Hommes et femmes: peut-on choisir son genre?

by Hélène Bordes

Débat. Le gender fait débat à tous les niveaux de la société, depuis le sommet de l’État jusque dans les écoles. Le sexe est-il une simple construction sociale? Peut-on choisir de devenir homme ou femme?

Débat entre Lili Sans-Gêne et Michel Boyancé, philosophe

1 Je ne nais pas homme ou femme. Je me définis par l’orientation sexuelle que je choisis. 

Il est vrai que certaines personnes ont des orientations sexuelles, en fait des désirs, qui ne sont pas ceux de l’homme et de la femme attirés l’un par l’autre. Ce n’est pas, la plupart du temps, un choix, mais au contraire la découverte de désirs différents de la grande majorité des autres personnes. La réalité sexuelle biologique reste néanmoins un donné premier qu’il s’agit de comprendre dans toutes ses dimensions: l’homme et la femme sont inclinés par nature pour s’aimer et mettre au monde des enfants. D’ailleurs, les études sur le comportement humain montrent la grande influence des mécanismes corporels. On a ainsi observé très récemment, parmi bien d’autres exemples, que la composition du lait maternel changeait en fonction du sexe de l’enfant. On sait aussi le rôle important des hormones sexuelles dans le comportement (comportements agressifs, de séduction, etc.).

2 Toutes les orientations sexuelles se valent: homosexuel, bisexuel, hétérosexuel, transsexuel… Dire le contraire, c’est de l’homophobie.

Dire que la sexualité humaine, corporelle, mais aussi affective et spirituelle, est enracinée dans la dualité sexuelle hommefemme, en relation à l’enfant par leur corps, n’est pas nier que des personnes ont des désirs différents ni ne pas respecter ces personnes. C’est au contraire indiquer que nos désirs individuels, qui peuvent être multiples, ne remettent pas en question cette réalité première et fondatrice qu’est le corps sexué qui donne sens à notre vie. D’ailleurs, les personnes ayant des désirs différents sont bien des hommes et des femmes. L’androgyne (ni homme, ni femme, et, à la fois, homme-femme) est un mythe.

3 Vous ne pouvez nier que certaines personnes ont un ressenti psychique différent de leur sexe biologique (une personne de sexe masculin qui se sent « femme » par exemple): c’est bien la preuve qu’on ne naît pas avec une identité sexuelle définie.

 Il faut distinguer entre la très grande majorité des personnes humaines, homme ou femme dans leurs désirs propres relatifs l’un à l’autre, et le fait que certaines personnes ont un « ressenti » différent, qui peut d’ailleurs varier avec l’âge et les situations de chacun. Malgré ces particularités minoritaires, on naît bien avec une identité sexuelle masculine ou féminine (sauf les cas rares de troubles physiologiques – chromosomiques, hormonaux, organiques, etc., – du développement que l’on appelle intersexuation), et la manière de ressentir cette identité peut être différente. Cette manière différente ne concerne pas la nature humaine commune à tous mais certaines personnes. Autrement dit, nous ne sommes pas des individus isolés, nous sommes bien membres de la grande famille humaine et celle-ci est bien organisée et structurée par la différence des sexes.

4 Nous sommes en démocratie: je suis libre de faire ce que je veux. J’ai donc le droit de choisir mon orientation sexuelle. Au nom de quoi voudriez-vous mettre des limites à notre liberté?

Ne confondez pas liberté et indépendance. Nous sommes libres, mais dans des dépendances: celle de notre corps, du sens qu’il donne à nos vies, du sens à découvrir de la sexualité, etc. On a de plus en plus tendance à croire que la démocratie est la liberté de l’adolescent: pas de contraintes, faire ce je veux. Il y a un glissement: le respect des droits de l’homme, qui doit être fondé sur la dignité de la personne dans les diffé- rences entre homme et femme comme dans les différences entre générations, devient peu à peu le respect de ce que je désire: j’ai droit à ce que je désire… Et le désir devient totalitaire.

