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Frédéric Pichon : De la révolution au néant

11 mars 2013

frédéric pichon

 À l’adolescence,  sa route croise celle d’un groupe nationaliste-révolutionnaire.  Son engagement politique le conduit jusqu’au néant.

Je ne suis pas parti de rien. Baptisé, j’ai eu la chance de vivre dans une famille unie ayant des valeurs naturelles. Mais sans pratique religieuse hormis pour Noël. Le catéchisme que j’ai reçu était très moralisateur et dénué de toute transcendance. Je croyais néanmoins en Dieu.
J’ai toujours été passionné. Je suis passé de la passion pour le foot à la science-fiction, à l’armée et aux bandes dessinées. Puis, à l’adolescence, je me suis passionné pour la politique. Je fréquentais des lycées où la majorité des élèves et professeurs étaient à gauche, voire à l’extrême gauche, et où régnait une très forte intolérance. En réaction, je me suis radicalisé, mais j’hésitais à franchir le pas.
Lors d’une grande manifestation, j’ai assisté à une charge de militants d’un groupe nationaliste-révolutionnaire. Ils étaient sept face à des centaines d’adversaires. Leur force, leur courage m’ont séduit. Je les ai rejoints et j’ai gravi les échelons. Assez rapidement, j’ai été confronté à la violence politique. D’abord défensive, elle est devenue un mode d’expression, voire une esthétique. Le sentiment d’adrénaline, de puissance et de peur surmontée, provoque des émotions fortes. Un jour, un adversaire politique a sorti un couteau devant moi. Je m’en suis bien tiré mais un enfant qui assistait à la scène s’est mis à pleurer. J’ai alors mesuré que ce qui était devenu banal pour moi était tout sauf anodin. Un autre jour, un camarade a été tué par la police lors d’une manifestation. Mon sentiment de révolte contre le système a atteint son paroxysme. J’étais alors plus attiré par l’esthétique païenne et la philosophie nietz-schéenne, que par un christianisme qui semblait avoir perdu le sens du sacré et était devenu, selon moi, une morale abrutissante et niaise. Jusqu’au jour où j’ai rencontré une jeune femme qui vivait sa foi de manière authentique. J’ai commencé à m’interroger.
Le point culminant de mon engagement politique a été mon départ dans l’armée croate. Beaucoup de volontaires étrangers rejoignaient la Croatie martyre. J’ai alors connu l’épreuve du feu et plusieurs camarades ont été blessés. L’un d’entre eux a été tué. Cela m’a amené à réfléchir au sens de ma vie. Revenu en France, j’ai repris mes études, car louper ma vie est la chose qui me faisait le plus peur. J’ai vécu une relation amoureuse forte, mais je me suis rendu compte au bout de quelques mois que mes engagements passionnés ne me comblaient pas. Un jour, alors que j’étais allé au bout, j’ai été confronté au néant. Cela n’a duré que quelques minutes mais cette expérience fut terrifiante : un véritable trou noir. Je suis allé immédiatement à l’église. Je me suis mis à genoux, ce que je n’avais jamais voulu faire par orgueil nietzschéen. J’ai perçu que Dieu existait et que ma vie avait un sens si elle était vécue en lui.
Puis, de rencontre en rencontre, j’ai été comme guidé. Des paroles m’étaient adressées qui répondaient précisément à mes questions. Cette conversion a été douloureuse car j’ai dû remettre en cause certaines amitiés. En ouvrant la Bible, je tombais souvent sur cette phrase : « Qui ne renonce pas à lui-même et ne porte pas sa croix n’est pas digne de me suivre. » Mais cette épreuve a été une libération. J’ai reçu la confirmation à 26 ans. Si Dieu a changé mon cœur, je ne suis pas pour autant devenu un autre Frédéric mais plus profondément moi-même. Pour empêcher cette conversion, l’esprit du mal nous fait imaginer que Dieu veut faire de nous des êtres rétrécis. C’est tout le contraire. Je ne saurais assez remercier Dieu pour cette grâce de conversion qui m’a été faite. Mais je n’oublie pas qu’il s’agit d’une affaire de chaque jour.

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