La Bible est-elle fiable ? 

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Débat. La Bible est le livre le plus vendu au monde. Construit au fil des siècles, le texte sacré des chrétiens est considéré par eux comme la Parole de Dieu elle-même. Pour d’autres, au contraire, elle n’est pas fiable. 

Débat entre Lili Sans-Gêne et Henry de Villefranche

La Bible est une compilation arbitraire de textes qui n’ont bien souvent aucun rapport entre eux. Je ne vois pas quelle cohérence les chrétiens peuvent y trouver.

Ce ne sont pas seulement les chrétiens qui trouvent une cohérence dans les livres de la Bible, ce sont ceux qui font attention à ce qu’ils lisent. Ces livres ont été non seulement écrits une fois, mais transmis et transformés au fur et à mesure pour devenir plus unifiés et compréhensibles. Par exemple, les mots du Nouveau Testament reprennent ceux de l’Ancien pour montrer cette unité et la progression qui aboutit à Jésus, Messie et Fils de Dieu. La reliure qui rassemble tous les livres d’une Bible n’est pas du tout arbitraire, fruit d’une décision autoritaire. Un autre souci des écrivains est de dire la même chose de plusieurs manières afin d’être sûrs de bien se faire comprendre.

En fait, la Bible est comme un puzzle : c’est plein de pièces détachées, et on n’arrive à les remettre ensemble que si on a le modèle d’ensemble du puzzle. Eh bien, ce modèle, on le trouve dans des explications qui accompagnent une bonne édition de la Bible. Il faut bien se dire que la lecture des textes bibliques suppose un vrai travail, mais c’est au prix de cet effort qu’on peut vraiment entrer dans le texte.

Les différents textes de la Bible ont tellement été écrits et réécrits qu’ils n’ont en réalité plus rien à voir avec les textes primitifs. On n’a plus de traces de ces premiers écrits. 

C’est presque exact : si on veut comprendre un texte ancien, il faut le traduire, l’adapter, l’améliorer, pour que le message initial garde sa fécondité. D’où le côté évolutif du texte. Mais cela ne se fait pas de façon arbitraire : l’évolution des textes veille à montrer et l’ancienneté du message et son développement, qui témoigne de sa disponibilité : en clair, on ne triche pas, on transmet ! Mais quand un texte est laissé dans son « jus » primitif, on n’y comprend généralement rien. Un phénomène comparable est la traduction des textes : plus on traduit dans des langues nouvelles et modernes, plus le texte s’enrichit pour les premiers lecteurs. D’ailleurs, on n’a pas de version originale et on n’en a pas besoin : l’avenir est plus prometteur que le passé ! Prenons un cas assez proche : on traduit la Bible dans toutes les langues, plus de deux mille ! Est-ce que ces traductions sont moins sûres que le texte en hébreu ou en grec ? Non : la Bible en français est aussi riche que les textes anciens, on découvre même de nouvelles nuances, et c’est pourquoi juifs et chrétiens ont toujours encouragé les traductions, qui sont forcément des adaptations, et qui sont d’excellents témoins de la parole de Dieu qui est pourtant unique. La transmission est plus riche que la conservation des textes anciens.

Les manuscrits découverts dans les grottes sont gardés secrètement par le Vatican car ils sont la preuve que le christianisme était juste une petite secte qui a mieux réussi que les autres.

C’est une idée fausse mais très répandue que les croyants sont opposés à la science. Regardons de plus près : le livre de la Genèse affirme que Dieu a créé le monde par sa parole, en appelant la lumière, le ciel, la terre, etc. : ça veut dire tout simplement que le monde est intelligible pour les hommes. Les juifs et les chrétiens ont toujours été des chercheurs, en science comme en littérature. Qui a développé les bibliothèques ? Ce sont les moines. À notre époque, on ne peut plus cacher grand-chose dans le domaine des sciences. Les manuscrits découverts et lisibles ont été publiés très rapidement. Beaucoup sont plein de trous, d’autres sont comme des confettis… Leur publication, même aléatoire, se poursuit très scientifiquement et sans complot, mais ça peut prendre du temps parce que c’est difficile et on manque souvent de personnel qualifié. En plus, beaucoup de ceux qui avaient compilé et caché ces livres dans les grottes près de Qumran attendaient une nouvelle révélation du Dieu de la Bible, et ils ont reconnu Jésus comme Celui qu’ils espéraient. Cela ne veut pas dire qu’ils ont réussi leur coup, ça veut dire que leur attente était légitime et les a préparés à accueillir le messie. Donc, cette littérature est une aide pour les lecteurs de la Bible, et on serait bien bêtes de ne pas les utiliser ou de les cacher !

