JUSTINE THIBAUDAT : LA JOIE DU PUBLIC AU CŒUR

by Alexandre Meyer
Justine Thibaudat © Michaël Guichard

Photo : Justine Thibaudat par Michaël Guichard

Aussi à l’aise sur les plateaux de tournage que sur les planches de théâtre, Justine Thibaudat sera bientôt de retour sur le petit écran dans la saison 5 de Nina et sur scène au théâtre de l’Atelier, dans un rôle qui lui a valu une nomination au Molière de la Révélation féminine 2019.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE MEYER – PHOTO : MICHAËL GUICHARD

Justine Thibaudat a fait ses début à la télévision dans des séries comme Commissaire Magellan, Cherif, Nina… et au théâtre dans la pièce de Didier Van Cauwelaert Vous êtes mon sujet avec Gérard Darmon, diffusée en direct sur France 2 et mise en scène par Alain Sachs. Elle a joué le rôle titre dans Les caprices de Marianne d’Alfred de Musset et Célimène dans Le Misanthrope de Molière au théâtre Ciné 13. Elle a incarné une Thérèse de Lisieux plus vraie que nature dans Miraculeux de Myriam Toulza, en tournée dans toute la France. Début novembre on la retrouvera dans son rôle d’Anna au théâtre de l’Atelier dans une reprise de Kean d’Alexandre Dumas, adaptée par Jean-Paul Sartre.

Comment votre vocation de comédienne est- elle née ?

Toute petite je rêvais déjà d’être artiste : j’étais passionnée de théâtre, fascinée par la scène, la photo, les caméras, le cinéma. Mon père me parlait souvent de mon oncle comédien disparu bien trop tôt, il avait fait ses débuts avec Lino Ventura. Je me suis inscrite à un atelier dès mon entrée au collège. J’éprouvais des difficultés à m’exprimer avec les adultes et le théâtre m’a offert le moyen de m’affirmer, de prendre confiance en moi… ce n’est pas toujours gagné !

Comment cette passion est-elle devenue votre métier ?

Je suivais des études socioculturelles et, pendant mon DUT, j’ai passé quelques castings de publicité. Au gré des rencontres, un agent m’a pris sous son aile et de fil en aiguille j’ai débuté à la télévision avant même de fouler professionnellement les planches pour la première fois.

Vous avez des modèles, des idoles ?

Je n’ai pas d’acteur fétiche mais certaines interprétations m’ont fascinée et m’inspirent toujours profondément. Charlize Théron dans Monster de Patty Jenkins, Marion Cotillard campant Edith Piaf dansLa Môme d’Olivier Dahan, Romy Schneider… Au- delà de l’image, je suis très sensible à l’ambiance dans laquelle nous plonge un grand film, surtout la bande originale.

Justine Thibaudat incarne Anna dans Kean d'Alexandre Dumas © Photo Lot

Justine Thibaudat incarne Anna dans Kean d’Alexandre Dumas © Photo Lot

Quel est le plus gros défaut du comédien ?

L’orgueil. Et l’égo mal placé. Il en faut, il fait partie de l’acteur, mais à la condition qu’il soit bien placé. Un entourage sain est une aide précieuse pour garder les pieds sur terre, avoir du recul.

Quelle est la plus grande crainte d’un acteur ?

De ne plus être aimé. La peur de déplaire au public. « Ma religion, c’est l’amour » disait sainte Thérèse de Lisieux. Je dirais moi aussi que mon métier, c’est l’amour. En dehors de cela, Être jugé sur sa prestation est une source de stress considérable pour tous les acteurs. Il y a des critiques qui sont constructives mais ce n’est pas toujours le cas. Certains projets ont du succès, d’autres non. Le public est exigeant, plus personne ne peut pré- tendre aujourd’hui au statut de star, les jeunes acteurs ont du mal à sortir du lot… Nous ne sommes pas maîtres de la réussite d’un projet.

