LE PSAUTIER DE MONTPELLIER

by Alexandre Meyer

Cette miniature de Jésus-Christ ouvre le Psautier dit « de Montpellier », daté du VIIIe siècle. Manuscrit enluminé, composé à l’abbaye bénédictine bavaroise de Mondsee, près de Salzbourg, dans l’actuelle Autriche, il est conservé à la bibliothèque interuniversitaire de Montpellier.

PAR ALEXANDRE MEYER

Le précieux manuscrit languedocien a-t-il appartenu à l’empereur Charlemagne ?

Mandaté sous le Consulat par le ministre Jean-Antoine Chaptal, le professeur Vic- tor-Gabriel Prunelle constitue à Montpel- lier une collection de quelque 900 volumes de manuscrits, dont 650 médiévaux, parmi lesquels près d’une soixantaine datent de la période carolingienne. Provenant pour la plupart des confiscations révolutionnaires, l’un d’entre eux s’en détache par sa rareté et son prestige : le Psautier de Charlemagne.

Charlemagne, né vers 742, fils de Pépin le Bref, roi des Francs, monte sur le trône en 768. Il est couronné empereur à Rome par le pape Léon III la nuit de Noël de l’an 800. Il meurt en janvier 814 après un règne qui inaugurera la « renaissance carolingienne ». Fervent défenseur de la foi catholique, Char- lemagne pourvoit, tout au long de son règne, aux besoins du clergé, affermit l’autorité de l’Église et tranche de nombreux problèmes doctrinaux ou de discipline ecclésiastique par capitulaires (actes législatifs).

Le psautier qui porte son nom, manuscrit sur parchemin comptant 346 feuillets, mesurant 21 cm de haut sur 12 de large, contient deux grandes miniatures représentant David récitant les psaumes avec une lire médiévale, le psaltérion, à la main et le Christ portant un livre et un stylet. Son décor est riche de lettrines ornées de pois- sons et de figures géométriques rouges, jaunes ou vertes.

L’ouvrage est composé, pour ses feuillets les plus anciens, en écriture de transition très proche de la caroline, lisible et régulière, telle qu’elle s’est répandue de 770 à la fin du VIIIe siècle, pour uniformiser les écritures régionales de l’empire. Les pages adventices (ajoutées ultérieurement) sont en minuscule caroline et ont été écrites au monastère Notre-Dame de Soissons où le volume fut longtemps conservé. Elles sont datées avec certitude des années 783 à 794 et mentionnent le pape Adrien Ier (mort en 795), la reine Faustrade de Franconie, épouse de Charlemagne (morte en 794), ainsi que sa fille, Rotrude. Il fut probable- ment le compagnon de leurs dévotions à l’une comme à l’autre.

Le manuscrit quitte Soissons pour Auxerre cent ans plus tard et sera racheté par le président Bouhier de Savigny, magistrat au parlement de Bourgogne, grand bibliophile du XVIIIe siècle. Sa collection (35 000 ouvrages et 2 000 manuscrits) sera majori- tairement vendue à l’abbaye de Clairvaux en 1784 qui n’en tirera qu’un maigre profit spirituel : la Révolution les confisquera avec l’ensemble de ses biens cinq ans plus tard.

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