Comment quelqu’un ayant un esprit scientifique peut-il croire que cette compilation de livres rédigés par des hommes est la parole de Dieu lui-même ?

La raison et la foi peuvent faire bon ménage. Mais même si on a établi scientifiquement la valeur littéraire et historique de la Bible, croire qu’elle témoigne de la parole de Dieu est d’un autre ressort, qui est surnaturel. Cela dit, le croyant que je suis est très heureux que le texte biblique soit aussi un chef-d’œuvre du point de vue littéraire. Le vrai problème est de se demander comment Dieu peut parler aux hommes, car en réalité, la Bible est aussi une parole d’homme. Mais comment Dieu lui-même pourrait-il se faire connaître dans la langue des hommes ? Ce n’est pas parce qu’un chinois parle français qu’il n’est plus chinois ! Donc, Dieu qui parle comme les humains reste Dieu tout en communiquant avec nous.

Comment croire aux Évangiles puisqu’ils ne concordent même pas entre eux ?

Comment voulez-vous exprimer des idées justes, fortes et vraies en un seul jet ? Ce que Dieu ou Jésus ont dit et fait ne peut être raconté en une fois. Déjà, dans la Genèse, il y a deux récits de création qui se suivent et se complètent. Plusieurs points de vue sont nécessaires pour qu’une information soit recevable. Dans le cas des évangiles, c’est bien le même Jésus dont on parle, mais chaque récit se donne pour but non seulement de le connaître, mais de se mettre à sa suite. Quatre chemins ne sont pas de trop. Il y a même « l’évangile de Paul », en plus, et chacun peut ainsi trouver sa voie pour devenir disciple et devenir lui-même un petit évangile. Disons encore que ce procédé permet de se poser la question de la vérité des évangiles en nous amenant à bien lire les récits en faisant attention à leurs différences. On appelle ça l’esprit critique, et c’est très utile, parce que la lecture croyante de la Bible et des évangiles est en même temps un acte de l’intelligence.

Même entre chrétiens, vous n’êtes pas d’accord sur le choix des livres qui composent la Bible… 

Il y a toujours des contestataires, ce qui donne à réfléchir sur les habitudes. Par exemple, si on n’avait pas l’Apocalypse de Jean, est-ce ça nous manquerait ? À moi, oui, et je me suis posé la question parce que la réception de ce livre a été contestée au début. Du coup, l’Apocalypse est devenue mon trésor. Sinon, tous les baptisés reçoivent la même Bible. Il y a même une traduction œcuménique de la Bible (T.O.B.), fruit d’une collaboration entre catholiques, protestants et orthodoxes.

Et les écrits apocryphes, l’Évangile de Juda par exemple, pourquoi n’ont-ils pas été retenus par l’Église ? N’est-ce pas parce que les révélations qui s’y trouvent viennent contredire la foi des chrétiens ? L’Église n’a gardé que ce qui l’arrangeait et cache le reste. 

En réalité, on ne connaît pas d’acte d’autorité ancien qui fixe la liste des livres bibliques. Ça s’est fait de manière très pragmatique, selon la foi commune et la fécondité des livres reçus. Les autres, très ennuyeux, n’intéressaient plus personne, et on les a laissés tomber. C’est la théorie du soupçon ou du complot qui les ressort de l’oubli pour faire sensation, mais vérifiez vous-mêmes : ils sont très peu inspirants, et ça a été un critère pour les abandonner. Cela dit, il ne faut pas imaginer un écrivain inspiré comme quelqu’un en extase, de manière un peu magique. L’inspiration vient de l’Esprit Saint et elle agit de manière souvent inconsciente. Ainsi, il est très important de tenir que la Bible est à la fois parole de Dieu et parole des hommes, comme elle est un livre unique et une petite bibliothèque, comme enfin elle est le livre d’un peuple et le livre de l’humanité tout entière. Au total, disons que les livres de la Bible sont une littérature extraordinaire, reconnue comme inspirée par l’Esprit Saint par les croyants, et reconnue comme inspirante par une foule de penseurs, d’artistes et de gens ordinaires comme vous et moi. À nous de lire…

Henry de Villefranche est prêtre et bibliste à Paris.

Aller plus loin :

La Bible : Une synthèse d’introduction et de référence pour éclairer le contexte, les épisodes, les valeurs et l’actualité du texte. Christine Pellistrandi et Henry de Villefranche, Eyrolles, 2014.

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