Bernard Campan : Du rire à l’âme

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Rencontre. Au sein des Inconnus, il nous a fait hurler de rire ! Bernard Campan a poursuivi depuis une brillante carrière au cinéma. Aujourd’hui, il revient au théâtre, dans la comédie Le Syndrome de l’Écossais.
Un homme en quête spirituelle.

Propos recueillis par Emmanuel Querry.

De la période des Inconnus, il ne s’encombre pas de nostalgie. Loin de l’évacuer, il préfère plutôt cheminer. Cheminer dans sa carrière et dans sa vie personnelle. Quelques heures avant de monter sur scène, Bernard Campan nous accorde une rencontre savoureuse pleine de sagesse… et de rire évidemment.

Quel est votre rôle dans cette pièce ? Je joue un homme d’affaires égocentrique qui va mélanger alcool et médicament pour son mal de dos, ce qui va le mener à délirer. Thierry Lhermitte joue un bobo, auteur à succès et il y a nos deux femmes. C’est une comédie débridée dans laquelle les personnages pataugent complètement dans leurs incohérences tout en cherchant par-dessus tout à être heureux.
Et vous, avez-vous trouvé le moyen d’être heureux ? D’y cheminer oui. Mais être en chemin est-ce aller vers le bonheur ou est-ce déjà y goûter ? Le bonheur est un but mais cela n’empêche pas d’expérimenter la joie.

Est-ce qu’il y a dans le métier d’acteur quelque chose qui vous dépasse ? On est toujours en quête d’absolu, tous ! – mais tous ne le savent pas. Dans le jeu, il y a l’envie d’arriver à ce que cela nous échappe. C’est comme un état de grâce. Il y a une conscience qui est là mais l’ego ne fait plus rien. C’est cet état que je recherche.

Vous êtes un grand ami du philosophe Alexandre Jollien, est-ce lui qui vous ouvre ces pistes de réflexion ? Oui, tous les deux nous partageons cette quête spirituelle. Tout ce qu’il dit me touche. Sa façon de le dire. Ce qu’il est. Son attitude face à la vie. On est tous les jours en contact. On en parle. Chaque journée est un terrain de travail propice à la spiritualité.

Quel a été le point de départ de votre recherche spirituelle ? Je me souviens avoir eu cette image d’être un saumon qui allait à contre-courant et qui s’épuisait. C’est comme une conversion, un regard sur l’intérieur. Une lecture récente m’a permis d’accepter ma vie et d’accepter qu’on ne soit absolument pas maître à bord, quelque chose nous dépasse infiniment et nous anime.

« Dans une église, tout a été fait pour la prière et avec l’âge j’en suis encore plus conscient. Donc voilà, je rentre dans une église, il y a les odeurs, les sons…et je me détends,je regarde ou je me recueille tout simplement. »

Actuellement êtes-vous croyant ou encore dans une interrogation ? Oui, je suis… croyant. Ça me fait toujours bizarre de le dire ! (Rire) On met tellement de projections derrière « être croyant ». Un des mots grecs pour dire la foi c’est « pistis », qui signifie « certitude ». En cheminant, je me sens de moins en moins perdu. Je doute peu mais je doute quand même de ma capacité à ne plus douter du tout. (Rire). Chez moi c’est clairsemé comme ça. Qu’est ce que je veux vraiment ? Je veux la paix, alors pourquoi je me mets dans une rumination, dans une position négative ? Et parfois le doute est là, est-ce que j’ai vraiment cette capacité à me donner vraiment à cette « foi » ?
Vos parents vous ont-ils transmis un peu de cette « foi » ? Je me souviens un jour, étant adolescent d’avoir dit à table : « De toute façon, moi Dieu je n’y crois pas, c’est des conneries ! », pensant que mon père allait approuver, lui qui n’allait pas à la messe et semblait loin de tout ça. Il m’a juste dit : « Ah, il ne faut pas parler trop vite… Prends le temps, tu verras. » Ça m’avait surpris venant d’un homme que je pensais athée, non-croyant. Ça a été un petit déclic. Mais il m’a fallu attendre quarante ans pour faire moi-même l’expérience de ce que pouvait être la spiritualité !

Est-ce que vous priez parfois ? Depuis longtemps j’aime entrer dans les églises. La prière pour moi c’est un état d’abandon et de détente. Ce n’est pas une demande. Pour moi c’est plus me recueillir.

Qu’est ce que vous recherchez dans les églises ? Il émane de certains lieux sacrés des choses plus évidentes, plus fortes que dans d’autres lieux comme une boucherie ou sur un quai de métro. (Rire.) Dans une église, tout a été fait pour la prière, et avec l’âge j’en suis encore plus conscient. Donc voilà, je rentre dans une église, il y a les odeurs, les sons… et je me détends, je regarde ou je me recueille tout simplement.
Y a-t-il un passage des Évangiles qui vous touche plus particulièrement ? Oui… alors évidemment là il n’y en a aucun qui me vient (rires). En fait si, une fois j’ai ressenti physiquement la parabole de « la paille et de la poutre ». Comme si j’avais un morceau de bois énorme qui rentrait dans ma tête ! Je me suis senti en flagrant délit de critiquer. Il me semblait être totalement dans mon droit, et ça s’est inversé. J’ai vraiment vu le petit détail chez l’autre alors que moi j’avais une poutre dans l’œil.

Actuellement y a-t-il quelqu’un qui vous inspire ? Christian Bobin. Sa poésie est magnifique. Ce n’est pas un maître mais c’est quelqu’un de tellement inspiré par la spiritualité que c’est contagieux.

Quand avez-vous goûté pour la première fois au plaisir de jouer ? Lorsque j’étais enfant, avec un pinceau et de la peinture marron je me suis fait des taches de rousseur, j’avais mis des fringues que mon frère n’avait jamais vues, j’ai sonné à la porte et comme mes parents étaient profs je lui dis : « Bonjour, je suis un élève de madame Campan. » Mon frère m’a dit : « Oui, eh bien, entre ! » J’ai filé dans ma chambre et il m’a rattrapé en me disant : « Dis donc, tu vas où, toi ? » « Tu ne m’as pas reconnu ? » que je lui dis. Là, j’ai vu sa tête, il n’en revenait pas de s’être fait berner ! (Rire).

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