LE SKITE SAINTE-FOY DE SAINT-JULIEN-DES-POINTS : ENTRE TERRE ET CIEL

by Marie Fawzy

Pour gagner le skite Sainte-Foy, il faut laisser derrière soi la vaste plaine d’Alès et s’engouffrer dans la Vallée Longue, remonter plein nord vers la Lozère, aux sources du Gardon. La « capitale des Cévennes » s’éloigne, le crassier des anciennes mines  de  charbon  de  Rochebelle est toujours là, comme un cône de chantier noir de suie, relique des houillères qui firent la fortune de la cité au XIXe siècle. La « ligne des Cévennes » court à main droite. Ce chemin de fer mythique, reliant Clermont-Ferrand à Nîmes par Langogne, emprunte d’innombrables tunnels et viaducs enjambant les précipices. Le lac de sainte Cécile d’Andorge, plan d’eau calme retenu par deux barrages, est couvert de brume où viennent mourir les versants escarpés de la vallée, couleur d’émeraude, plantés de pins, de châtaigniers, de mûriers blancs aux feuilles larges et grasses, de chênes verts, secs et noueux.

UN ANCIEN PRIEURÉ BÉNÉDICTIN

Les pentes du village de Saint-Julien-des-Points sont scandées de faïsses, ces bandes de terre sou-tenues  par  des  murs  de  pierre  sèche où poussaient la vigne et les cultures vivrières dans les temps anciens.  Au  sommet,  le  skite  Sainte-Foy est flanqué d’une tour à signaux du XIIe siècle et d’une ferme fortifiée camisarde (du nom des insurgés protestants en guerre avec   l’armée   royale   au   XVIIIe siècle). Il porte le nom d’une jeune vierge martyre agenaise persécutée  en  303,  patronne  des  enfants et des causes désespérées.

UN MONASTÈRE ORTHODOXE

Le hiéromoine  Gérasime,  plus  connu sous le nom de Frère Jean, est né en 1947, il est originaire des Cévennes. Ancien photographe de mode et de publicité, il devient moine au Mont-Athos, en Grèce, en 1983. Puis il s’installe au monastère de Saint-Sabba, dans le désert de Judée, en Terre Sainte. Avec le Frère Joseph, il fonde en 1996 le skite Sainte-Foydont  il  est  l’higoumène,  le  supérieur.  Il  a  été  ordonné prêtre en 2006, à la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky, à Paris. Le monastère dépend canoniquement de l’archevêché des Églises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale, rattaché au Patriarcat de Moscou.

LE SAViEZ-VOUS ? UN SKITE, DU GREC BYZANTIN SKITI, DÉSIGNAIT À L’ORIGINE CES MONASTÈRES DU DÉSERT DE SCÉTÉ, EN ÉGYPTE, OÙ SE RETIRAIENT LES ERMITES DES PREMIERS SIÈCLES DU CHRISTIANISME, LES « PÈRES DU DÉSERT ».

 

 

Frère Jean entouré de deux jeunes fidèles pendant les dernières fêtes de la Pâque. Les frères se lèvent à 4 heures pour prier, travaillent cinq heures par jour à l’extérieur, partagent un repas de légumes du potager. Ils pratiquent un jeûne léger les lundi, mercredi et vendredi, et chaque jour en carême. « On ne jeûne pas pour se punir mais pour se purifier, s’alléger, se rendre transparents à la grâce de Dieu. »

 

 

 

Le monastère est célèbre pour sa cuisine et les grands cuisiniers de la région – et de bien plus loin encore – sont nombreux à venir se ressourcer là, partager une création culinaire, respirer, contempler. « Le jardinier ne cultive pas des salades mais la terre. Tout est une création de Dieu : le jardinier purifie, nettoie la terre, l’homme est un serviteur du monde et coopère à l’acte créateur de Dieu. Il est le serviteur de quelque chose qui le dépasse et le magnifie. »

 

 

Le skite, charpenté de châtaignier, couvert de toits en lauzes, aux murs enduits à la chaux, s’ouvre sur une cour intérieure pavée en calade : les pierres sont posées de chant, en rangs serrés. La chapelle dédicacée à saint Sabba est décorée des fresques de l’iconographe russe Yaroslav Dobrynine

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Frère Jean exprime sa foi par le jardin, la photographie, la cuisine, la poésie. Frère Joseph, par le chant et le travail de la pierre. Tous deux témoignent de leur foi par leurs œuvres pour laisser un signe aux générations futures.

EN DÉTAIL

UN SIGNE

 Artisans, artistes, paysans… Le skite ouvre grand ses portes à ceux qui veulent entendre les offices et la Divine Liturgie (la messe), et peut accueillir sur rendez-vous quelques pèlerins et prêtres dans ses trois chambres et deux cellules. « D’abord, j’écoute le pèlerin, puis je l’invite à redécouvrir ses racines chrétiennes, nous confie Frère Jean. Je lui parle de la prière du cœur, de l’ascèse, du jeûne, de la confession, de la Tradition vivante de l’Église, qui se renouvelle sans cesse. »

Le secret de Frère Jean pour éveiller les consciences endormies tient en un mot : l’émerveillement. « Restez émerveillé : il n’y a pas deux pâquerettes identiques. Pour Dieu, chaque brin d’herbe, chaque feuille est unique. » Frère Jean utilise la photographie pour fixer un éblouissement, nous inviter à la contemplation, pour retranscrire la noblesse de chaque chose : d’une fleur, d’une tomate, de l’écorce d’un arbre, d’une croix de fer forgé dans le crépuscule, nimbée de couleurs changeant au gré des saisons… « Ce n’est pas le stylo qui fait la poésie ni l’appareil qui fait la photo, c’est la beauté de Dieu que je montre… »

À DÉCOUVRIR

Art Sacré au Skite Sainte-Foy, Frère Jean, Éditions Art Sacré, 2020, 156 pages et de nombreuses photos, 20 €. Les Recettes du Monastère, Frère Jean, Éditions Art Sacré, 2019, 171 pages, 20 €.

Des recettes pour le temps ordinaire, et des recettes pour le jeûne, pour l’âme : « Le repas de l’âme, c’est le carême, la faim de Dieu ! »

POUR ALLER + LOIN

www.photo-frerejean.com/le-skite-sainte-foy.html• 150 chefs-d’œuvre de l’art sacré somptueusement reproduits• 80 méditations artistiques et spirituelles• 50 grands textes de la lit térature de Bossuet à TolstoïDis 

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