En quoi consiste votre travail ?

Il faut se former en permanence, prendre des cours de coaching, suivre des master classes, des stages, travailler tous les jours, comme un musicien ferait ses gammes ou une danseuses ses étirements. Chacun sa recette et sa manière de gérer sa carrière mais le travail d’un acteur, c’est avant tout d’exercer son corps, sa mémoire, sa voix, sa respiration. Je lis beaucoup de scénarios et de pièces de théâtre, je sors énormément au théâtre et je vais voir le plus possible de films, je m’intéresse à ce que font les autres. Il faut aussi gérer son image, cultiver son relationnel, ne pas hésiter à parler de son actualité. Les réseaux sociaux peuvent être une aide précieuse.

Comment évalue-t-on sa performance ?

Il faut apprendre à regarder son image, à l’accepter et ce n’est pas toujours évident. On peut ne pas s’aimer du tout, c’est un sentiment particulier, il faut apprendre à se faire confiance aussi, lâcher prise et faire confiance au regard du metteur en scène et du réalisateur.

Que voulez-vous nous transmettre en jouant ?

Offrir au spectateur la possibilité de sortir de son quotidien, car c’est le sentiment que je recherche lorsque je vais au cinéma ou au théâtre. Nous faisons ce métier pour divertir ; si le spectateur sort heureux, alors mission accomplie.

Quelle place occupe la spiritualité dans votre vie quotidienne ?

Pour moi elle est intime, comme ma foi et ma vie privée, et j’essaye de les préserver. Un jour un prêtre m’a demandé comment je vivais ma foi au quotidien. Je lui ai répondu avec sincérité que je n’allais pas à la messe tous les dimanches, mais la foi vous saisit là où vous êtes et comme vous êtes. J’ai été baptisée mais je n’ai pas reçu d’éducation religieuse. Pourtant depuis toute petite, je me suis toujours sentie bien dans les églises… Je suis récemment entrée dans une église alors que je n’avais pas mis les pieds à la messe depuis des semaines. À peine entrée, j’ai été bouleversée. Je me suis reconnectée à cette formidable énergie que l’on ressent au cours d’une belle célébration. Cela m’a fait du bien d’y retourner. J’ai d’ailleurs parfois l’impression d’entrer au théâtre comme on entre dans une église.

Vraiment ?

Je trouve que certaines salles sont « chargées », qu’elles ont une âme comme les églises. Particulièrement les théâtres parisiens qui ont du vécu, où sont passés de grands acteurs, une foule de visiteurs.

Avez-vous un rituel avant d’entrer en scène ?

Pour me recentrer avant d’entrer en scène, je m’assois dans les coulisses, tout près du plateau. Je fais une courte prière et j’oublie ce qui m’en- toure. Je vais vous partager une anecdote : quand je jouais Thérèse de Lisieux, je prenais un long temps de prière, un temps d’oraison comme les carmélites, ma loge était devenue une vraie petite chapelle.

Thérèse, c’est un rôle qui vous a marqué ?

Il y a une responsabilité supplémentaire à incarner un personnage qui a existé, connu du monde entier. Mon chemin avec Thérèse est à part. C’est d’ailleurs en endossant le rôle de Thérèse, en travaillant mon personnage, que j’ai mis des mots, accepté, renoué avec ma foi. J’ai choisi de croire, c’est une grande liberté.

SA PIÈCE

KEAN d’Alexandre Dumas adaptée par Jean-Paul Sartre. Du 5 novembre au
5 janvier 2020 au théâtre de l’Atelier. Mise en scène : Alain Sachs. Avec Alexis Desseaux, Pierre Benoist et Sophie Bouilloux. Le comique et le tragique s’y mêlent dans une profusion de couleurs, de rires et d’émotions. Quête d’absolu, de pouvoir, hymne à la liberté, un flamboyant Dumas.

Réservations : www.theatre-atelier.com

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