Le trésor miraculé de Notre-Dame de Paris

by Alexandre Meyer

Pendant que 400 sapeurs-pompiers luttaient contre l’incendie qui ravageait la cathédrale, les équipes de la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France sauvaient du brasier les trésors de Notre-Dame. 1 300 oeuvres d’art ont été mises à l’abri.

PAR ALEXANDRE MEYER PHOTOS : MARC-ANTOINE MOUTERDE

Beaucoup ont une valeur inestimable : reliques de la Passion du Christ, vitraux, rosaces, statues, tapis, tentures, ornements et meubles liturgiques, tableaux, grandes orgues… La liste des trésors conservés à Notre-Dame de Paris reflète le foisonnement culturel et artistique de toute la Chrétienté, du Moyen-Âge à nos jours. Ils ont fait l’objet de la ferveur des fidèles venus du monde entier pendant des siècles et sont le fruit du génie des orfèvres, des sculpteurs et des peintres français. Le 15 avril dernier, ils auraient disparu à tout jamais sans la bravoure des sapeurs-pompiers de Paris et la témérité des anges gardiens de notre patrimoine.

LES RELIQUES D’ABORD

Pendant que l’incendie qui s’était déclaré dans la charpente dévorait la flèche néo-gothique érigée à la croisée des transepts, la cathédrale Notre-Dame était vidée de ses oeuvres d’art les plus menacées en un temps record. Parmi celles-ci, il faut citer la couronne d’épines du Christ – achetée par saint Louis à l’empereur latin de Constantinople – un fragment de la Vraie Croix et bien d’autres insignes reliques, tapisseries ou pièces d’orfèvrerie.

LES CLOCHES CARILLONNERONT ENCORE

Les tours ont tenu bon et les cloches qu’elles abritent avec elles. Les neuf nouvelles, qui avaient été installées en 2013 pour le 850e anniversaire de la cathédrale, et la plus importante : le bourdon baptisé Emmanuel par son parrain Louis XIV. Âgé de plus de 300 ans, il pèse treize tonnes et son battant, la partie à l’intérieur de la cloche qui tape contre les parois pour produire le son, fait 500 kilos ! C’est l’un des plus beaux vases sonores d’Europe, aux dires des campanologues. Le grand orgue réalisé par l’auguste facteur d’orgues Aristide Cavaillé-Coll en 1868 a reçu un peu d’eau mais pourra être rapidement remis en état.

UNE LONGUE RESTAURATION

Si les vitraux des trois grandes rosaces des XIIe et XIIIe siècles sont intacts, les stalles en chêne sculpté du XVIIIe siècle situées de part et d’autre du choeur sont noircies par l’incendie, de même que les chimères de pierre taillée qui coiffent l’édifice, et sont très fragilisées. La restauration de ces oeuvres va maintenant commencer avant qu’elles ne retrouvent la place qui est la leur. Pour ne plus la quitter, espérons-le !

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EN DÉTAILS

La sainte Couronne d’épines et son reliquaire, réalisé d’après les dessins de Viollet-le-Duc, ont été mis en lieu sûr. Le maître-autel, la Pietà du sculpteur Nicolas Coustou, Louis XIII offrant sa couronne et son sceptre, Louis XIV en prière ne sont pas menacés. Retrouvées intactes, les statues demeureront sur place sous la protection d’un filet.

Datant du XIVe siècle, la statue de la Vierge à l’Enfant, dite Notre-Dame de Paris, dressée dans la nef à la croisée du transept, a échappé aux chutes de plomb en fusion et à l’écroulement de la flèche.

Le 19 août 1239, le roi Louis IX, futur saint Louis, entre à Paris en procession vêtu de cette simple tunique. Les pieds nus, débarrassé de ses atours royaux, il porte la Sainte Couronne d’épines du Christ jusqu’à Notre-Dame.

LES GRANDS « MAYS » DE NOTRE-DAME SONT SAUFS

L’offrande du May à Notre-Dame de Paris par la Confrérie des orfèvres parisiens est instituée le 1er mai 1449. À partir de 1630, les petits mays (décors floraux, petits tableaux ou pièces d’architecture) sont remplacés par de grandes toiles représentant des scènes de l’évangile. Commandés aux plus grands artistes contemporains, soixante-seize tableaux rejoindront la collection de la cathédrale jusqu’en 1707. Treize seulement s’y trouvaient encore lors de l’incendie (les autres sont au Louvre et au musée des Beaux-Arts d’Arras). Ils ont souffert de la suie et des projections d’eau mais ne sont pas en danger.

LE SAUVETAGE DES RELIQUES

Le père Jean-Marc Fournier, aumônier des sapeurs-pompiers de Paris, se porte au secours des reliques tandis que les braises tombent des voûtes. Une fois la Sainte Couronne et les autres reliques de la Passion du Christ évacuées, le prêtre n’oubliera pas d’extraire le Saint-Sacrement du tabernacle… et de bénir l’édifice en proie aux flammes. La tour Nord sera sécurisée quelques instants plus tard.

LE COQ A PRIS SON ENVOL

Le paratonnerre spirituel de Paris a survécu au cataclysme. Après une chute de plus de soixante mètres, le coq de la flèche de Notre-Dame de Paris a été retrouvé sur le chemin de ronde de la nef, cabossé mais toujours scellé ! Il renferme une relique de sainte Geneviève, une autre de saint Denis – tous deux saints patrons de la ville de Paris – ainsi que l’une des soixante-dix épines de la couronne du Christ.

LES STATUES ORPHELINES

Les seize statues de cuivre qui ornaient la flèche de Notre-Dame de Paris s’étaient envolées le 11 avril, quatre jours avant l’incendie, pour être restaurées. Représentant les douze apôtres et les quatre évangélistes, elles sont aujourd’hui orphelines de leur piédestal de bois et de plomb. L’un des apôtres, Saint Thomas, patron des architectes, porte les traits de Viollet-le-Duc, le père de la flèche réalisée en 1860 et à jamais disparue.

POUR ALLER LOIN : https://www.notredamedeparis.fr

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