lui une foule nombreuse et Valery doit souvent se réfugier à l’écart. Il meurt en ermite en 622.

Il y a mille ans, le sanctuaire se trouvait à plus de mille mètres de la mer. L’église actuelle n’est plus qu’à 60 mètres du bord de la falaise, rongée inexorablement par l’Atlantique.

La tombe de Georges Braque (1882-1963), premier peintre exposé au Louvre de son vivant. Il vécut les quarante dernières années de son existence à Varengeville. Ci-dessous, les toiles de Michel Ciry (1919-2018), peintre, graveur et compositeur.

DE CURIEUX DÉCORS

La plus ancienne des deux nefs, au nord, date des XIIe et XIIIe siècles. Elle est construite en silex et coiffée d’une charpente en bois, aux fines nervures, de style roman. L’autre, de style gothique, fut édifiée au XVIe siècle en moellons de grès pour agrandir l’édifice. Avec son plafond en forme de coque de bateau renversée, elle fut financée par un armateur du pays, Jehan Ango. Les deux nefs sont séparées par une  série  de  colonnes  de  grès  sculptées  de  motifs  étonnants  :  tricéphale (trois visages réunis en une seule tête, un symbole tout droit  sorti  des  croyances  celtiques), coquilles Saint-Jacques, têtes de personnages coiffés à la mode Henri II, rosaces, blasons, sirènes, chef indien – rappelons que les courageux marins Dieppois  voyageaient  jusqu’à  Terre-Neuve pour pêcher la morue  ! – et même un marin en train de vomir justement, certainement incommodé par ce long périple…À la croisée du transept s’élève une tour-clocher alternant  le  grès  et  la  brique.  L’originale, du XIIIe siècle, s’est effondrée en 1826.

CHOYÉE PAR LES ARTISTES

Dans l’abside, l’autel et le gisant du saint patron de l’église sont baignés d’une lumière bleutée, diffusée par un vitrail abstrait signé Raoul Ubac, un disciple de Georges Braque. Le même Braque, maître du cubisme, qui a dessiné le vitrail voisin : l’arbre de Jessé. L’église abrite également trois toiles de Michel Ciry, peintre varengevillais.

EN DÉTAIL

UN TRÉSOR MENACÉ ? 

Posée sur un terrain glissant versla falaise d’une part et menacée par l’érosion côtière d’autre part, faudra-t-il un jour déplacer l’église Saint-Valery ? Ici, le littoral recule de trente centimètres à plus d’un mètre par an. Pour preuve, à quelques kilomètres, un blockhaus allemand du Mur de l’Atlantique est fiché à la verticale sur la grève de Sainte-Marguerite-sur-mer. Pour le faire basculer, les pompiers lui ont donné un coup de pouce en le remplissant d’eau en 1994. Il se dresse désormais seul, au beau milieu de la plage, à plus de trente mètres de la falaise ! L’église n’est plus qu’à 60 mètres du précipice. De quoi tenir trente, cinquante ans tout au plus… Au sujet de son sauvetage, les noyers et les charmes bruissent des hypothèses les plus folles : la déconstruire et la rebâtir plus loin ? Refaire le soutènement pour la freiner ? La hisser par des vérins et la poser sur roulettes ? L’État n’a pas encore tranché, loin s’en faut !

L’APÔTRE DES FALAISES

Wallaric – Valery – naît aux alentours de 550 en Auvergne dans une famille pauvre. Issu d’une lignée de bergers, il aime la solitude et le recueillement, et embrasse très tôt la pauvreté évangélique. Il rejoint à Luxeuil les disciples du moine irlandais et futur saint Colomban. Avec la permission de Clotaire II, roi des Francs, il fonde une abbaye bénédictine à Leuconay, aujourd’hui Saint-Valery-sur-Somme. Un jour qu’il aperçoit au loin un condamné pendu à la potence, Valery se précipite sur le gibet, tranche la corde, inonde le visage du supplicié de ses larmes et le ressuscite ! Voyant cela, le seigneur des lieux ordonne que l’on repende le criminel aussitôt, mais Valery, à force de persuasion, obtient sa grâce. Une autre fois, il remet sur pieds un paralytique qui, fou de reconnaissance, rejoint les disciples de Valery et finira par lui succéder à la tête du monastère. Imposant les mains et traçant des signes de croix sur les membres malades, il guérit, chasse les démons, fortifie le peuple dans la foi, le délivre de l’idolâtrie et du paganisme.

POUR ALLER + LOIN

http://varengeville-sur-mer.fr

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