5 L’hétérosexualité homme-femme a été inventée par les hommes pour dominer les femmes: mais tout ça, c’est fini! Nous les femmes, on en a marre d’être considérées comme le sexe faible!

Que vous ayez marre d’être considérée comme inférieure par une domination masculine, qui s’exprime encore aujourd’hui, est légitime. Mais l’hétérosexualité a-t-elle bien été inventée? L’histoire ne montre-t-elle pas au contraire que, si la domination est le fruit des désirs et des cultures, c’est parce que la nature humaine n’est pas entiè- rement déterminée par le biologique, et qu’il nous faut nous éduquer à être des hommes et des femmes respectueux et aimants. Nous ne sommes pas des animaux et nous avons besoin de nous éveiller à l’autre, à cette dimension de l’autre, par et avec notre corps. L’égalité ne veut pas dire l’absence de toute différence mais au contraire respect de toutes les différences, dans une égale dignité. Il s’agit d’être juste, c’est-à-dire aussi équitable, en tenant compte des différences, dans la mesure où elles ne sont pas toutes identiques et égales… Il faut donc un discernement: qu’est-ce qui est juste? Respecter l’homme et la femme ou les nier au non de l’égalité?

6 De toute façon, on le voit bien, c’est la société qui fait de nous des garçons ou des filles: notre genre est une pure construction culturelle et sociale.

La société peut nous présenter des modèles différents, des représentations différentes des sexes que l’on appelle le genre. Conchita Wurtz, transsexuel qui a gagné le prix de l’eurovision, en est un exemple très symbolique. Mais cela ne remet pas en cause qu’à un moment donné, il faut bien un homme et une femme pour faire un enfant, ne serait-ce que, a minima, par leurs cellules. Il faut se demander alors si ce sont des cellules qui font naître un enfant ou les personnes elles-mêmes… qui sont bien des hommes et des femmes dans leur intégralité d’êtres humains et qui ne sont pas réductibles à leurs cellules et ainsi à l’anonymat.

7 C’est la volonté seule qui fait qu’on devient parent: on n’est pas mère parce qu’on a accouché, ou père parce qu’on a donné son sperme.

 On est père ou mère dans toutes les dimensions de son être, et non par ses seules cellules sexuelles ni par sa seule volonté. Nous sommes un ensemble complexe et unifié: aimer, c’est aimer avec son corps, ses sentiments, son intelligence et sa volonté, de tout son être et de tout son cœur. La volonté seule n’existe pas en réalité car, inévitablement, nous l’exprimons par nos désirs: ce que nous voulons, c’est ce que nous désirons.

8 Je persiste à penser que, puisqu’il n’y a pas de différences entre les sexes, un enfant peut être éduqué par un homme et une femme, deux hommes ou deux femmes.

Il peut y avoir des situations individuelles, mais celles-ci ne remplaceront jamais le fait qu’un garçon et une fille se développent en référence à leur corps sexué, et en comparaison avec le corps et l’identité de leurs parents. Sinon, effectivement, on va en arriver à ce que les biotechnologies remplacent la nature. Comme certains le prophétisent déjà: « Nous allons inexorablement vers une humanité unisexe, sinon qu’une moitié aura des ovocytes et l’autre des spermatozoïdes, qu’ils mettront en commun pour faire naître des enfants, seul ou à plusieurs, sans relation physique, et sans même que nul ne les porte. Sans même que nul ne les conçoive si on se laisse aller au vertige du clonage ».(1) Nous sommes à la croisée des chemins: est-ce bien cela que nous voulons?

1 : Jacques Attali, www.slate.fr/ story/67709/humanite-unisexe-biologie-immortalite

Pour aller plus loin :

Hommes, femmes, entre identités et différences Michel Boyancé, Paris, PUIPC, 2014 Gender qui es-tu? Éd. de l’Emmanuel, IUPG, 2012 L’éducation à l’âge du gender Salvator, 2013

Vous aimerez aussi

Vous aimez lire

Renseignez votre adresse email ci-dessous
Vous recevrez ainsi chaque mois L’1visible gratuitement dans votre boîte mail

NON MERCI